Archive | décembre 2012

Ma journée de fin du monde

00:35 – Je me lève. Ma vessie me rappelle mon état de femme qui porte la vie.

3:48 – Je me re-lève. Ma vessie veille à ce que je n’oublie pas mon état.

7:25 – Je me réveille. Je décide d’ignorer ma vessie et de me rendormir

10:40 – Ma vessie gagne le combat : je vais aux toilettes. Je retourne au lit. Pas envie de me lever pour de bon.

12:20 – Je décide d’émerger. Visiblement, la fin du monde n’a pas encore frappé.

12:25 – J’avale ma pilule de Thyroxine. Et j’attends un quart d’heure pour engloutir mon petit déjeuner.

12:40 – Je cherche un bol pour manger mes céréales. Il n’y en a plus. Il faut faire la vaisselle. Partout où se pose mon regard, il y a du ménage à faire. Je sens l’angoisse monter.

12:45 – Je sens une crise de nerf arriver. Je me réfugie dans ma chambre.

12:50 – Je décide d’entamer cette montagne de ménage pour pouvoir manger. Mon chéri me dit : « Ben, ma puce, tu ne manges pas ? »

12:51 – Ma crise de nerf éclate. Je pleure. Je ne sais pas pourquoi. Je m’énerve. Sans raison. Mon chéri reste là, impuissant, sans comprendre.

12:52 – Mon chéri m’assois dans le fauteuil. Pendant que je dormais, il avait lancé le lave-vaisselle et les bols étaient donc propre mais dans l’appareil. Il me sers donc un bol. Mes larmes coulent.

12:55 – Une cuillère de céréales franchit ma bouche. Je me calme.

13:30 – Il est temps de se lancer dans le ménage pour du vrai. Faudrait pas mourir avec tout ce brol, partout.

14:45 – La table de la salle-à-manger est dégagée, une machine à laver tourne avec notre unique nappe. Le lave-vaisselle a été vidé. Une pause s’impose.

16:45 – La pause s’est un peu éternisée. On s’y remet. On aspire, on range. On trie.

17:30 – Une amie sonne. Elle passe dire bonjour. Une nouvelle pause s’impose. On mange du délicieux chocolat. On papote. On passe un bon moment.

18:15 – Elle nous quitte. Il faut s’y remettre. Chéri termine de passer l’aspi. Je le regarde avec amour. (Partage très égal des tâches, je trouve).

18:30 – Belle-maman sonne. Elle apporte une délicieuse tarte aux pommes et vient souper chez nous. On s’installe. On papote.

19:15 – Chéri prépare le repas : steak, frites et salade (lavée trois fois dans de l’eau vinaigrée). Simple et efficace.

21:00 – On quitte la table. On dégaine les disques durs et on procède à un échange de données : « Tu me passes twilight ? Prends la saison 4 de Fringe » « Tiens, t’as pas le seigneur des anneaux ? J’étais sur de l’avoir, mais je ne le trouve plus ».

22:30 – On se dit que ce serait sympa de manger le dessert. Au menu, tarte aux pommes, crème fraîche et glace vanille.

23:30 – On se dit au revoir. La fin du monde approche peut-être.

00:00 – On a survécu. On est des warriors !

Non, je ne te comprendrai jamais

Maman,

Me voilà à quelques semaines de devenir maman moi-même. En quelque sorte, je me sens même déjà maman.

Maman de tes enfants, mes frères et soeurs que j’ai été amenée à élever à ta place.

Mais aussi maman de mon petit pois, pas encore né et pourtant déjà si présent.

Depuis trois ans, j’ai pris conscience de nos différences. J’ai pris conscience que tu n’étais pas une maman normale. Une maman telle que j’aurais été en droit d’exiger. Ou, à tout le moins, que j’aurais été en droit d’avoir.

Une colère sourde pointe dans mon coeur.

Une tristesse aussi.

Tous ces moments que je n’aurai jamais vécu avec toi. Cette complicité que je ne partagerai jamais non plus. Cet amour que je ne recevrai jamais. Cette attention dont je ne serai jamais l’objet.

Au début, je te trouvais mille excuses. Puis, il y a trois ans, la vérité a éclaté.

Tu étais hébergée chez ma belle-maman.

Elle t’hébergeait avec coeur, avec tous tes enfants. Elle aurait pu te proposer de rester longtemps. C’était d’ailleurs son intention première. Malgré le fait que nous nous serrions à 13 dans une maison qui accueille généralement 4 personnes.

Mais, tu restais assise toute la journée sur ta chaise. Tu ne faisais rien pour te sortir de ta situation. Et tu ne levais pas le petit doigt pour aider cette femme qui travaillait à temps plein et qui prenait quand même le temps de nourrir tes enfants.

Je me souviens du contraste entre vous.

Je me souviens d’une scène en particulier : elle, dans la cuisine, en train de préparer le souper pour 13, après une journée harassante de boulot et une bonne heure à faire le ménage. Et toi, dans le salon, en train de tricoter depuis le début de la journée. Elle t’a demandé de dresser la table. Seulement ça. Et tu as soufflé. Très fort. Et tu l’as fait, en montrant ostensiblement que c’était trop difficile pour toi. Peut-être souffres-tu. Mais, on te demandait seulement de mettre 13 assiettes, 13 fourchettes et 13 couteaux sur la table. Pendant qu’une femme, encore parfaite étrangère pour toi une semaine avant, cuisinait pour tes enfants.

Tu aurais pu lui dire « je suis désolée, je souffre beaucoup. Mais, je vais faire un effort ». Elle t’aurait dit de rester là et l’aurait fait pour toi. Mais, ton comportement s’apparentait à un reproche à son égard. Comme si elle te demandait trop. Je l’ai senti comme ça, en tout cas. Et elle m’a avoué, plus tard, qu’elle aussi. Tu aurais pu lui proposer de rester assise et d’éplucher les patates. Mais, au lieu de ça, tu as ronchonné.

Durant la semaine où tu as été là, tu n’a pas levé le petit doigt. La seule chose que tu aies faite est de dresser cette table, le seul soir où elle a osé te le demander.

Ce soir-là, j’ai vu l’abîme qui te séparait du reste du monde. J’ai vu le monde de différence entre toi et une mère normale.

Depuis, tu n’as eu de cesse de me prouver maintes et maintes fois que tu n’étais pas une mère.

Comme la fois où il te manquait deux oreillers, dans le foyer où tu étais hébergée. Un pour toi et un pour ton fils. Tu as fait les magasins pour en acheter. Un. Pour toi. Ton fils n’avait qu’à plier un pull, non ? Tu me l’as dit, avec la candeur des enfants qui ne comprennent pas où il pourrait y avoir un problème.

Alors, j’ai retracé mon enfance.

Et les gestes que tu as eu à mon égard, durant toutes ces années.

Et le constat n’est pas glorieux.

Je n’ai jamais été ta fille. J’ai été ton amie, ta baby-sitter, ta nounou, ta maman. Mais, pas ta fille.

J’ai du me construire seule. Malgré toi, même.

J’ai du survivre aux actes de ton mari, sans toi. Sans ton aide. Sans ta compassion. Sans ton soutien.

Au contraire.

Je me souviens d’une scène où je regardais ton homme avec terreur. Tu as éclaté de rire. Et tu m’as dit « ahah, c’est drôle ! Quand tu le regardes, on dirait que tu es terrorisée! ».

J’ai beau tourner ces propos dans tous les sens, je n’en perçois pas l’aspect comique.

J’ai parfois peur de te ressembler, mais quand je me souviens de telles scènes, je sais que je ne serai jamais comme toi. Je n’ai jamais pu rire de la souffrance d’autrui, de leur peur. Je ne le pourrai jamais. Je ne laisserai jamais quiconque avoir moins que moi sous mon propre toit. Encore moins mon enfant, j’imagine.

Je me souviens d’une autre scène où j’avais faim. Toi aussi. Il n’y avait plus rien à manger à la maison, si ce n’est une boîte de Rice Crispies. Tes céréales préférées. Je me souviens que tu t’en es servi un saladier. Il restait l’équivalent d’un demi-bol. Et j’ai eu le privilège de pouvoir le manger. Ç’avait été mon seul repas de la journée.

Avec du recul, trouves-tu cela normal ?

Moi, pas. Je n’arrive pas à comprendre.

Je crois que je n’en ai pas envie.

Je crois que je renonce, jour après jour, à te comprendre, parce que je renonce à te pardonner. Tu ne le mérites pas. Je renonce aussi à l’espoir d’avoir un jour une mère.

Je m’accroche, par contre, à l’espoir de créer ma propre famille, avec mon mari et mon bébé. Une famille où règnent le respect et l’amour. Une famille telle que tu ne m’en as pas offerte. Des valeurs telles que tu ne me les a jamais apprises.

Après tout, contrairement à toi, j’ai un diplôme, un travail et un logement dont je suis propriétaire. Contrairement à toi, je suis mariée avec un homme fantastique, qui m’aime et me respecte. Contrairement à toi, j’ai des amis sur qui je peux compter. Alors, tout espoir m’est permis, ne crois-tu pas ?

Un tag…

On m’a taguée deux fois cette semaine.

Dans le désordre (et sans aucune logique), je réponds au deuxième puis au premier.

Alors, le deuxième tag émane de JeuneAnecdotique. Va voir son blog, ici, c’est vraiment sympa chez elle ! Allez, zou ! C’est par là, on a dit !

Le principe est simple :

10 choses sur moi (qui valent pour tous les tags qui demandent la même chose, en fait…)
10 questions auxquelles je réponds et auxquelles vous devrez répondre
3 blogueurs (ses) préférés

10 choses sur moi

*** Je déteste la neige, ça glisse ! Sauf quand on peut regarder depuis l’intérieur, bien au chaud avec du chocolat.

*** Je suis à moitié d’origine tunisienne et j’en suis fière. Même si j’ai bien plus l’air d’une européenne.

*** Quand j’avais 18 ans, j’étais certaine que jamais, je n’aurais d’enfant !

*** J’aurais aimé avoir un chien cocker noir qui s’appelle Fleur. A la place, elle s’appelle Princesse.

*** Ce que j’adore, à Noël, ce sont les sapins ! Ca rend bien l’esprit de Noël…

*** J’aime l’odeur de la nature. Les bois, la sève, les fleurs, la pluie…

*** Je rêve d’avoir les cheveux méga longs, alors que je les ai coupés courts il n’y a pas longtemps.

*** Dans mon bureau, j’ai imprimé de jolies photos de mon chéri qui décorent le mur face à moi. (Ca fait kitsch, hein ?:p)

*** Ma couleur préférée est le rouge bordeau.

*** J’aurais voulu être médecin au lieu de quoi, je suis juriste.

 

10 questions

La langue que tu aimerais parler ? L’arabe. Parce que c’est la langue du pays d’origine de mon père.
Le pays où tu rêverais d’aller ? N’importe quel pays d’Afrique. Je suis attirée par cette culture et j’aimerais me rapprocher des sources.
Ton plat préféré? Oh ! Il y en a tellement ! Comme Jeune Anecdotique, je dirais des lasagnes… 😀
Ce que tu détestes chez certains (es) blogueurs (ses) ? Comme chez les gens de la vraie vie, je déteste surtout l’irrespect. Pour le reste, si ça ne me plait pas, j’ai qu’à passer mon chemin.
Une des hontes de ta life : Un jour, en comptant ma monnaie, je me suis prise une porte fenêtre en pleine tronche, tellement fort que je suis littéralement tombée sur le cul. Devant tout le monde. En pleine zone touristique. Voilà…
Un pouvoir magique ? Lire les pensées autres, pour autant que je puisse le contrôler et ne pas les subir !
La personne dont tu es le plus fière ? Mes frères et mes soeurs, d’être arrivés malgré tout à s’en sortir alors que c’était pas gagné…
Le mec (ou meuf) avec qui tu veux coucher en secret ? Brad Pitt, il y a 20 ans, ça me dirait bien.
Ta plus longue relation (amoureuse, ou sexuelle tiens) ? Quatre ans et demi, et c’est mon mari chéri actuel.
Pourquoi tu m’aimes, dans les détails : Parce que tu te demandes toujours pourquoi avec beaucoup d’humour ! 😀

 

3 blogueuses préférées.

Alors, je suis d’accord avec Jeune Anecdotique, c’est vraiment très cruel de demander de ne choisir que 3 blogs, mais, comme l’autre tag me demande d’en choisir 15 (!!!), ben, je pourrai me rattraper ! 😀

Je dirais donc (mais, ce n’est pas exhaustif) :

Te parler de ma vie : Un blog qui parle Zermati, c’est en tout cas ce qui m’a amenée chez elle. Puis, au fil du temps, j’ai découvert une blogueuse avec qui je partage beaucoup d’opinions. Et un style toujours très lisible et agréable. Un vrai moment de zen.

Ragnagna : Un blog BD, avec de jolis dessins qui relate des scènes de la vie quotidienne. On ne peut que se sentir proche ! 🙂

Unicks : Une blogueuse belge, comme moi. On ne partage pas toujours les mêmes opinions ni les mêmes goûts, mais, c’est aussi ce qui fait son charme et son attrait ! Que le monde serait triste si on pensait tous la même chose ! Et puis, nous sommes d’accord sur l’essentiel… 🙂

 

Bon, allez, dans quelques jours, un nouveau Tag ! 🙂

 

 

Quand ton corps te rappelle à l’ordre

femme-enceinte2

Tu es enceinte, un peu fatiguée, mais, c’est bon, hein ! T’es pas malade, non plus.

Alors, tu fais tout comme d’habitude : tu dors peu, pour terminer le film du soir ou le super jeu avec chéri-chou; tu travailles; tu vas courir à gauche et à droite pour récupérer divers documents; tu fais ton shopping de Noël; tu sors de temps en temps avec tes amis, …

Bref, ta vie continue.

Puis, une nuit, tu sens une drôle de sensation, dans ton ventre. Ce n’est pas douloureux. C’est juste « bizarre ». Tu caresses ton ventre et tu te rends compte qu’il est tout dur. Partout où tu sens le bébé, d’habitude.

Tu alignes les trois neurones qu’il te reste dans la cervelle et tu fais très vite le lien : ça doit être des contractions…

Tu ne t’inquiètes pas trop. Ca fait pas du tout mal. D’ailleurs, si c’est ça, avoir des contractions, d’un coup, ça te fait moins peur d’accoucher.

Le lendemain, les contractions sont toujours bien présentes. Toujours aussi peu douloureuses mais parfois gênantes.

Tu passes la journée à marcher. D’abord pour chercher ton diplôme (après trois ans, quand même, c’est bien). Puis, pour le déposer à ton futur boulot. Ensuite, pour faire ton shopping de Noël, avec ta soeur.

Et au fil de la journée, ces fichues contractions ne s’arrêtent pas et deviennent de plus en plus désagréables. Toujours pas douloureuses, mais, franchement désagréables.

Tu appelles ta mère, qui te rassure : « Cours vite aux urgences, c’est pas du tout normal d’avoir des contractions. Tu dois être en train d’accoucher ». Tu flippes un peu, parce qu’elle a eu 6 gosses, quand même. Elle doit savoir de quoi elle cause. Pourtant, dans le livre sur la grossesse que tu as parcouru, un peu stressée, dans les rayons d’un magasin de bébé, tu as bien lu que c’était normal et que ça pouvait arriver.

Puis, tu vois ta belle-maman. Qui te dit que ton corps t’envoie un signal : tu dois te reposer.

Tu décides de lui faire confiance. Après, tout, tu sens bien le bébé bouger, c’est désagréable et pas douloureux. Ca ne doit pas être grave.

N’empêche que ta mère t’a fichu un sale stress. Tu ne dors pas de la nuit.

Au matin, ton ventre est tout endolori de courbatures et les contractions sont toujours présentes.

Tu pleures un bon coup.

Puis, tu appelles ton médecin généraliste. Qui te conseille d’aller faire un contrôle gynéco. Parce que ce n’est pas grave, c’est normal, mais, ça ne devrait pas durer aussi intensément et aussi longtemps, surtout à 21 semaines.

Tu files sous la douche (faudrait pas que ton médecin te voie toute sale). Puis, tu coures aux urgences, parce qu’on est samedi.

On te pose un monitoring. Et tu vis les 30 minutes les plus calmes de ces 48 dernières heures ! Pas une seule fucking contractions !

Heureusement, les médecins te prennent au sérieux et font, malgré tout, un bilan complet.

Un toucher vaginal pour mesurer le col (enjoy), une échographie vaginale pour vérifier que tout est bien fermé et une écho ventrale pour voir bébé. Qui bouge. A grand renfort de coups de pieds.

Une analyse d’urine est faite, alors que tu assures les médecins que ça ne peut pas être ça : tu as terminé ton traitement la veille contre une infection urinaire.

Puis, le verdict tombe : l’infection est plus coriace que prévu et ta vessie est enflammée, ce qui déclenche les contractions.

Voilà, voilà.

Au menu des prochains jours : dodo, médicaments contre les contractions, antibiotique et désinfectant urinaire. Le tout arrosé des dernières heures de travail à ton futur ancien job…

Moralité : parfois, il faut savoir écouter son corps !

 

 

 

 

 

Brèves de bavarde #2

* Ca y est, le sapin est mis. Bon, il est un peu pauvret, parce qu’on n’a pas racheté de boules ni de guirlandes (et qu’on a du le placer bien bien haut, pour que le chat et le chien ne le dégomment pas en une minute chrono). C’est pas grave ! Ca me fait une raison de plus de dépenser des sous-sous ! 😀

* Papoter juste devant un escalator me semble l’endroit idéal pour s’échanger les dernières nouvelles. Surtout quand on doit porter une énorme valise rouge. Alors, quand une grognasse, enceinte (moi, en l’occurrence) ose faire une remarque, je comprends tout-à-fait qu’on s’énerve… Hum.

* On a fini de peindre notre armoire. Depuis mars, je me suis mise à la rénovation d’un meuble des années 70 tout décrépi. Il a fallu le décaper, le poncer, puis le peindre et le reponcer, le repeindre, le re-reponcer, le re-repeindre et le rere-reponcer et enfin le rere-repeindre. Sans oublier les éventuelles retouches et les moulures. Le tout, après les heures de travail, quand la motivation est au maximum. Avec Princesse qui trouve très amusant de poser ses pattes sur la peintures fraîche. Et en n’ayant jamais tenté l’exercice auparavant. Pour une première, je suis plutôt fière de moi. Manque plus que les portes…

* Dernière semaine de boulot. J’ai un peu peur de ne pas finir. Mais, j’avance un max pour qu’on ne puisse rien me reprocher…

* Bientôt Noël, et ça, c’est chouette ! (Sauf quand on parle du repas… Mais, un billet très bientôt sur le sujet).

En paix avec la nourriture

nourriture-collection

La nourriture et moi sommes en combat depuis de longues années.

De très longues années à culpabiliser à la moindre bouchée de chocolat (ce qui ne m’empêchait malheureusement pas de succomber à mes envies, voire même à compenser ma culpabilité en mangeant… Paradoxe quand tu nous tiens). De très longues années à m’interdire un tas d’aliments. De très longues années à me forcer à en ingérer d’autres, au point de ne plus pouvoir les voir en peinture.

Bref, de longues années de souffrance.

Puis, un monsieur est entré dans ma vie. Par le biais du Blog de Caro, j’ai découvert un certain docteur Zermati.

jpzermati

Il disait des choses réconfortantes, mais totalement absurdes.

Du style : manger du chocolat ne fait pas grossir; il faut faire confiance à son corps; il faut respecter ses envies; aucun aliment ne fait maigrir.

Un charlatan de plus qui allait, sans doute, nous expliquer comment une pilule magique allait nous aider à surmonter tout ça.

Bof.

Puis, quand même, j’ai lu.

Et je me suis dit que ce mec, c’était vraiment un illuminé.

Il voulait vraiment me faire croire que je pourrais maigrir sans pilule magique en mangeant à ma faim ce que je veux quand je veux ? Ben, c’est qu’il ne me connaissait pas pour inventer un baratin pareil !

Moi, dès que je me lache, je mange tout et n’importe quoi et je grossis de 10 kilos ! Si je devais écouter mon corps, je ne mangerais que des crasses. Je ne peux pas lui faire confiance, à ce corps tout pourri qui ne me veux que du mal.

Mais, Caro semblait conquise. Et elle avait l’air d’une femme intelligente et cultivée, pourtant. Pire encore, ça marchait sur elle. Elle perdait vraiment du poids.

Par acquis de conscience, j’ai acheté le livre et j’ai lu.

Et ma vie a changé.

Pas du jour au lendemain, certes.

Mais, aujourd’hui, soit deux ans après, ma vie a bel et bien changé.

Je suis encore obèse. Manifestement obèse. je pèse 117 kilos pour 1m65. Voilà, c’est dit.

Mais, aujourd’hui, la nourriture n’est plus mon ennemie. Mon corps n’est plus cette entité étrange en qui je ne pouvais avoir confiance.

Aujourd’hui, mon corps est mien et fait partie de moi autant que mon esprit. Je commence à en prendre soin. Et à y prendre plaisir.

Aujourd’hui, je mange ce que je veux. Je suis mes envies. Je mange par faim. Et mon poids dégringole, petit à petit. J’ai perdu 6 kilos et demi depuis août dernier.

Aujourd’hui, j’ai encore peur de retomber dans mes crises de boulimie. Mais, je sais aussi que ce ne sera que passager et que ce ne sera pas grave.

Aujourd’hui, un bébé est à l’intérieur de mon corps et j’ai la preuve, bien vivante, que mon corps peut faire des choses bien.

Aujourd’hui, je peux renoncer à un dessert. Je peux même l’entamer et laisser une grosse partie. Juste parce que je n’ai plus faim. Et que je sais, avec certitude, que je pourrai me servir une autre part, plus tard, quand j’en aurai plus envie, sans culpabilité.

Aujourd’hui, quand je monte sur ma balance, je me dit que si mon poids a monté, c’est peut-être parce que j’ai un peu trop mangé ou que je dois faire pipi ou popo ou que je fais un peu de rétention d’eau. Je me dis surtout que ce n’est pas grave, et que ça ne change pas grand chose.

Aujourd’hui, quand mon poids augmente, je ne me rue plus sur la nourriture pour me punir d’avoir grossi.

Aujourd’hui, je redécouvre le plaisir de manger des légumes. Des vrais. Parfois même, des légumes vapeurs, sans rien d’autre. Pas par obligation. Pas pour maigrir. Mais, juste parce que c’est bon. Et même que, des fois, je mange un dessert après.

Aujourd’hui, les seules restrictions alimentaires que je m’impose sont celles liées à mon bébé. Et elles sont faciles à tenir, parce que je sais que dans quelques mois, je pourrai à nouveau en manger.

 

Bref, aujourd’hui, je suis en paix avec la nourriture. Et un peu plus encore avec moi-même.

Quand la trisomie n’est pas un frein à la communication

Trisomie 21. Je ne connais pas bien cette maladie. On en entend parler, à l’occasion. On a vu le 8ème jour, il y a longtemps.

8èmejour

Mais, franchement, c’est pas un sujet commun.

Et comme tout sujet peu abordé, ça fait peur.

Les seules fois où on entend vraiment parler de cette maladie, c’est au détour d’une grossesse et du fameux dépistage. On ne te demande même pas si tu sais ce que c’est, ni si tu veux faire le dépistage. Non. On te le prescrit. Si tu demandes, tu sauras pourquoi c’est. « C’est pour évaluer le risque de Trisomie 21 chez votre bébé, pour que vous puissiez interrompre la grossesse à temps ».

Ca m’avait choquée, sur le moment. Comme si, d’office, je prendrais la décision d’avorter si le bébé était atteint de cette malformation génétique. Puis, les résultats étaient tombés. Bébé était épargné. Et je n’y ai plus repensé.

Jusqu’hier.

Jusqu’à ce que ma route croise un jeune homme.

Il a l’air profondément gentil. Et je suis profondément perdue dans les méandres de la future administration où je vais travailler.  Et j’ai une tendance certaine à ne pas m’attarder sur des détails. (Peut-être ma mauvaise vue y est-elle pour beaucoup).

Toujours est-il que je lui demande le chemin.

Je me rends compte alors qu’il est trisomique.

Je me dis que je n’aurais pas du lui demander. Le pauvre. Je viens l’emmerder avec mes questions à deux balles.

Mais, il arbore le plus beau sourire qu’on ne m’ait jamais offert. De ceux qui se disent avec les yeux, en plus de la bouche.

Il me donne les précieuses indications. Dans le détail.

Il faut savoir que je suis une quiche, niveau sens de l’orientation. Gauche/droite, ce sont des concepts très théoriques pour moi. Souvent, quand je demande mon chemin, je n’arrive pas à retenir plus de quelques indications et je demande à différentes personnes tout au long de la route. En effet, j’ai besoin de visualiser les choses. Un simple « deuxième à droite puis, troisième à gauche après le feu » ne m’avancent pas des masses, je dois bien l’avouer.

Mais, ce jeune homme, lui, m’indique le chemin exactement comme je le ferais si je me parlais à moi-même.

« Tu prends le chemin en pierre, ici. Là, tu vois ? Quand le chemin est fini, tu es sur la rue. Tu restes sur me même trottoir et tu tournes vers le bâtiment rouge. Tu vois ? Là, il y a trottoir normal avec une piste de vélo, à côté. Tu continues tout droit jusqu’au moment où tu dois traverser. Tu vois, là où tu traverses ? Et ben, tu traverses pas. Il y a une statue. Je ne sais pas comment dire. Elle est comme ça.  » Il me mime la statue. « Tu vois ? Eh ben, tu vas vers la statue. Mais, sans traverser. Et après, tu as un bâtiment devant toi, avec des portes en verres. Il y a une sonnette. C’est là ».

Pas de gauche, pas de droite, pas de « après 100 mètres ». Non, non. Rien que des indications visuelles qui m’ont permises de trouver mon chemin du premier coup.

Ce jeune homme respirait le bonheur, la joie de vivre. Il avait les yeux pétillants. Plein de vie.

Si mon bébé avait été atteint de cette maladie, je sais que ça aurait changé notre vie. Mais, je me demande si, vraiment, une interruption de grossesse en aurait valu la peine…