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En paix avec la nourriture

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La nourriture et moi sommes en combat depuis de longues années.

De très longues années à culpabiliser à la moindre bouchée de chocolat (ce qui ne m’empêchait malheureusement pas de succomber à mes envies, voire même à compenser ma culpabilité en mangeant… Paradoxe quand tu nous tiens). De très longues années à m’interdire un tas d’aliments. De très longues années à me forcer à en ingérer d’autres, au point de ne plus pouvoir les voir en peinture.

Bref, de longues années de souffrance.

Puis, un monsieur est entré dans ma vie. Par le biais du Blog de Caro, j’ai découvert un certain docteur Zermati.

jpzermati

Il disait des choses réconfortantes, mais totalement absurdes.

Du style : manger du chocolat ne fait pas grossir; il faut faire confiance à son corps; il faut respecter ses envies; aucun aliment ne fait maigrir.

Un charlatan de plus qui allait, sans doute, nous expliquer comment une pilule magique allait nous aider à surmonter tout ça.

Bof.

Puis, quand même, j’ai lu.

Et je me suis dit que ce mec, c’était vraiment un illuminé.

Il voulait vraiment me faire croire que je pourrais maigrir sans pilule magique en mangeant à ma faim ce que je veux quand je veux ? Ben, c’est qu’il ne me connaissait pas pour inventer un baratin pareil !

Moi, dès que je me lache, je mange tout et n’importe quoi et je grossis de 10 kilos ! Si je devais écouter mon corps, je ne mangerais que des crasses. Je ne peux pas lui faire confiance, à ce corps tout pourri qui ne me veux que du mal.

Mais, Caro semblait conquise. Et elle avait l’air d’une femme intelligente et cultivée, pourtant. Pire encore, ça marchait sur elle. Elle perdait vraiment du poids.

Par acquis de conscience, j’ai acheté le livre et j’ai lu.

Et ma vie a changé.

Pas du jour au lendemain, certes.

Mais, aujourd’hui, soit deux ans après, ma vie a bel et bien changé.

Je suis encore obèse. Manifestement obèse. je pèse 117 kilos pour 1m65. Voilà, c’est dit.

Mais, aujourd’hui, la nourriture n’est plus mon ennemie. Mon corps n’est plus cette entité étrange en qui je ne pouvais avoir confiance.

Aujourd’hui, mon corps est mien et fait partie de moi autant que mon esprit. Je commence à en prendre soin. Et à y prendre plaisir.

Aujourd’hui, je mange ce que je veux. Je suis mes envies. Je mange par faim. Et mon poids dégringole, petit à petit. J’ai perdu 6 kilos et demi depuis août dernier.

Aujourd’hui, j’ai encore peur de retomber dans mes crises de boulimie. Mais, je sais aussi que ce ne sera que passager et que ce ne sera pas grave.

Aujourd’hui, un bébé est à l’intérieur de mon corps et j’ai la preuve, bien vivante, que mon corps peut faire des choses bien.

Aujourd’hui, je peux renoncer à un dessert. Je peux même l’entamer et laisser une grosse partie. Juste parce que je n’ai plus faim. Et que je sais, avec certitude, que je pourrai me servir une autre part, plus tard, quand j’en aurai plus envie, sans culpabilité.

Aujourd’hui, quand je monte sur ma balance, je me dit que si mon poids a monté, c’est peut-être parce que j’ai un peu trop mangé ou que je dois faire pipi ou popo ou que je fais un peu de rétention d’eau. Je me dis surtout que ce n’est pas grave, et que ça ne change pas grand chose.

Aujourd’hui, quand mon poids augmente, je ne me rue plus sur la nourriture pour me punir d’avoir grossi.

Aujourd’hui, je redécouvre le plaisir de manger des légumes. Des vrais. Parfois même, des légumes vapeurs, sans rien d’autre. Pas par obligation. Pas pour maigrir. Mais, juste parce que c’est bon. Et même que, des fois, je mange un dessert après.

Aujourd’hui, les seules restrictions alimentaires que je m’impose sont celles liées à mon bébé. Et elles sont faciles à tenir, parce que je sais que dans quelques mois, je pourrai à nouveau en manger.

 

Bref, aujourd’hui, je suis en paix avec la nourriture. Et un peu plus encore avec moi-même.

Enceinte : que peut-on manger ?

Quand tu apprends la nouvelle de ta grossesse, très vite, tu te demandes ce que tu dois dorénavant éviter de faire. Et donc, de manger.

En nullipare, tu te diriges vers le Saint-Graal de la réponse fast-food mais pas toujours digeste : Internet.

Là, tu découvres un tas de trucs. Et tu flippes ta race.

Parce que TOUT t’est interdit.

Si tu fais la liste de tout ce que tu ne peux plus ingurgiter, cela te donne :

– la viande crue

– la charcuterie (toutes les charcuteries)

– la viande fumée

– la viande rosée

– le gibier

– les oeufs crus

– les fromages à pâtes molles

– les fromages à base de lait non pasteurisé

– la peau des fruits et légumes (rapport aux pesticides)

– les fruits et légumes crus

– le poisson cru

– le poisson fumé

– les poissons d’eau de mer

– les crustacés

– le chocolat

– le sucre

– le sel

– le beurre

– les matières grasses cuites

– certaines épices

– les plats à base de citron

– l’alcool

– le café

– le thé

– toutes les boissons à base de caféine

– l’aspartame

 

La liste est longue et te décourage d’avance. Que te reste-t-il ? Et puis, hier tu as mangé une tartine de saumon fumé avec du fromage frais. C’était avec du lait pasteurisé, ton fromage frais ? Et le saumon, c’est interdit ! Ça veut dire que tu viens de tuer ton bébé ?

Avant ton premier RDV chez le gynéco, tu arrêtes de vivre. En même temps, tes nausées t’aident vachement à ne pas ingurgiter grand-chose.

 

Et puis, le gynéco te donne ton premier conseil à ne jamais oublier : Internet et les forums, c’est le mââââââââââl ! Il y a un tas de trucs vrais et intéressants entourés de tout un autre tas de trucs faux. Et, sans formation, difficile de différencier le bon du mauvais.

Ensuite, elle raccourcit la liste en te disant :

« On va vérifier si vous êtes immunisée contre la toxoplasmose. Si ce n’est pas le cas (et en attendant les résultats), vous ne pourrez plus manger : de viande crue (ou pas assez cuite) ni de légumes crus, sauf si vous les avez lavés vous-même avec de l’eau citronnée ou vinaigrée. Vous veillerez à bien laver également les fruits, avec de l’eau citronnée, ou à les éplucher. Et puis, de manière générale, veillez à la fraîcheur de ce que vous mangez, mais sinon, tout est permis. »

 

Tu stresses quand même. Et si elle se trompait ? Non, mais, tu te demandes parce que sur internet, quand même, la liste est longue.

Alors, tu attends le deuxième RDV avec une autre gynéco, celle qui t’accouchera. Et elle te répond la même chose. Elle ajoute : « si vraiment vous stressez, évitez les fromages à base de lait non pasteurisés, m’enfin, les intoxications sont tellement rares, que le risque est minime ».

Bon, ben, tu décides de te passer des fromages non pasteurisés, parce que tu trouves que ça ne vaut pas la peine. Et tu revis.

Une dernière fois, avant de consommer des oeufs crus, tu la rappelles. Et elle te demande : « c’est de la viande ou des légumes crus ? C’est du fromage non pasteurisé ? Non ? Alors, allez-y ».

Ouf, la vie durant la grossesse peut recommencer normalement (enfin, si tes nausées veulent bien te laisser un peu de répits).

 

 

 

 

EDIT : ah, ben, en fait, tu as aussi oublié de dire que tu ne pouvais pas consommer d’alcool. En même temps, tu estimes que c’est une drogue, et que donc, bébé n’en a pas besoin et toi non plus. Idem pour l’aspartame, d’ailleurs, ce qui est très loin d’être insurmontable pour toi !

J’ai pensé à toi…

Georges* entre dans mon bureau. Il est gentil. Il a un handicap assez lourd qui limite fortement ses mouvements.Malgré ça et malgré les souffrances que ce handicap implique, il vient chaque jour effectuer son travail.

Il a pour mission de prendre les courriers et les dossiers dans les bacs ‘OUT’ des collaborateurs et de les distribuer dans les bacs ‘IN’ des personnes concernées.

Georges entre donc dans mon bureau. Il est 11h15 et mon estomac crie famine, menaçant de me faire vomir (du vide et de la salive, c’est toujours sympa…). Il ne supporte pas bien de rester sans manger entre 7h, heure du déjeuner, et 12h30, heure du dîner.

J’entame donc mon « 10 heures », constitué de délicieux biscuits à la cuiller, hyper légers ! Miam !

Georges me salue. Je lui rends son salut et mords dans mon biscuit.

Là, il me dit :

« Oh! Hier, j’ai pensé à toi ! Dans le train il y avait une femme… Grosse, mais grosse ! Elle prenait presque toute la banquette tellement elle était grosse! Attention, hein, elle était plus grosse que toi. Mais, je me suis dit qu’elle devait être malheureuse pour être grosse comme ça ! Parce que faut pas être bien pour se laisser aller de la sorte, hein! D’ailleurs, avant, j’avais une collègue, je ne sais pas si tu l’as connue ? Elle travaillait ici en 1972. Elle était grosse aussi. Comme toi. Et jeune, hein! Et chaque fois que je la voyais, elle était en train de manger, comme toi, là maintenant. Alors, je lui disais « arrête de manger », mais elle me répondait qu’elle avait faim. Et ben, elle est morte, hein ! De son poids, qu’elle est morte ! »

 

Que répondre à ça ?

« Euh, merci, mais, depuis trois ans que je travaille ici, c’est la première fois que tu me vois manger en dehors des heures de table! » ?

 » Euh, ta gueule ! Je mange si je veux ! Et j’ai pas de compte à te rendre! » ?

« Moi, j’ai connu un gars, il claudiquait, et un jour, il est tombé dans les escaliers » ?

 

J’ai opté pour un sage :

« Non, je ne la connaissais pas, Georges. En même temps, en 1972, j’étais pas encore née… Allez, au revoir, Georges. »

 

 

Si un jour, tu n’as plus de nouvelles, peut-être que je serai morte de mon poids. Voilà. Sinon, tout va bien; Merci ! 🙂

 

 

 

 

* Nom d’emprunt, évidemment…

Journal de grossesse – #1

Voilà un peu plus de 24 heures que les résultats sont là. Deux petites barres roses qui offrent une multitude de promesses sur un stick en plastique blanc sur lequel j’ai uriné. Glamour.

Je ne me sens pas différente des autres jours. J’ai seulement peur que le petit pois ne s’accroche pas correctement et que mes espoirs s’envolent.

Alors, je scrute le moindre changement, le moindre signe que cette grossesse se poursuit comme il faut.

Cet après-midi, j’ai eu un peu mal au ventre. Dans le bas ventre. Heureusement, ce n’était, semble-t-il, que mon système digestif qui était un peu patraque.

Désormais, je dois faire attention pour deux. Alors, je suis à l’écoute de mon corps. Pour du vrai. Il ne m’a jamais été aussi simple d’appliquer Zermati que depuis ces deux jours. Je ne prétends pas que cela continuera les 9 mois qui suivent (ou mieux, ma vie entière), mais c’est déjà un début. Une façon d’expérimenter que mon corps réclame ce dont il a besoin et qu’il n’est point nécessaire d’anticiper.

Hier, j’ai donc mangé un cheese-burger (du MacDo) avec un soda. J’ai délaissé les frites. J’avais super faim et l’appel du fast foood a été le plus fort, surtout quand j’ai passé les portes du centre commercial où je voulais acheter un parfum. Le soir, j’ai mangé une demie salade de boeuf thai (que j’ai partagée avec mari chéri) et une assiette de canard aux champignons (une tuerie !). J’ai mangé légèrement au-delà de ma faim. Mais, du coup, je n’ai pas pris de dessert. Je n’ai rien mangé d’autre de la journée. Je n’en avais pas envie, en fin de compte.

Aujourd’hui, je n’ai pas petit déjeuner. Nous avons invité la maman de mari chéri au restaurant pour lui annoncer la nouvelle. J’ai choisi une entrée et un plat qui me faisaient plaisir. J’avais faim. Et j’ai suivi mes envies. Une petite salade de cocktail de crevettes roses, suivi d’une bavette à l’échalotte, accompagnée de sa salade et de ses frites, avec une coupe de glace vanille napée de chocolat chaud pour terminer le tout… Un délice ! Mais, je sens, du coup, que ce soir, aucun aliment ne passera par mon estomac car je n’ai pas faim.

J’ai pris la résolution de boire moins de coca, aussi. C’est quand même une crasse dont mon corps n’a pas besoin.

 

Quoi qu’il en soit, me voilà plus lourde d’un petit pois (très très petit, pour le moment). Et c’est merveilleusement angoissant…