Archives de tags | douleur

La naissance d’une merveille – Part three

La naissance d’une merveille – Part one

La naissance d’une merveille – Part two

A 9 centimètres de dilatation, on me fait sortir de l’eau. J’appréhende cette sortie. Les douleurs sont tellement intenses que je ne supporterai pas qu’elles augmentent encore. Le spectre de la péridurale danse toujours dans mon cerveau, suivi de ses boulets : la terreur des aiguilles et du plastique.

On me couche sur la table d’examen pour que la gynécologue, la mienne, celle qui m’a suivie depuis neuf mois, puisse examiner d’elle-même ce col, si lent à la détente.

Surprise, la tête est déjà presque là. Le col est enfin avancé, raccourci comme il faut. Mais, il manque encore un bon centimètre de dilatation et la tête du bébé, assez grosse, ne passera pas si le col ne se dilate pas davantage.

Son examen à peine fini, je lève ma jambe droite et la pose sur l’étrier. Mais, aussitôt, je change d’avis, je repose ma jambe et lève la gauche. J’ai besoin d’être positionnée de manière asymétrique.

J’entends ma gynécologue dire à la sage-femme que le bébé n’est pas droit. Cette dernière propose de me poser « sur le côté », puis, jetant un oeil sur moi ajoute « ben, comme elle s’est mise, en fait. C’est fou, depuis le début du travail, elle se positionne toujours exactement comme il faudrait… ». Cela me fait un bien fou d’entendre ça. Je dois continuer à me faire confiance.

Il est 20h30, je suis à bout de force. Mais, je continue tant bien que mal à gérer cet accouchement. Jusqu’ici, je suis fière de moi. Si c’est ça, accoucher c’est bon, je peux en faire dix autres, des bébés. C’est douloureux, c’est fatiguant mais c’est gérable.

Je continue à penser à la péridurale, mais, vraiment, je n’arrive pas à me résoudre.

A 21 heure, commence une contraction plus intense que les autres. La gynécologue me fait bouger. Elle veut que je me couche sur le côté droit, la jambe gauche sur l’étrier droit, pour aider le bébé à mieux se positionner encore.

La contraction est tellement forte que je grommelle des « ohms » ininterrompus et que l’équipe me bouge elle-même. Je ne suis plus capable de grand chose.

Je me raccroche à l’idée que, bientôt, cette contraction va s’arrêter et que je pourrai à nouveau me détendre.

Mais, l’heure tourne. Et la contraction ne s’arrête pas. Je commence vaguement à avoir envie de pousser. Mon col est dilaté à 9,5 cm. Il manque toujours ce foutu demi-centimètre. Et la douleur ne s’arrête plus. Je vois les aiguilles tourner sur la grande horloge qui me fait face.

A 9h35, à bout de force, je bouge. Cette position ne me convient pas et cette connasse de contraction ne s’arrête pas. Je DOIS bouger pour qu’elle se calme. La gynécologue tente de me convaincre, mais je n’entends même pas. D’autorité, je me couche sur le dos et lève la jambe droite. La contraction s’apaise enfin. Elle aura duré plus de 35 minutes ininterrompues. Je suis au bout de mes limites. J’ai des sanglots dans la gorge.

Je n’y arriverai jamais. Et la péridurale n’est pourtant pas possible. Je ressens, alors, un relent de haine viscéral. Contre ma mère, contre mon passé, contre mon histoire qui m’empêche de subir cet acte pourtant si banal pour des milliers d’autres femmes, cette simple piqûre dans le dos qui soulagerait tous mes maux.

L’envie de pousser augmente.

La gynécologue trifouille dans mon vagin. Le Rond m’apprendra plus tard qu’elle « force » l’ouverture du col, pour qu’il se dilate enfin à 10 cm. Je ne sens rien. Je veux juste que cette douleur s’arrête. Pas longtemps, hein. Seulement un petit quart d’heure, que je puisse souffler. Et après, promis, je me remets dedans.

Mais, la nature en a décidé autrement.

La gynécologue me positionne sur les étriers. Elle voudrait que je me mette à quatre pattes. Mais, je sens bien que mes genoux ont trimé depuis ce matin et qu’ils ne supporteront pas mon poids. Alors, j’accoucherai sur le dos, cette position que je ne voulais pas parce qu’elle augmente le risque d’épisiotomie et de déchirure.

Elle me demande de pousser très fort. J’essaie. Mais, je sens que la tête de mon bébé ne passera pas. Je sens que quelque chose va « se casser » et ça me fait terriblement peur.

Elle me fait bouger. On va se remettre sur le côté, comme pendant cette contraction interminable. Et là, je vais pousser. On essaie. Durant un temps qui me paraît interminable.

La kiné, à mes côtés, distille ses conseils d’une voix douce.

« Inspirez, soufflez un peu, bloquez et poussez très fort. Non ? Vous préférez souffler en même temps que vous poussez ? D’accord. Inspirez, bloquez, et soufflez en même temps que vous poussez. Voilà, c’est bien, encore une fois. Stop, maintenant. Vous avez encore envie de pousser ? Non ? Alors, arrêtez. Ne poussez que quand vous avez envie de pousser, d’accord ? Allez, on y retourne. Courage Vous faites ça bien. Vous êtes super.  »

Des gouttes de sueur perlent sur tout mon corps. Le Rond essaie de me vaporiser quelques gouttes d’eau mais je déteste ça.

Au fond de moi, je sens que je ne pousse pas au maximum de ce que je suis capable de faire. Mais, lorsque je sens la tête du bébé contre ma vulve, je sens bien que ça va « casser » et ça me terrifie.

Au bout de trois quart d’heure de poussées, la gynécologue me remet sur le dos. Je meurs de chaud. Je demande à enlever mes vêtements. De toute façon, ils m’ont déjà tous vue nue lorsque j’étais dans le bain… Elle tente encore deux ou trois poussées dans cette position. Je lui dis, entre deux sanglots : « ça va casser, docteur, ça va casser. Je n’y arrive pas ! ». Alors, sans rien dire, elle badigeonne mon vagin d’un produit à base de lidocaïne. Pour endormir un peu (si peu) la zone.

On ré-essaie quelques poussées, au cas où. Mais, je suis à bout de souffle.

Soudain, je sens une brûlure. Au fond de moi, je sais qu’elle a coupé dans ma chair.

Une envie de pousser arrive et je pousse. Cette fois, je sens que la tête de mon bébé peut passer, alors, je pousse encore plus fort. Et là, je suis terrifiée. Sa tête est passée et pas le reste. Ça fait mal. Je pleure. Je demande qu’on le retire. Vite.

La gynécologue, doucement, me demande de pousser encore, même si je n’ai plus envie de pousser, cette fois. Alors, je pousse. De toutes mes forces. Et soudain, je me sens délivrée. Un truc chaud et doux vient de passer entre mes cuisses. J’entends un petit cri.

Puis, on dépose une chose gluante et chaude sur mon corps.

Un bébé.

Mon bébé.

La douleur ne s’arrête pas. Mais, le sentiment de délivrance est bien réel. Il est 22h32.

Mon petit gigote contre ma peau. On nous recouvre d’un drap. J’avais peur de ne pas l’aimer, mais, je l’aime. J’avais peur de lui en vouloir de la douleur, mais, à aucun moment, de tout le travail et de l’accouchement, cette idée de ne m’est venue à l’esprit. J’avais peur d’être dégoutée du côté gluant, et en fait, pas du tout.

On propose au Rond de couper le cordon. Il accepte.

Moi, je suis là, avec mon bébé, couchée sur cette table, les jambes écartées, en l’air. En train d’être examinée dans un endroit de mon anatomie, d’ordinaire réservée à mon amoureux. Mais, je me sens bien. Avec mon bébé. Je suis maman. C’est incroyable. C’est irréel.

Alors, je demande, après quelques minutes : c’est une fille ou un garçon ? Une sage-femme soulève mon bébé pour que je puisse voir par moi-même : « vous voyez ? »

Je n’ose pas contredire cette question si affirmative. Mais, je n’ai pas mes lunettes, perdues à un moment quelconque de l’accouchement. Je ne vois rien du tout qu’une forme qui pourrait tant être un pénis qu’une vulve.

Le Rond répond, juste à propos  « c’est une fille. C’est ta fille ».

Je suis heureuse. Aussi heureuse que si on m’avait annoncé un fils.

La gynécologue me dit alors qu’elle va doucement tirer sur le cordon pour voir si le placenta se détache. Quand le placenta sera parti, elle recoudra la petite épisio.

Je sens un truc désagréable dans mon ventre, puis un truc flasque et chaud passe à travers mes cuisses. C’est presque comme le bébé, sans la douleur. Elle me demande si je veux regarder, mais, franchement, je ne suis pas capable de voir ce truc maintenant. Et puis, il  a mon bébé, là, dans les bras. Qu’y a-t-il de plus important ?

Elle me dit que mon placenta est nickel, en un morceau. Tout est presque fini.

Elle palpe mon ventre pour voir où est l’utérus. Et là, je sens un flots humide jaillir entre mes cuisses. Suivi d’un autre et encore un autre. Ca ne s’arrête plus. Je commence une hémorragie.

La gynécologue murmure des choses à la sage-femme. Je me sens m’affaiblir et la panique augmente.

Le Rond le sent et prend la petite à bras, tout en restant près de moi. Il me murmure des phrases douces pour me calmer. Je me tourne vers la kiné et la la stagiaire. Elles ont des mines inquiètes et regardent la gynécologue et la sage-femme s’affairer, les sourcils froncés et le regard tendu. J’ai peur. Je panique.

On appuie sur mon ventre très fort. On m’injecte un produit dans la cuisse. On m’introduit quatre suppositoires dans les fesses (je n’avais pus eu de suppo depuis ma plus tendre enfance…). Il se passe un tas de choses qui me dépassent. J’ai seulement peur. Peur comme jamais. Je me mets à trembler et à pleurer.

On met alors ma fille au sein. Mais, je la repousse, tellement la pincée des tétons m’étonne et me fait mal.

Les flots s’espacent avant de s’estomper enfin.

Le stress est passé. L’hémorragie est arrêtée. Il est temps de procéder aux soins de mon intimité.

La kiné m’explique qu’elle va partir, que sa garde est finie. Mais, elle voit que mes tremblements ne se calment pas. J’ai une phobie des actes médicaux et avec l’angoisse qui me submerge, je n’arrive plus à rien contrôler. Elle me prend la main. Elle reste encore un peu.

La gynécologue me fait des injections de produit anesthésiants. Je tremble toujours. Dans ma tête, je me demande comment elle fait pour ne pas me rater et ça m’angoisse encore plus…

Elle m’explique qu’elle va utiliser des fils qui se résorbent d’eux-même, pour qu’elle ne doive plus intervenir après, et que je ne subisse pas un nouveau stress lorsqu’on devra les enlever.

Elle recoud mon intimité, durant un temps qui me parait une éternité.

Je tremble et m’excuse de trembler ainsi. Elle me rassure, tout va bien.

Le Rond me tient la main, porte sa fille dans l’autre et est là, toujours vaillant, malgré la journée qui touche à sa fin. Lorsque la gynécologue s’en va, il est 23h30. On nous laisse un peu seul, pour profiter enfin de notre petite fille, notre petite merveille.

Après deux heures de peau à peau, on s’assure que tout a bien pour moi et on nous propose de retourner dans ma chambre.

Je me lève. Je me sens faible. Mais, je sais que je suis crevée. Je n’ai rien mangé depuis 7 heures ce matin. Lorsque j’aurai mangé, j’irai mieux. La sage-femme me prend la main, pour aller jusque vers la chaise. Je la regarde, je souris et soudain, je suis au Bal de ma Faculté, cinq ans auparavant, et je suis à la recherche du Rond. Je le cherche, je le cherche. Je l’appelle, et il ne répond pas. Puis, je sens des mains qui me touchent, je sursaute.

Je suis par terre à l’hôpital. J’ai fait un malaise. On me remet sur la table d’accouchement et on va chercher mon lit. Je suis pâle. Mes lèvres sont bleues.

On me conduit dans ma chambre, allongée sur mon lit, le Rond à mes côtés, qui tient notre fille. Je me rends compte qu’elle porte un pyjama. On l’a habillée sans que je n’en sois consciente. Mais, ça me rassure : elle n’aura pas froid.

Enfin, nous sommes tous les trois dans la chambre.

Ma fille, mon mari et moi.

Ma famille. Celle que j’ai choisie. Celle que j’ai construite.

Je me sens heureuse : je suis au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes. Même si mon corps souffre, je ne changerais de position pour rien au monde !

Je suis devenue maman. Je suis devenue femme.

La naissance d’une merveille – Part two

La naissance d’une merveille – Part one

Les contractions deviennent vraiment douloureuses.

On regarde à nouveau mon col, trois quart d’heure après la percée de la poche. Ca y est, le col se dilate enfin, même s’il reste antérieur, et il continue à s’affiner.

On me propose de me « reposer » un peu dans un bain chaud. Je suis à cran, et me détendre peut aider à lancer le travail. En réalité, c’est quitte ou double : soit ça l’arrête, soit ça le lance. Mais, avec la percée de la poche, il y a peu de chance que ça s’arrête.

J’hésite. Mais, je meurs d’envie d’un bain depuis des semaines (je n’ai qu’une douche chez moi). Et je sais que la chaleur peut m’aider à diminuer la douleur.

Je me laisse donc doucement bercer par l’eau. Et la douleur s’estompe. Ca ne disparaît pas, mais, j’ai l’impression que c’est aussi peu fort que deux ou trois heures auparavant.

Ma kiné fête son anniversaire, ce soir-là. Elle ne pourra donc pas participer à mon accouchement. Mais, elle me demande si la présence de sa stagiaire m’embêterait. Son étudiante aimerait, en effet, assister à un accouchement et son stage prend bientôt fin. J’ai terminé mes études il n’y a pas si longtemps. Je comprends cette envie de s’immerger dans le monde professionnel que l’on convoite. J’accepte.

Le Rond est toujours là, près de moi. Il m’aide à bien respirer lorsque les contractions arrivent. Il se sent inutile et pourtant sa présence est précieuse.

La stagiaire fait son entrée. Je suis nue dans la baignoire, le monitoring autour du ventre. Dans un élan de pudeur (qui me quittera bientôt), je cache ma poitrine et mon sexe.

Mais, la contraction suivante m’empêche de maintenir mes mains à leur place. La jeune femme a une voix douce et me propose de masser mes pieds pendant que je suis dans le bain. Elle débute en réflexologie et connait quelques trucs qui peuvent m’aider.

Le Rond est toujours à mes côtés.

Je suis nue, dans cette salle, en présence de mon amoureux et de cette inconnue aux mains de fée et à la voix douce. C’est presqu’irréel.

Une sage femme entre. Cela fait déjà une heure quarante-cinq que je suis dans l’eau. On me demande de sortir pour vérifier l’avancement du travail et pour que je bouge verticalement, histoire d’accélérer un peu les choses.

Mon col continue à bien se dilater. A ce rythme-là, j’accouche à 20 heures. Je ne sais pas si j’aurai assez de force pour tenir jusque là, mais bon. Les choses se passent bien.

Je ressens à nouveau très fortement les contractions. La différence avec la douleur ressentie dans l’eau est très forte. Lorsqu’une contraction arrive, je ne sais plus rien faire d’autre que me concentrer dessus et respirer comme on me l’a appris.

La jeune fille se sent aussi impuissante que mon mari. Pourtant, vraiment, je ressens leur présence intensément et ça me rassure autant que ça me fait du bien.

Elle demande aux sage-femme d’appeler la kiné de garde. Elle préfère ne pas être seule sur ce cas.

Une autre jeune femme, de mon âge, cette fois, entre dans la salle. Elle se présente. C’est la kiné de garde.

Elle discute un temps avec les sage-femmes. Durant leur discussion, je dis à mon chéri que cette position (debout, appuyée sur lui ou sur la table) ne me convient pas. Je veux m’asseoir. Sur le ballon. Et qu’il se tienne derrière moi. Je lui dis qu’on fera ça après cette contraction.

Lorsque je sens la douleur diminuer on se lance. Je n’ai pas beaucoup de répit entre deux contractions. En temps normal, une contraction dure environ une minutes et elles sont espacées de deux à trois minutes à ce stade du travail. Étant donné que mon accouchement a été déclenché, chez moi, les choses sont inversées. Mes contractions durent deux à trois minutes (parfois cinq), et ne sont espacées que d’une minute, parfois moins.

Lorsque la kiné revient, je vois qu’elle veut dire quelque chose mais, elle se ravise. Puis, dit simplement : « c’est une excellente idée, le ballon ».

Le Rond est derrière moi. Entre deux contractions, je me repose entièrement sur lui. Je puise en moi les dernières ressources d’énergie. J’entends mon mari, la kiné et les sage-femmes se demander si je dors. Non, je ne dors pas. (Je n’ai jamais réussi à m’endormir en 10 secondes, ce n’est pas aujourd’hui que je vais y arriver). Mais, je n’ai pas envie de gaspiller mon énergie à leur expliquer. J’en ai trop besoin pour gérer la prochaine douleur.

Le temps passe. Je suis comme dans une bulle. Je ne vois pas les minutes défiler. De temps en temps, je demande au Rond l’heure qu’il est et je suis à chaque fois étonnée que le temps ait filé si vite.

Lorsque les douleurs deviennent trop importantes, je me concentre intensément pour savoir dans quelle position je me sentirais mieux. La réponse n’est jamais franche. Mais, c’est comme une évidence qui se crée : je dois m’installer de telle manière.

Je n’écoute pas ce qui se passe autour de moi. Je suis dans le moment présent comme jamais. Je me concentre sur moi, sur mon bébé. Je suis à l’écoute de mon corps.

A nouveau, on procède à l’examen de mon col. En trois heures, il s’est fortement dilaté. Il reste trois centimètres. Le plus gros est fait, m’affirme-t-on.

Je demande si les douleurs vont encore augmenter. J’ai l’impression d’avoir atteint les limites de ce que je peux endurer. Les réponses sont évasives. Ca dépend d’une femme à l’autre. On ne sait pas dire.

J’ai peur. Peur de ne pas gérer. Depuis quelques heures, j’ai été tellement concentrée sur mes sensations que j’ai oublié d’avoir peur. Mais, elle revient au galop.

Le Rond me pose la question qui tourne déjà dans ma tête depuis quelques minutes : et si on osait la péridurale ? Mais, l’idée de ce morceau de plastique dans mon dos et dans mon bras me terrifie encore plus que cette foutue douleur.

Peut-être plus tard.

On me propose de retourner dans l’eau. Je me rappelle que la douleur avait pas mal diminué la dernière fois. J’accepte avec soulagement.

Pourtant, cette fois, la différence est moins sensible. J’augmente la température de l’eau.

La stagiaire me propose à nouveau son massage des pieds que j’accepte avec joie. Je me concentre sur ses mains et la sensation de douleur diminue sensiblement, même si elle reste très présente.

Après une heure dans l’eau, une sage-femme examine à nouveau mon col. Elle touche la tête du bébé et à l’aide du monitoring évalue la position de son corps.

Après discussion avec la kiné et la stagiaire, on me propose de me tourner sur le côté droit.

Toujours dans l’eau, entre deux contractions de plus en plus intenses, je me tourne. Instinctivement, je soulève la jambe, et je me sens mieux.

Quelqu’un positionne des essuies et des coussins pour poser ma tête et ma jambe. Mais, les contractions augmentent fortement. La kiné entame une sorte de « ohmmmmmmm », comme lors des méditations. Je me souviens que dans les exercices de préparation à l’accouchement, on préconisait de faire ce son pour aider à gérer la douleur et la respiration lorsque les contractions deviennent trop fortes.

Je me dis que ça y est. Je dois être au paroxysme de la douleur.

Je grommelle des « ohm » et me sens moins seule d’entendre la kiné les faire aussi.

Des mains continuent à masser mes pieds, d’autres versent de l’eau dans mon dos. Certaines caressent mon dos ou ma nuque. Je me concentre très fort sur ces douces sensations. Et cela m’éloigne d’autant de la réalité des douleurs de plus en plus fortes et de ma nudité face à une équipe médicale nombreuses (4 ou 5 sage-femmes, la kiné, la stagiaire, la gynécologue de garde et ma gynécologue, sans oublier les infirmières et mon mari, ça fait du monde).

Dorénavant, je n’arrive plus à me passer des « ohm ». Dès que j’essaie, la panique me submerge et je ne respire plus comme il faut. Le Rond me rappelle doucement de respirer calmement. La kiné continue sa valse de « ohm » et je me remets dans le flot.

Soudain, je sens que ma position ne me convient plus. Je le dis à l’équipe. Je suis perdue. Je ne sais pas comment me mettre, mais plus comme ça.

Elle me propose de prendre la même position mais sur mon autre côté. J’essaie. Effectivement, je me sens mieux.

Une autre heure s’écoule ainsi.

Et mon col continue à se dilater. Lentement mais surement.

La naissance d’une merveille – Part three

La naissance d’une merveille – Part one

Jeudi soir dernier, c’était le grand jour. Celui où j’allais rentrer à la maternité pour mettre mon Petit pois au monde.

La journée fut longue. Préparation de la valise (déjà faite mille fois). Un peu de ménage pour ne pas accueillir le bout de chou dans la crasse. Une dernière douche en amoureux. Beaucoup de stress.

A 22heures, nous voilà devant la maternité.

Une sage-femme nous accueille. Elle nous conduit à la chambre. Nous nous installons et elle me demande de m’allonger pour procéder à un premier monitoring ainsi qu’à un examen « classique » pour voir la maturité du col.

Les nouvelles ne sont pas encourageantes. Mon col s’est rallongé depuis mardi. Il est moins favorable. Mais, le bébé va bien.

On me pose un premier ovule d’hormones, censé activer le travail. Puis, Monsieur le Rond est invité à rentrer dormir. Rien ne devrait se passer avant le matin. Mais, la séparation est rude. Je n’ai pas envie de rester seule. Monsieur le Rond attend que je sois sur le point de dormir pour rentrer.

Mais, moins de deux heures après, la douleur me réveille.

Pas de contractions douloureuses, non. Mais, un dos en bouillie. Impossible de trouver une position confortable. Je fais des aller-retour dans le couloir en espérant que cela passe ou que le travail se mette vraiment en route. Avec un mal de dos pareil, je ne pourrai jamais accoucher.

La  nuit s’étire lentement. Je me sens déjà épuisée et les choses sérieuses n’ont même pas encore commencé !

Six heures du matin, l’infirmière me propose de procéder à un nouveau monitoring. Bébé va bien. Je téléphone à Monsieur le Rond. Je n’ai pas envie de rester seule plus longtemps. Il se lève, boit un café et prend la route immédiatement.

Je ressens des contractions de plus en plus fortes mais très gérables.

On examine mon col. Pas de changement. Je fonds en larmes. La sage-femme tente de me rassurer. Il ne s’est pas dilaté, mais, elle a l’impression de sentir mieux la tête du bébé, ce qui implique qu’il s’est un peu affiné. Mais, il est encore « antérieur », donc, l’accouchement n’est pas pour l’heure.

Monsieur le Rond arrive au moment où on me pose un second ovule. Je somnole dans ses bras, au rythme des contractions de plus en plus douloureuses mais anarchiques.

Le petit déjeuner arrive. Je mange quatre tartines à la confiture. Je me force un peu. J’ai peur que mon prochain repas soit lointain.

A 10 heures, on nous propose d’aller en salle de travail. Je découvre le lieu où je vais passer les prochaines heures les plus douloureuses de ma vie. La salle est accueillante, la baignoire a l’air assez large pour que je puisse m’y prélasser, et le personnel est adorable.

On examine à nouveau mon col. Il s’est enfin dilaté. D’un demi-centimètre. En 4 heures. C’est pas gagné. M’enfin, c’est déjà ça de pris.

On me pose un monitoring mobile. Je pourrai bouger autant que je veux sans que l’on perde le contrôle du bébé.

Je me berce au son de son rythme cardiaque. Petit pois est un exemple de zénitude. Il n’a pas l’air de souffrir.

De mon côté, les contractions augmentent d’intensité. Je commence à ressentir le besoin de souffler lorsqu’elles se manifestent. Serrer les dents ne me suffit plus à les gérer.

On refait un examen à 11 heures. Mon col s’est encore dilaté. D’un centimètre cette fois. A raison d’un centimètre par heure, je calcule que j’en ai encore pour plus de sept heures.

J’ai peur. Sept heures, c’est long. Aurais-je le courage de tenir si longtemps ?

A midi, on reprend ma tension. Elevée. On regarde le col. Peu d’évolution.

L’équipe s’interroge. Au vu des résultats de la dernière échographie, de ma tension, de mon obésité et d’autres paramètres, ils estiment qu’on ne peut pas faire durer ma grossesse plus longtemps. Il faut accélérer le travail. D’autant que je maintiens ma décision : pas de péridurale. Or, ils ont peur que s’ils attendent plus longtemps, je ne tienne pas la route.

Deux choix s’offrent à moi : une perfusion d’ocytocine ou percée de la poche des eaux. Mais, la perfusion n’est absolument pas envisageable. Si je refuse la péridurale, c’est parce que je ne peux pas supporter une perfusion dans mon bras.

Une sage-femme propose alors de me faire avaler des pilules d’ocytocine. C’est moins efficace que la perfusion, mais, ça ouvre les possibilités.

Ma gynécologue arrive à ce moment-là.

Elle me propose de choisir plutôt la percée de la poche des eaux. Ça accélèrera le travail de manière plus naturelle que les hormones de synthèse.

Je suis terrifiée. Si l’on perce, il n’y aura plus de retour en arrière possible. Petit pois verra le jour aujourd’hui, et je ne sais pas si je suis prête.

Je pleure dans les bras du Rond qui me réconforte comme il peut. Puis, la sage-femme rentre dans la salle et m’installe sur la table d’examen. Elle sort le matériel pour percer la poche et mon angoisse monte en flèche. J’ai une phobie des actes médicaux intrusifs (comme la perfusion). Et l’idée qu’on m’insère un machin pour percer la poche est difficile à gérer pour moi.

On m’assure que le bébé ne risque rien. Que je ne sentirai rien non plus. Elle se lance. Un flot d’eau jaillit de mon entre-cuisse.

La sage-femme sort de la salle. Pour elle, une simple routine. Pour moi, c’est plus que ça. Je suis morte de terreur. Je vais mettre mon bébé au monde et je ne me sens pas prête. Mes larmes ne se tarissent pas. Monsieur le Rond cherche les mots pour me rassurer.

Une sage-femme rentre dans la salle en entendant mes sanglots. Elle s’inquiète. Monsieur le Rond lui explique que j’ai seulement un moment d’angoisse. Elle reste un peu et me pose quelques questions. « Etiez-vous d’accord pour qu’on vous perce la poche ? ». Je me rends compte que non. Je n’ai pas manifesté mon accord. Je n’ai pas refusé non plus. Je me suis laissée faire. Et maintenant, c’est trop tard.

Mais, Monsieur le Rond rationalise. Petit pois a besoin de sortir et moi, j’ai besoin d’être soulagée aussi. On a fait ce qui est le mieux pour nous deux. Quant à ma crainte de ne pas être prête, il me rappelle que je ne serai jamais seule. Qu’il sera là dans mes moments de faiblesse et que tout ira bien. Je ne suis pas ma mère. Il n’est pas son père. On va être des parents, tous les deux, et on fera du mieux qu’on peut.

Il calme enfin mes angoisses. Les contractions s’intensifient encore.

Après deux heures, on regarde mon col. Ca y est. Les choses sérieuses commencent. Mon col est dilaté à 5 centimètres. L’équipe m’assure que le plus long est passé. Je m’accroche à cet espoir.

La naissance d’une merveille – Part two

La naissance d’une merveille – Part three

Allaiter, ça fait mal !!

Avant la naissance de Petite poite, mes projets étaient clairs : j’allais l’allaiter. A la maison, un seul biberon, celui reçu dans la fameuse boîte mauve, cadeau des femmes enceintes.

Pas de lait maternisé. Pas de matériel pour « bibi ». Rien que trois soutiens-gorge d’allaitement, des coussinets d’allaitement et basta.

Lorsque Petite poite a vu le jour, on me l’a mise au sein, à ma demande.

Et là, ça a été le choc !

Elle a comme mordu le téton et la douleur était telle que je n’ai pas su garder ma fille au sein. Je l’ai repoussée violemment et je m’en suis terriblement voulue. On a réessayé deux ou trois fois. Une des fois, ça ne faisait pas mal, mais on m’a assuré que de cette manière j’aurais des crevasses. Alors, on me l’a replacée. Et les douleurs ont repris. Ingérables. (Je venais pourtant d’accoucher sans péridurale).

J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Ce corps qui m’avait montré neuf mois durant ce dont il était capable, ce corps dont j’apprenais à être fière, ce corps qui venait de mener la plus difficile bataille contre la douleur, ce corps me faisait à nouveau défaut. Il n’était pas à a hauteur pour allaiter mon enfant.

Le lendemain matin, j’ai demandé à essayer une nouvelle fois, avec une conseillère en lactation. C’était ma fille. Je ne voulais pas rester sur un échec. Mais, les douleurs étaient à nouveau présentes. J’ai renoncé, la mort dans l’âme. La conseillère m’a d’ailleurs expliqué que chez certaines femmes, l’allaitement n’était pas possible, parce que trop douloureux.

Personne ne m’avait prévenue qu’allaiter était si douloureux.

Un pincement atroce, qui tire depuis le mamelon jusque dans le sein-même. Comme une tenaille.

Pourtant, j’avais acheté un livre sur l’allaitement et lu plein de sites différents et tous affirmaient que l’allaitement pouvait être « désagréable » les premiers temps, mais jamais douloureux. J’y ai cru, naïvement. Les menteurs !

Durant deux jours, je n’ai été que larmes. Lors des biberons. Lorsque mes yeux se posaient sur mes seins. Lorsque les sage-femme me demandaient si j’allaitais. Lorsque je tombais sur une affiche « maman allaite ».

La deuxième nuit, du lait a coulé de mes seins. Je l’ai recueilli goutte à goutte et l’ai donné à mon bébé. Lorsque le jour s’est levé, j’ai demandé à tirer mon lait.

On m’a longuement expliqué à quel point ce serait contraignant. Un biberon, ce serait plus simple pour tout le monde. Et puis, Papa pourrait participer plus facilement. Allaiter, c’est bien, mais à l’heure actuelle, ce n’est plus nécessaire. Les laits industriels font tout aussi bien l’affaire. Parce que tirer son lait, ça impose de le tirer 30 minutes toutes les 3 heures. 15 minutes chaque sein. 2h30 de « liberté » entre deux extractions, durant lesquelles je devrais nourrir mon enfant, lui donner son bain, me reposer, me nourrir, etc.

J’ai insisté néanmoins. Qu’elle boive au moins mon colostrum pour ses défenses immunitaires.

Après quelques extractions, j’ai compris le côté contraignant qu’elle me décrivait. J’avais l’impression de ne faire plus que « ça ». Alors, j’ai espacé les extractions d’une heure ou deux. Surtout la nuit. Puis, je me suis alignée sur les tétées de ma puce : je tirais mon lait après qu’elle ait pris son biberon. Après tout, si elle se nourrissait au sein, ce serait au même rythme.

Ma production a vite augmenté. Passant de 9 ml, la première fois, à 90 ml en quelques jours.

Puis, nous sommes rentrées à la maison, et j’ai relu ce maudit livre. Celui qui disait que « ça ne fait pas mal d’allaiter ».

Et là, je me suis rendue compte que la petite faisait TOUT ce qui était déconseillé !

Son nez était écrasé par mon sein, elle ne faisait pas une grande bouche pour happer mon mamelon, elle avait le corps décentré par rapport au mien, sa langue ne recouvrait pas le bas de mon aréole.

Bref, elle faisait exactement tous les trucs qui peuvent causer des douleurs. Ajoutés à cela que j’ai les seins sensibles, et le cocktail était prêt pour une douleur insupportable.

Alors, le Rond et moi avons lu les sites de la Leche league, vu les positions d’allaitement et essayé, à nous deux.

Ce fut épique. Il tenait la petite au-dessus de moi (un peu comme quand on fait « l’avion » avec un bébé), moi, je tenais mon sein, tendu vers sa bouche. Bref, c’était drôle. Pas faisable tous les jours, puisque j’avais besoin de la présence du Rond pour tenir la petite. Mais, la douleur avait fait place à un sentiment désagréable, tout-à-fait gérable.

Petite poite nous a gratifié d’un grand sourire à la fin de la tétée.

Je venais de donner le sein pour la première fois à ma fille. Elle avait 8 jours.

Cette fois, ce sont des larmes de joies qui ont coulé.

Alors, j’ai pris contact avec une conseillère en lactation de la Leche league… Et un petit miracle s’est opéré.

Depuis hier soir, je donne le sein à ma fille. Toute seule comme une grande.

Les premières tétées sont toujours désagréables. Parfois même douloureuses (mais beaucoup moins douloureuses que la première fois). Mais, avec les gestes appropriés, que j’ai appris, je la repositionne en quelques secondes et les douleurs s’en vont.

Mes seins sont sensibles. Les tétées restent donc sensibles et désagréables. Mais, au fur et à mesure des tétées la sensation désagréable s’amenuise.

Finalement, ils ne mentaient pas : donner le sein ne fait pas mal, si l’on s’y prend bien. Encore faut-il être bien encadrée et conseillée…

sein

Journal de grossesse – M-1

Cher Petit pois,

Voilà déjà 8 mois que nous partageons le même corps.

8 mois ! Tu te rends compte ? C’est beaucoup et peu à la fois. Pour toi, c’est énorme : c’est toute ta vie.

Tu prends désormais beaucoup de place à l’intérieur de mon ventre. Mes collègues me font remarquer que mon bidou s’agrandit à vue d’oeil. Je t’avoue que d’ailleurs, je suis désormais incapable d’enfiler mes leggings qui m’ont pourtant tenu jusqu’ici avec largeur. (Tu remarqueras que j’ai eu la brillante idée de commander par correspondance des pantalons de grossesse pile poil avant de ne plus avoir de pantalon à mettre ! Ca c’est du flair de Ronde, Petit pois !).

Durant ces 8 mois, tu as du ressentir beaucoup d’émotions de ma part. Tu apprends, petit à petit, que la vie est faite d’émotions plus ou moins agréables. Ce n’est ni bien ni mal. C’est la vie, tout simplement. Parfois, je me culpabilise de pleurer ou de me sentir mal. Puis, je me rappelle que tu n’y mets pas encore de sentiments négatifs ou positifs et que ce sera notre rôle, à ton père et moi, de t’apprendre à gérer ces émotions qui, je l’espère, ne t’épargneront pas.

Le jour de notre rencontre s’approche à grand pas. Je l’appréhende autant que je l’attends avec impatience. J’ai envie de te voir, de te sentir, de te « partager » avec ton père. J’ai peur de ne plus être la seule chose dont tu aies besoin, de ne plus être le centre de ton petit monde. Ce pouvoir est si envoûtant et si stressant en même temps.

Et puis, j’ai peur du passage, de la transition entre ta vie dans mon ventre et ta vie sur terre. J’ai peur de la douleur. J’ai peur de mal faire. J’ai peur que mon corps ne soit pas à la hauteur. J’ai peur de te faire mal. J’ai peur que tu souffres lors de ton passage. J’ai peur de ne pas gérer la douleur. J’ai peur.

Mais, j’ai confiance aussi. Parce que depuis le début de notre rencontre, nous avons formé une équipe d’enfer, toi et moi. Tout se passe à merveille. Presque pas de couacs. Et les petits couacs que nous avons rencontrés, nous les avons gérés comme des warriors. Pourquoi notre accouchement en irait-il autrement ?

Par contre, j’ai comme un pressentiment. Entre le 3 et le 13 avril, la gynéco, la kiné et ta grand-mère seront en vacances (en même temps, pui, oui. Même si elles ne se connaissent pas et qu’elles ne partent pas au même endroit). Ta naissance est certes prévue pour le 21. Mais, mon petit doigt me dit que tu choisiras pile la semaine où elles seront absente pour pointe le bout de ton nez… Et si tu me contredisais, Petit pois ? 😉

Quoi qu’il en soit, ton père et moi nous préparons, comme nous pouvons, à ce grand bouleversement annoncé très prochainement.

Nous avons dressé ta liste de naissance sur un blog. Nous avons acheté les meubles de ta chambre. Nous avons retrouvé les vêtements de naissance de ton père et ta tante. Nous avons acheté des livres pour se préparer à t’accueillir et à te comprendre.

J’ai même commencé ma valise de maternité. Mais, Milichat a passé une nuit dedans, et je dois tout relaver, rapport à ses longs poils qui se sont incrustés dans tous tes vêtements propres. (Et puis, c’est pas comme si ton père et moi avions l’habitude de tout faire en dernière minute… Hum!).

Niveau choix de ton prénom, on avance bien aussi. A priori, tu devrais en posséder un assez rapidement après ta naissance, promis juré !

En attendant, continue à prendre soin de toi, Petit pois. Et puis, à bouger aussi. Parce que ça me rassure de te sentir bien vivant. (Même si j’apprécierais que tu vises autre chose que mon estomac la journée et ma vessie la nuit, histoire que je puisse manger et dormir normalement).

Des bisous, mon enfant !

La ronde change de médecin

Depuis bientôt trois ans, j’ai le même médecin. Une jeune femme plutôt sympa. Qui est très gentille. Avec qui le contact passe bien. Mais qui exerce dans une maison médicale tout proche de mon ancien chez-moi mais très éloignée du nouveau. 50 minutes de transport en commun quand on est malade, pour voir son médecin, ce n’est glop. Ni top.

Depuis 6 mois, donc, je galère à trouver un médecin lorsque j’en ai besoin. Pas que je passe ma vie à être malade. Mais, mon corps a choisi cette période particulièrement inopportune pour faire des caprices… Heureusement, mon chéri connaît un médecin qui nous a dépanné entre temps, mais ce n’était pas une situation très agréable et ce n’était pas destiné à durer.

Il était donc temps de prendre contact avec un médecin qui deviendrait, à terme, notre médecin traitant.

Au détour d’une promenade avec Princesse, j’ai découvert qu’un médecin homéopathe exerçait à deux pas de chez moi. Une médecin, pour être précise. J’ai noté son numéro et ai pris RDV.

 

Honnêtement, en appelant, je me suis dit qu’elle allait me prendre pour une folle : je ne suis pas malade. Mais, je voulais avoir un premier contact avant de décider si je mettais mon sort (médical) entre ses mains. Parce que, faut pas déconner, si le contact passe aussi bien qu’avec le médecin que ma mère avait choisi, quand j’étais ado, je préfère me soigner toute seule avec des plantes plutôt que d’être confrontée à tant de froideur et de dédain.

Je me rappelle que cette femme (décidément, je ne me fais soigner que par des femmes…) me regardait toujours d’un air méprisant. Elle estimait que j’inventais. Des douleurs. Des maladies. Lorsque je la consultais pour des douleurs inexpliquées (au genoux, par exemple), elle m’assénait d’un ton sans appel que c’était dans ma tête et que ce n’était rien de grave. Elle me considérait comme hypocondriaque, je suppose. Je ne l’étais pas.

A force, je le suis devenue. J’ai développé une peur d’avoir une maladie qu’un médecin ne décèlerait pas. Je savais, à l’avance, que quoi que je lui dise, elle ne me prendrait pas au sérieux.

Lorsque j’ai été en âge de choisir mon médecin, j’ai consulté son confrère, du même cabinet, qui était beau comme un Dieu (c’est pas un critère ?), et qui me prenait au sérieux, lui.

Les années qui ont suivi, j’ai découvert que mes douleurs (« inventées ») aux genoux étaient due à un déplacement de ma rotule. Après cinq minutes et trois manipulations chez un kiné, ces douleurs ont disparu (malheureusement provisoirement et je dois régulièrement procéder aux manipulations que le kiné m’a montrées)…

J’ai découvert que mes douleurs (légères) au bas-ventre étaient dues à des ovulations répétées durant mon cycle. Rien de grave, si ce n’est que je risque plus facilement de tomber enceinte.

J’ai découvert que mes autres douleurs au ventre (moins régulières mais plus violentes) étaient dues à des intolérances alimentaires. Depuis que je m »interdis certains aliments, elles ont purement et simplement disparu.

Si cette femme m’avait prise au sérieux dès le début, j’aurais sans doute un peu plus confiance dans le corps médical. Et j’aurais évité des douleurs aussi inutiles que désagréables. Mais le fait est que ça n’a pas été le cas.

Pour en revenir à mon RDV, j’ai cru que cette femme médecin homéopathe me prendrait pour une folle de prendre rendez-vous sans être malade.

Mais, non. Au contraire. Elle a trouvé ça normal.

« Je salue votre démarche. Les patients devraient faire ça plus régulièrement. Trop souvent, je vois des patients pour la première fois alors qu’ils sont malades et je dois découvrir leur dossier tout en prescrivant le bon traitement et en analysant leurs antécédents, le tout en 20 minutes chrono…  »

Un bon point pour elle.

Maintenant, je croise les doigts pour que cette entrevue se passe bien.

 

Et toi ? Tu as déjà eu des mauvaises expériences avec un médecin ? Tu as un médecin traitant ? Ou tu préfères aller en clinique ? Tu as déjà appelé un médecin juste pour « prendre contact » ? Tu penses que je suis folle ?