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La magie de la grossesse ou comment voir ce qu’on veut bien voir

 

J’ai annoncé très tôt à mes collègues que j’étais enceinte.

En même temps, on passe nos journées ensemble et mes nausées plus que conséquentes ne passaient pas trop inaperçues. Un jour ou deux, tu peux tenter l’excuse de l’indigestion ou du trouble digestif. Au-delà, cela devient suspect. Surtout quand tu t’es mariée quelques mois plus tôt !

Mais, par un phénomène aussi étrange que récurrent, désormais, tout le monde « voit bien » que je suis enceinte !

Depuis bien deux mois.

« Mais, si ! Ton petit ventre s’arrondit ».

Euh, comment dire ? En ce moment, bébé, il mesure 0,2 cm et il est derrière mon pubis… Tu vois, là où t’as plein de poils et un os derrière ? Ben, juste derrière l’os, là. Ouais. Il est là, bébé. Pas encore dans mon ventre, concrètement.

Au début, j’ai voulu raisonner les gens. Non, ce n’est pas possible que ça se voie. Je veux dire, même si j’étais mince (et je ne le suis pas, comme tu le sais), ça ne se verrait pas. Pas encore. D’ici quelques semaines, peut-être, mais pas tout de suite.

Puis, j’ai laissé tomber. Parce que j’en avais assez de ces discussions stériles où la personne en face de toi est convaincue d’avoir raison.

« Mais, si, enfin ! Regarde ton ventre ! Ca se voit! »

« Oui, mais, non. Je suis juste grosse. J’ai toujours eu un ventre comme ça. Toujours. Peut-être que tu n’y a jamais fait attention, mais je te jure que rien n’a changé! ».

Après tout, si les gens prêtent à mon gros ventre une douce image de maternité plutôt qu’une image de grosse fainéasse qui ne sait pas s’arrêter de manger, pourquoi cracher dessus ?

Cela dit, au fond de moi, ces remarques m’irritaient.

Sauf que depuis quelques jours, je me rends compte que mes pantalons rétrécissent. Mais, seulement au niveau du ventre. Le reste n’a pas changé.

Sauf que depuis quelques jours, plusieurs personnes m’ont laissé une place dans le bus/métro, en regardant ostensiblement mon ventre avec un sourire.

Sauf qu’un collègue, plus vu depuis longtemps, m’a dit « Oh, mais tu ne m’avais pas encore annoncé la bonne nouvelle ! Félicitations! ». Quand je lui ai demandé qui le lui avait dit, il m’a dit « mais, personne. Il suffit de te regarder ! ».

Force m’est donc de constater que oui, mon petit (gros) bidou s’arrondit pour du vrai. Que mes remarques d’il y a deux mois, fondées pour le coup, ne sont plus d’actualités.

J’entame mon quatrième mois de grossesse et bébé commence à se voir… 😀

J’ai pensé à toi…

Georges* entre dans mon bureau. Il est gentil. Il a un handicap assez lourd qui limite fortement ses mouvements.Malgré ça et malgré les souffrances que ce handicap implique, il vient chaque jour effectuer son travail.

Il a pour mission de prendre les courriers et les dossiers dans les bacs ‘OUT’ des collaborateurs et de les distribuer dans les bacs ‘IN’ des personnes concernées.

Georges entre donc dans mon bureau. Il est 11h15 et mon estomac crie famine, menaçant de me faire vomir (du vide et de la salive, c’est toujours sympa…). Il ne supporte pas bien de rester sans manger entre 7h, heure du déjeuner, et 12h30, heure du dîner.

J’entame donc mon « 10 heures », constitué de délicieux biscuits à la cuiller, hyper légers ! Miam !

Georges me salue. Je lui rends son salut et mords dans mon biscuit.

Là, il me dit :

« Oh! Hier, j’ai pensé à toi ! Dans le train il y avait une femme… Grosse, mais grosse ! Elle prenait presque toute la banquette tellement elle était grosse! Attention, hein, elle était plus grosse que toi. Mais, je me suis dit qu’elle devait être malheureuse pour être grosse comme ça ! Parce que faut pas être bien pour se laisser aller de la sorte, hein! D’ailleurs, avant, j’avais une collègue, je ne sais pas si tu l’as connue ? Elle travaillait ici en 1972. Elle était grosse aussi. Comme toi. Et jeune, hein! Et chaque fois que je la voyais, elle était en train de manger, comme toi, là maintenant. Alors, je lui disais « arrête de manger », mais elle me répondait qu’elle avait faim. Et ben, elle est morte, hein ! De son poids, qu’elle est morte ! »

 

Que répondre à ça ?

« Euh, merci, mais, depuis trois ans que je travaille ici, c’est la première fois que tu me vois manger en dehors des heures de table! » ?

 » Euh, ta gueule ! Je mange si je veux ! Et j’ai pas de compte à te rendre! » ?

« Moi, j’ai connu un gars, il claudiquait, et un jour, il est tombé dans les escaliers » ?

 

J’ai opté pour un sage :

« Non, je ne la connaissais pas, Georges. En même temps, en 1972, j’étais pas encore née… Allez, au revoir, Georges. »

 

 

Si un jour, tu n’as plus de nouvelles, peut-être que je serai morte de mon poids. Voilà. Sinon, tout va bien; Merci ! 🙂

 

 

 

 

* Nom d’emprunt, évidemment…

J’ai testé pour vous l’après-midi attablée avec des cons

Et je te le confirme, c’est moyennement sympa. (Au cas où tu te posais la question… On ne sait jamais!).

Vendredi, mariage de deux amis à nous, nous passons la journée avec des gens que je ne connais que très peu (voire pas du tout pour certains).

D’un naturel sociable, je papote avec les gens. Même pas peur, d’abord.

A une table, il y a le meilleur ami de père-du-petit-pois-qui-pousse-dans-mon-ventre (appelons-le Matthieu) avec sa copine (disons Nadine) et quatre gars que je ne connais pas (et dont je n’ai absolument pas retenus les prénoms)(prénoms que je m’amuse de toute façon à modifier, tu me diras, mais ne sois pas si carré, s’il-te-plaît).

Je discute un peu avec Matthieu et Nadine et donc, avec les quatre autres énergumènes.

Puis, viens le moment des ragots. Ragots de gens dont je n’ai jamais entendu parler. Évidemment. Soit. J’écoute. Même les ragots de parfaits inconnus peuvent paraître éminemment intéressant quand tu t’emmerdes tu veux t’intégrer.

– « Oh, tu sais quoi ? Y a trucmuche, il a une nouvelle copine! »

– « Non?! Elle s’appelle comment ? »

– « J’sais plus. Machin brol, je crois ».

– « Ah, ouais! »

Bref, que de l’info intéressante, quoi. Puis, soudain :

« Ah, mais je ne t’ai pas raconté ? Bidule nous a invités aux thermes pour son annif. Il avait droit à trois places gratos. »

« Sympa, dis »

« Ouais, ben, attends, on arrive, et le gars, il avait emmené sa copine! »

« Quoi ? Tu veux dire la grosse, là ? »

« Ouais, ouais. C’était dégueu. En plus, on l’a su une heure avant d’arriver aux thermes. On était dégoutés d’avance comment elle est trop grosse quoi! »

« Ouais, beurk ! J’imagine. Et quoi ? Vous vous êtes mis à poils devant elle ? »

« Ben, ouais, c’était les thermes, quoi. Mais, le pire c’était de la voir elle à poil. Un vrai film d’horreur »

Gros rires gras… Je te rappelle à tout hasard que je partage leur table, à ce moment précis et qu’on a discutés ensemble trois minutes avant, quand même. Je rappelle aussi au lecteur non assidu que je pèse un truc comme 120 kilos, je veux dire.

« On a été à quatre dans le jacuzzi. Elle était à poil, mec! »

« Il paraît qu’ils vont se marier »

« Oh, non! Putain ! Le gars il va casquer pour payer sa robe ! Peut-être qu’il pourra demander à payer le tissu au mètres, ça lui reviendra moins cher ! haha ! »

Matthieu : « Ouais, ou alors, il pourra récupérer de vieux parachutes ! Haha! ». Le regard de Matthieu fait le tour de l’assistance pour souligner son trait d’humour et ses yeux se posent sur moi, qui ne ris pas (et qui a même les sourcils légèrement froncés genre « tu te fous de moi ou bien? »).

Il reprend donc tout son sérieux et ajoute, maladroitement, un peu confusément : « Non, je dis ça parce que vraiment, après la deuxième guerre, les gens récupéraient la soie des parachutes pour se faire des robes et… »

C’est là que mon chéri l’a interrompu d’un « Non, mais, c’est bon t’enfonces pas plus, mec ». (Enfin, c’est ce que j’ai imaginé très fort, je crois)(en vrai, je ne sais plus).

 

Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas réagi. Non, parce que je vous la fais courte, mais la conversation a bien duré 15 minutes sur les rondeurs de la copine de Bidule. Et moi, j’étais là et je me disais : « Mais, ils se rendent compte que je suis là et que j’entends ? Ils veulent me faire passer un message ou quoi ? Ils croient que j’ai attendu leurs remarques à la noix pour faire « attention » à mon poids ? C’est quoi le délire ? S’ils voulaient pas aller à poil avec cette fille (ce que je peux parfaitement comprendre), il suffisait de le dire. Ils ont presque (ou passé) trente ans, quand même. Y avait moyen de dire au copain : ‘écoute, on pensait plus faire un truc entre potes. On va plutôt te laisser tranquille avec ta copine et on se refera ça entre mec un autre jour’. C’était tout simple. »

Mais, non, au lieu de ça, ils ont préféré y aller (en même temps, voir une fille à poils, grosse ou pas, hein, j’imagine que ça fait toujours plaisir) et en rire grassement avec tout qui était prêt à les écouter !

 

 

Et toi ? T’aurais réagi ? T’aurais laissé passer ? T’aurais ri ?

La ronde mange un peu trop

Chaque jour, une petite bouche en trop suit une autre petite bouchée en trop qui en suit une autre et ainsi de suite.

Mon corps, ne sachant que faire de toutes ces bouchées, les planque en réserve au cas où.

Au cas où quoi, on se le demande.

Non, parce que, vu ma masse corporelle, je brûle plus de Kcalories par jour qu’une personne « normale ». Et mon corps a besoin de pas mal d’énergie pour déstocker la graisse. En toute logique, je mourrai plus vite en cas de famine. C’est malin !

Mais, je suis comme ça. Je garde en réserve. Au cas où.

Mon corps ne fait qu’imiter mon comportement habituel, en somme. Chaque jour, passent devant moi des objets que je planque en réserve, au cas où. Mais, là n’est pas le sujet du jour.

Ces derniers temps, mon poids a sensiblement augmenté. Combien ? Je n’en sais rien. Je ne me pèse plus. Depuis que je zermate (même à moitié), mon poids reste assez stable et la pesée ne m’apporte plus grand chose. Mais, je sens, à mon ventre et à une foutue vergeture qui commence dans le creux de mon bras gauche, que j’ai pris quelques kilos. Pas des tonnes, hein. Pas de quoi s’alarmer. M’enfin, quand même.

Je traverse, en ce moment, une phase extrêmement pénible en même temps qu’extrêmement joyeuse de ma vie. C’est un peu difficile à comprendre, mais pourtant, c’est exactement cela.

Je n’arrive pas à m’arrêter à ces choses si positives, parce que je suis en train de changer. En quelques mois, j’évolue autant qu’un enfant qui devient adulte en passant par sa phase d’ado.

Il y a pas mal d’étapes que je n’ai pas vécues, petite, parce que je ne pouvais pas me le permettre. Comment faire une crise d’ado, quand ta mère a pondu 5 enfants après toi mais est en dépression telle que tu dois prendre le relais et devenir leur « maman de substitution » ? Comment être une ado qui tombe amoureuse quand, à la maison, un homme te court après et que tu dois, sans cesse, te protéger pour qu’il ne te saute pas dessus ? Comment faire des bêtises d’ado ou d’enfant, quand tu te prends déjà des coups pour un oui ou pour un non ?

Alors, j’ai été une ado sans problème. Le genre d’ado que les profs adorent. Celle qui fait certes ses devoirs en retard, sur un coin de table le matin. Mais qui écoute en classe. Qui ne crise pas pour un rien. Qui ne fume pas. Qui ne se drogue pas. Qui ne sèche pas les cours.

La seule prof qui ne m’aimait pas c’était la prof de gym. (Là, j’exagère un peu, j’ai eu d’autres profs qui ne m’aimaient pas, mais, pour d’autres raisons et il y a eu des profs de gym intelligents aussi parmi ceux que j’ai côtoyés). Parce que j’étais de celles qui, trop grosses, peinaient à faire les exercices imposés. Heureusement, on n’était pas nombreuses à être grosses. Et heureusement, la Ronde n’avait pas encore une grande bouche à l’époque. Elle n’osait pas affirmer trop fort que ses 3 kilos en trop (puis 5 puis 10) n’étaient pas la cause de ses difficultés mais un asthme du à une pneumonie mal soignée parce que ses parents n’avaient pas jugé utile de poursuivre les séances de kiné.

Alors, ces étapes, je les vis maintenant. Je me rebelle. Je dis stop. Je dis non.

Sauf que je dois apprendre en quelques mois à poser des limites ni trop lâches ni trop stricte. Je dois apprendre à me faire respecter sans m’imposer. Je dois apprendre toutes ces choses que l’on apprend ado, sans s’en apercevoir, sauf que moi, je suis adulte et qu’il y a beaucoup de choses que l’on ne pardonne pas à un adulte, qui est censé savoir que telle ou telle chose se fait ou non.

Je vis des métamorphoses en complète inadéquation avec mon âge mais parfaitement indispensables pour devenir, un jour, une jeune femme épanouie et une maman heureuse.

J’ai l’impression que mes amis ne comprennent pas ce besoin. Je m’éloigne, petit à petit de tout ceux qui comptent tellement pour moi, mais que je ne veux pas faire souffrir.

Alors, je mange. Au-delà de ma faim. Quand j’en prends conscience, j’arrive à m’arrêter. Mais, il me faut souvent plusieurs bouchées avant d’en prendre conscience. Plusieurs fois, ces derniers jours, j’ai re-mangé au point de me sentir mal. Cela ne m’était plus arrivé depuis longtemps…

 

Heureusement, dans cette même période, je me suis mariée, je suis devenue proprio et je suis partie en voyage de noces. Trois beaux projets menés de front. Avec plus ou moins de brio. Avec beaucoup de difficultés, surtout.

 

Je ne suis pas sûre que c’était la meilleure période pour entamer ces projets, parce que je ne suis pas certaine d’être à même d’en profiter. J’en garde, parfois, un souvenir amer, plus qu’heureux. Amer de tout ce qui a entouré le projet, malgré le bonheur du projet lui-même.

Alors, je mange, pour oublier cette tristesse. Pour m’oublier moi, aussi, un peu. Pour m’évader loin de cette réalité qui me fait souffrir. Sauf que manger me fait souffrir aussi. C’est con…

 

Mais, c’est un fait : je mange trop…

 

EDIT : Je suis consciente de dévoiler, ici, des choses très personnelles et très graves. Mais, je sais aussi que je suis loin d’être la seule dans ce cas. Et que, peut-être, un jour, quelqu’un passera par ici et se sentira concernée… Et que ce quelqu’un osera, à son tour, en parler. Pour ne pas rester dans le mutisme et dans la honte.

La ronde se sent un peu trop ronde

Certains jours, je me regarde dans le miroir et je ne vois que mon ventre dépassant allègrement de mon jean’s. Que ma graisse qui pendouille lamentablement de partout. Que mes seins qui ne ressemblent pas à grand chose. Que mon double menton qui casse ma silhouette.

Bien sûr, il y a aussi les jours où je ne vois que mes hanches qui saillent avec féminité. Que mes formes qui me rendent plus féminine. Que ma poitrine assez généreuse pour attirer les garçons. Que mon visage dont le regard et le sourire attirent la sympathie.

Mais, ces jours-là sont rares.

Tous les autres, je ne suis que la grosse qui est trop grosse.

Je ne suis que celle qui n’a tellement pas eu de volonté qu’elle pèse désormais entre 118 et 122 kilos (d’un jour à l’autre mon poids peut varier énormément, sans grand lien avec mon tour de taille, d’ailleurs)(un peu de rétention d’eau, mes règles, une constipation passagère et ma balance peut grimper de 4 kilos en 24 heures).

Des régimes, j’en ai fait plein, pourtant. Je crois que j’ai d’ailleurs bien perdu plus de 120 kilos, en tout, si on additionne les kilos perdus au fil de tous mes régimes (commencés à l’âge de quelques mois à peine). Mais, invariablement, je les ai tous repris, avec quelques-uns en plus, au cas où.

Aujourd’hui, je ne crois plus que la solution se trouve dans les régimes.

Pas pour moi, en tout cas.

Je crois sincèrement que mon poids n’est que le symptôme de quelque chose de plus profond, comme je le disais en début de semaine. Et tant que je n’aurai pas soigné le mal, les symptômes réapparaîtront, tôt ou tard. Et souvent bien trop tôt, d’ailleurs.

Pourtant, il y a des jours où un régime c’est vachement tentant quand même. Parce que peser 20 kilos de moins, cela ferait une énorme différence. Parce que le corps qui est le mien aujourd’hui ne correspond pas à l’image que j’ai de moi. Parce que j’aimerais vivre longtemps en bonne santé.

Mais, faire régime implique tellement de souffrance : d’abord, la souffrance pendant le régime : la souffrance de m’interdire de manger, de sentir la faim, de manger des aliments que je n’aime pas, de manquer (comme j’ai pu manquer dans mon enfance), de peut-être échouer, de craquer quand même.

Puis, la souffrance d’après-régime : la souffrance de maintenir ce poids tant désiré, de continuer à me restreindre, de m’interdire de manger.

Puis la souffrance de l’échec : la souffrance de voir l’aiguille de la balance remonter inexorablement vers le poids détesté, de me maudire de ne pas y être arrivée (c’était pourtant si simple…), de voir dans le regard des autres la compassion/la pitié de ton échec.

Tant de souffrances, pour quoi, au final ?

Je ne suis pas capable de souffrir jusqu’à la fin de mes jours à faire régime. Il parait qu’on s’habitue et qu’après, on ne se rend même plus compte qu’on fait régime. Une fois, j’ai fait régime une année d’affilée (le fameux régime Weight Watchers). J’ai souffert tout au long  de ce régime, sans trêve.

Alors, je ne sais pas où se situe la solution…