Archive | août 2012

Faire partie d’une élite ?

Il paraît que je fais partie de l’élite intellectuelle.

Ah bon. Vous êtes sûrs ? Non, parce que je viens du bas peuple, moi, hein. De la classe des pauvres qui n’a pas les moyens de manger à sa faim tous les jours, vous savez. Je suis issue d’une famille où, parfois, il faut choisir entre payer le chauffage ou le pain, vous voyez ?

Ah ? J’en fais partie quand même ?

Si vous le dites.

C’est parce que j’ai un diplôme d’université ? Que je me suis hissée d’une classe sociale ? En même temps, vous savez, je n’ai pas vraiment de mérite à ça, moi. Je n’étais pas très manuelle. Fallait bien que je gagne ma croûte. Alors, l’Université, ça m’a paru un bon plan.

Non ? C’est pas ça non plus ?

Ah ? Parce que je défends l’idée d’un Etat de droit ? Ah bon ? C’est une caractéristique de l’élite intellectuelle, ça ? Alors, c’est que ce n’est pas si mal que ça de faire partie de cette élite, non ?

Ah, si, c’est le mal ?

Ecoutez, j’ai beau réfléchir, je ne comprends pas ce que vous voulez dire ! (C’est bête pour une élite intellectuelle, quand même, non ?)

Ça vous paraît pourtant évident ? Ben, je vous écoute, alors…

D’accord, donc, selon vous, le petit peuple ce sont ceux qui sont proches de la « vraie vie » et l’élite, ils sont à mille kilomètres de la réalité, c’est bien ça ? Je peux vous faire remarquer que la « vraie vie », je la connais, moi aussi. Je ne le porte pas en marque rouge sur mon front, mais cela ne m’empêche pas de la vivre… Soit.

Et, selon vous toujours, il faudrait que la loi ne s’applique que quand le petit peuple estime qu’elle peut. Sinon, on peut passer outre ? En gros, on joue à la loterie, quoi ? Ta tête me revient pas, je n’exécute pas la loi et je fais ce que je veux ? Faudra être beau gosse pour commettre un crime alors…

Ah ? Je vous fais dire ce que vous n’avez pas dit ?

Mais, quand il y a un vrai méchant pas beau, il faut être plus sévère que la loi, si on trouve que la loi est trop gentille ! C’est ça ?

Si faire partie de l’élite intellectuelle signifie penser que chaque être humaine est égal devant la loi et que cette dernière doit s’appliquer de la même manière à un homme, une femme, un blanc, un noir, un arabe, un jeune, un vieux, un médiatisé, un anonyme, alors, je l’affirme haut et fort, je fais partie de cette élite.

Et j’en suis fière.

Je suis fière de ma Belgique, aujourd’hui. Fière de ce pays où la Justice a été appliquée de manière équitable. Fière de la libération de Michèle Martin. Pas que j’aime cette femme ni ne loue les atrocités qu’elle a commises. Mais, j’aurais eu honte d’un pays où la loi n’aurait pas été applicable de la même manière pour tous, sous prétexte que la « méchante » est connue et haïe de tous les Belges.

Je ne comprends pas celles et ceux qui défendent l’idée inverse, même si je ne les dénigre pas pour autant. Chacun est libre de penser ce qu’il veut, et c’est aussi l’une des fiertés de ma Belgique. Mais, je suis plus encline à comprendre celles et ceux qui défendent l’idée d’une révision de la loi, parce qu’elle ne leur plaît pas. C’est le jeu démocratique dans toute sa splendeur.

D’aucuns me rétorquent que je ne peux pas comprendre, que si j’avais une fille qui avait vécu de telles atrocités, ou pire, si j’en avais été victime moi-même, je ne tiendrais certainement pas le même discours, que je n’ai pas d’empathie envers les victimes.

Je ne le crois pourtant pas.

Que les victimes soient opposées à la libération de leur bourreau, c’est légitime. C’est leur droit (vous remarquerez qu’en l’occurrence, elles ne s’y opposent pas toutes, n’est-ce pas). Mais, c’est le rôle de la Justice de trancher. Sinon, c’est de la vengeance.

Je compatis sincèrement à ce qu’elles ont subi. Peut-être d’autant plus que j’ai vécu d’autres violences, moi aussi. Rien de comparable (aucune histoire n’est d’ailleurs vraiment comparable à aucune autre), m’enfin, j’ai mon lot de douleurs moi aussi.

Mais, cela n’enlève rien au rôle de la Justice.

Je ne voudrais pas vivre dans un monde où je peux choisir la peine que subira mon bourreau. Je ne veux pas vivre dans un monde où je ne peux assurer à mon enfant que la Justice le protège et qu’elle est impartiale et indépendante.

Non, je ne veux pas.

Et si le prix à payer est d’être catégorisée comme l’élite intellectuelle du pays, alors, je paierai fièrement mon tribu !

 

 

EDIT : si vous avez eu le courage de lire jusqu’au bout et avez de commenter, libre à vous. Cet espace est un espace d’échange. Mais, je me permettrai d’effacer tout commentaire injurieux ou menaçant. Il y a toujours moyen d’exprimer une opinion contraire sans violence ! 😉

Le livre du mercredi #5 – Les dieux voyagent toujours incognito

Petite découverte, au hasard de mes flâneries dans une librairie belge bien connue. Un titre me sautent aux yeux. « Les dieux voyagent toujours incognito » de Laurent Gounelle.

Intriguée je lis la quatrième de couverture :

« Imaginez. Un homme vous sauve la vie, en échange de votre engagement de faire tout ce qu il vous demande… pour votre bien. Le dos au mur, vous acceptez et vous vous retrouvez embarqué dans une incroyable situation où tout semble vous échapper. Vous n’êtes plus le maître de votre vie et pourtant… à bien des égards, elle est plus excitante qu’auparavant !
Mais peu à peu, le doute s’installe en vous : quelles sont les intentions réelles de cet homme qui s’est immiscé dans votre existence ? Qui est-il vraiment ? Et qui sont ces personnages énigmatiques dans son entourage ? Les découvertes que vous faites n’ont rien pour vous rassurer. »

Puis, je glisse le livre dans mon cabas.

Il passe quelques semaines, chez moi, sur ma pile de livres à lire.  Pas le temps. D’autres lectures en cours. Je finis par retomber dessus et me lance.

Et j’adore ! Ce livre me fait réfléchir. Me fait avancer dans ma quête du mieux vivre et du pourquoi vivre.

Sur internet, j’ai lu des critiques dans tous les sens : soit les gens ont adoré, ce livre leur a parlé comme jamais. Soit, ils ont détesté et ce livre leur a paru niais.

Je ne vais pas cacher que l’histoire n’est pas follement intrigante. On ne passe pas les pages en se demandant avec angoisse/envie quel sera le dénouement (même si on se pose un certain nombre de questions sur cet homme qui sauve la vie du narrateur, son rôle, son objectif, tout ça). N’empêche que cela offre un formidable terrain de réflexion sur soit et sur les possibles de nos vies.

Une fois de plus, je m’étais lancée dans une lecture dont je suis sortie plus riche.  Un vrai coup de coeur ! 🙂

 

 

Voici la participation de :
Cla : La poursuite du bonheur – Douglas Kennedy : Un auteur qui a l’air sympa, et qui s’ajoute à ma Pile de livre à lire ! 😀

La ronde ne râle pas, elle constate #2

Elle constate que les gens sont comme lobotomisés à 8h du matin, dans le métro bruxellois. Au point de leur faire perdre tout sens de la réflexion.

***

Vite, vite, montons dans le métro alors qu’il est visiblement plein à craquer. Tellement plein qu’une centaine de personnes attendent le suivant sur le quai.

Non, non, ne laissons pas cette femme visiblement sur le point de vomir (moi, en fait, parce que le monsieur à côté de moi a du se disputer avec l’eau et le savon depuis une bonne grosse semaine, à tout le moins) sortir du wagon rempli comme un oeuf. Nous risquerions de rater ce métro qui, décidément, met beaucoup de temps à redémarrer.

Oui, regardons cette femme avec des yeux bovins, dans l’incompréhension de ce qu’elle marmonne, lorsqu’elle prononce les mots suivants : « laisse-moi sortir. Le métro est bloqué depuis 20 minutes de toute façon et je ne me sens pas bien ».

Oui, oui, continuons à forcer le passage, emmenant cette femme dans notre sillage. Après tout, elle n’avait qu’à pas monter dans ce wagon, zut ! Elle vomira sur les autres passagers si l’envie lui en prend, mais nous, on sera dans le sacro-saint métro.  On doit aller travailler, nous, ma bonne dame (moi pas, peut-être ?).

***

Après un passage en force, à coups de coude (franchement, heureusement que je ne suis pas enceinte de 8 mois, parce que mon bébé se serait pris quelques coups au passage), j’ai réussi à quitter ce maudit wagon. Pour entrer dans un autre, tout vide ou presque, où j’ai pu m’asseoir sans gros monsieur qui pue à mes côtés, avant d’entendre, après 25 minutes, l’annonce radio : « mesdames et messieurs, le trafic est interrompu pour une durée indéterminée, veuillez emprunter une autre ligne pour rejoindre votre destination ».

Heureusement, les agents de la STIB (réseau de transport en commun bruxellois) sont là pour aider les usagers et détendre l’atmosphère :

(à un guichet de vente rapide; temps d’attente moyen : 5 minutes)

– Bonjour, je viens prendre une attestation de retard suite à l’incident technique sur vos lignes.

– Ah, ouais, mais j’suis pas compétente, moi, m’dame. Vous d’vez aller en boutique, chez mes collègues derrière.

– Madame, il y a un temps d’attente minimum d’une heure et demie. Je ne vais pas faire une heure et demie de file pour recevoir une attestation de retard de 30 minutes ?

– Bah, qu’est-ce qu’voulez que j’vous dise, moi, m’dame. J’suis pas compétente, c’tout.

– Vous pouvez peut-être demander le formulaire à votre collègue ? (Sur un ton hyper gentil). Ecoutez, je suis enceinte, et j’ai besoin de cette attestation pour mon employeur, vous comprenez ?

– Bah, si vous z’en avez b’soin, z’avez qu’à faire la file à côté. Personne suivante !

 

 

 

Y a pas à dire, j’ai passé une matinée pleine de zennitude…

 

Annoncer sa grossesse à sa famille

On pourrait croire qu’annoncer sa grossesse à sa famille est chose aisée. Du moins, le croyais-je.

Evidemment, la réalité m’a vite rattrapée.

Belle-maman et belle-soeur ont eu les larmes aux yeux et nous ont chaleureusement félicités.

Maman et frères et soeurs aussi. Plus ou moins. Peut-être un peu l’impression que je serai moins là pour eux. Mais, ils sont contents.

Beau-papa par contre… Pas un sourire. Un simple « Ah », la tête jusque par terre. Une simple remarque ‘alors, mon fils ne reprendra pas ses études l’année prochaine si je comprends bien. C’est bien, comme ça, il n’aura pas de diplôme et s’il perd son job, il n’en retrouvera jamais ».

Merci beau-papa. Nous sommes contents de ton soutien…

Il est reparti, sans un mot. Un simple au revoir, un bisou et c’est tout.

Dire que j’ai été déçue de sa réaction serait un euphémisme. Je ne sais pas à quoi je m’attendais. Mais, certainement pas à ça…

 

Allez, petit pois, n’y pense pas trop. Nous, on t’aime déjà et on a très envie que tu rentres dans notre vie.

 

Journal de grossesse #3

Cher petit pois,

Ca y est, nous t’avons vu, hier. Sur l’écran. Tu n’es encore qu’un vrai petit pois (voire un haricot blanc, pour tout te dire), mais tu es bien là. Bien implanté où il faut comme il faut.

Tu mesures 0,5 cm et pèses 0,5 gramme.

Te voir a rendu les choses plus réelles pour ton papa, qui a été très ému.

Pour moi, les choses sont déjà bien réelles (dixit les gentilles nausées que tu me fais subir… Merci, petit pois).

 

A bientôt, donc ! 🙂

Le livre du mercredi #4 – Nos séparations

Nous voilà déjà mercredi, et le mercredi, on lit.

Je vous rappelle que si vous avez lu un bouquin et que vous avez d’envie d’en parler, cette rubrique est faite pour vous ! Rédigez un petit billet, faites un lien vers ici et je récapitulerai les lectures du jour.
Aujourd’hui, je vais vous parler d’un chouette livre que j’ai reçu d’un collègue, il y a quelques mois, lorsqu’il a appris que j’allais me marier. Sur la couverture, un couple dont la femme est en robe de mariée et l’homme en costume. J’avais demandé à ce collègue si le titre du livre était un message caché. Il m’a dit de d’abord lire le livre, on en parlerait ensuite.

Nos séparations – David Foenkinos

4ème de couverture

« Je pense à Iris qui fut importante tout de même, à Emilie aussi, à Céline bien sûr, et puis d’autres prénoms dans d’autres pénombres, mais c’est Alice, toujours Alice qui est là, immuable, avec encore des rires au-dessus de nos têtes, comme si le premier amour était une condamnation à perpétuité. »

Alice et Fritz s’aiment et passent leur vie à se séparer. Les raisons : la cyclothymie des mouvements passionnels, les parents et les beaux-parents, le travail et les collègues, les amis d’enfance, deux Polonais comme toujours, les cheveux et les dents, une longue histoire de cravate, la jalousie, et Schopenhauer bien sûr.

Mon commentaire

Autant être honnête, de prime abord, je ne crois pas que je l’aurais acheté, ce livre. La quatrième de couverture ne m’inspire pas grand chose. Mais, mon collègue m’avait prêté le livre et je n’avais plus de lecture en cours.

Alors, je me suis lancée dans cette histoire. Et je n’ai pas pu m’en détacher. J’ai eu ce petit pincement au coeur, à la dernière page. Celui que tu ressens quand tu n’as pas envie que l’histoire s’arrête.

Les personnages sont attachants. L’auteur nous emmène dans un univers particulier, comme toujours, et on a envie de connaître la fin. Cela se terminera bien ou pas ?

Allez vite lire la participation de :

Unicks – La lance du désert (le cycle des démons tome 2)

Journal de grossesse – #2

Cher petit pois,

D’après nos savants calculs, tu squattes mon ventre depuis déjà trois semaines.  (Ah, t’inquiète, je dis « squatte », mais tu sais bien que tu es le bienvenu ! 😉 )

Alors, j’ai quand même deux trois petits trucs à te dire, petit pois.

Non, parce que bon, tu es le bienvenu, on t’aime (déjà), on fait des plans sur la comète, tout ça, mais il y a quand même des limites que tu ne dois pas dépasser. L’éducation parentale commence dès le plus jeune âge, m’a-t-on dit, alors, mieux vaut commencer tout de suite.

D’abord, je ne sais pas ce que tu as dit à mon estomac, mais tu l’as rendu un tantinet grincheux. Et ça ne me fait pas plaisir, petit pois ! Tu dois apprendre à être poli et à ne pas fâcher inutilement ceux qui peuvent t’être d’une grande aide . (C’est légèrement contre-productif, vois-tu.) Surtout lorsque les intérêts de ta maman chérie sont en jeu. Je voudrais pas être chafouine, mais c’est quand même de mon estomac dont on parle, petit pois. Et ne pas savoir avaler plus qu’un quart d’un plat de pâtes au resto, alors que j’ai plus rien mangé depuis la veille, ça ne me met pas de très bonne humeur… Avoir la nausée tout le reste de l’apèrs-midi, non plus.

Ensuite, je te saurais gré d’arrêter de tordre mon ventre. Non, parce que bon, c’est pas comme si je kiffais la douleur, quoi.

Et puis, honnêtement, petit pois, à chaque lancement de douleur, j’ai peur. Peur pour toi. Peur que tu ne t’accroches pas comme il faut. Peur que mon corps ne te garde pas près de lui. Alors, la zumba à 23heures, tu vas arrêter tout de suite. Tu pourras t’y mettre d’ici quelques mois quand je pourrai te sentir sous ma main et que je saurai que tu es en bonne santé.

Et on ne discute pas, hein, petit pois (j’aurai tout le temps d’appliquer la méthode d’éducation non violente avec toi quand tu seras né. D’ici là, je peux me permettre d’être un despote ABSOLU).

Et enfin, petit pois, c’est quoi cette manie d’avoir trop chaud ? Je sais que tu viens à moitié de ton père qui est un chauffage ambulant (ce qui est très pratique en hiver, j’en conviens), mais tu n’étais pas obligée de prendre ça de lui ! Je me permets de te le dire au cas où on avait oublié de te prévenir. Tu peux tout-à-fait te contenter de ma température corporelle. Je ne vois pas pourquoi tu tiens tant à me couvrir de sueur. Surtout le matin, devant mes collègues qui me regardent d’un air interrogateur ou interloqué, en pleine réunion…

Tiens-le toi pour dit : maman a toujours froid et ça la rassure beaucoup d’avoir des couches sur elle. Surtout pour dormir. Or, depuis trois nuits, je n’ai pas pu dormir, parce que tu avais trop chaud. C’est pas très gentil, ça. Je te préviens, une fois pour toutes, que c’est pas non plus dans ton intérêt, mon grand (enfin, mon petit), parce que quand je suis fatiguée, je suis tout de suite moins réceptive et attentionnée… Tu seras prévenu.

Je ne te demande pas grand chose, au fond : grandir, en bonne santé, tout en respectant (mieux que moi) mon corps.

On me dit à l’oreillette que c’est à moi de te donner l’exemple… Bon, bon, bon, d’accord. On fait un deal : t’es plus sympa avec moi et moi, je prends mieux soin de nous et donc de moi. Ca te tente ?

Quoi qu’il en soit, on se voit très vite, puisque demain, tu vas avoir de la visite. Ne t’inquiète pas trop. C’est le docteur qui va vérifier si tout est en ordre. Et ton père et moi allons pouvoir te voir pour la première fois !

Je t’embrasse, mon petit pois,

Ta chère mère épuisée (et stressée)