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Journal de grossesse # 4 – Ou comment survivre à une prise de sang quand on est phobique

Cher petit pois,

Vendredi, tu l’as senti, j’étais toute chose.

C’est qu’une aiguille a transpercé ma main (par deux fois, en plus) pour prélever un peu de mon sang afin de procéder à quelques analyses pour s’assurer que tout roule.

Bien sûr, cette prise de sang n’était pas obligatoire. Mais, vois-tu, petit pois, je voulais vraiment être certaine que tu puisses grandir dans mon corps en toute quiétude, sans carence ni excès. Déjà que ton cocon est quelque peu adipeux, rapport à mes kilos en trop, je ne voulais pas que tu risques quoi que ce soit dans ton nouveau chez-toi.

Mais, petit pois, je souffre d’une maladie étrange. J’ai une phobie des prises de sang. En réalité, j’ai une phobie des actes médicaux en général. Mais, plus particulièrement des actes médicaux invasifs (piqûres, prises de sang, stérilet, tout ça).

Jusqu’à présent, le pire acte médical reste la prise de sang : une aiguille enfoncée en moi (rien qu’à l’écrire, j’en frissonne déjà, petit pois) et qui reste longtemps. C’est-à-dire le temps de prendre le sang nécessaire.

Évidemment, les médecins ou infirmières qui me rencontrent pour la première fois me disent : « mais, ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude des patients qui ont un peu peur ». J’insiste alors sur le fait que, moi, ce n’est pas « un peu peur » que j’ai… Mais, souvent, ils me rient (presque) au nez. Jusqu’au moment fatidique.

Celui où l’aiguille s’approche de mon corps, qu’il se met à trembler de toute part, que des larmes coulent sans fin le long de mes joues et que mes veines commencent à s’amuser à jouer à cache-cache avec l’aiguille (leur autre jeu favori consiste à éclater lorsque l’aiguille trouve leur planque).

Pourtant, ils voient bien que je me concentre pour maintenir ma main en place. Sans bouger. Le reste de mon corps tremble. J’ai renoncé depuis longtemps à essayer de le maîtriser. Ce qui compte, c’est que ma main ne tremble pas pour que le praticien puisse pratiquer.

Là, généralement, ils comprennent pourquoi j’ai refusé catégoriquement que l’on me pique dans le bras (mes veines ont beaucoup plus de latitude pour jouer à leurs deux jeux favoris). Et ils comprennent aussi que non, non, ce n’est pas une petite peur.

Les gros sanglots qui sortent de ma gorge, en même temps que mes plates excuses parce que je SAIS que ce n’est tellement rien de grave, achèvent de les convaincre que je ne suis peut-être pas une patiente comme les autres.

Mais, il faut d’abord passer par cette étape avant que ma phobie soit prise au sérieux, petit pois.

Alors, tu imagines que cette prise de sang me faisait un tantinet peur à l’avance.

J’ai téléphoné à deux centres de prises de sang en expliquant que j’avais une phobie. Chacun a minimisé ma peur, on m’a dit que je n’aurais qu’à « déstresser dans la salle d’attente », et puis, hop, on piquerait. Moi, je sais que cela ne se passe pas comme ça.

Alors, j’ai pris rendez-vous chez celle qui va devenir mon médecin traitant, petit pois.

Elle m’a accueillie avec un sourire et une voix apaisante.

Elle m’a assurée que ma peur ne pouvait pas être pire que celle de mon amie (ta marraine, en fait, petit pois, celle qui m’avait transmise ses coordonnées). J’ai souri. Je n’ai rien dit.

J’ai prévenu que ma phobie était intense et qu’il faudrait piquer dans ma main. Elle m’a répondu « si ça vous rassure ».

J’ai pensé très fort que ce n’était pas pour me rassurer mais parce que sinon, mes veines sont inaccessibles. Mais, je n’ai rien dit. Les médecins ne me croient pas. Je n’avais pas envie de la convaincre. Elle verrait par elle-même.

Elle m’a demandé si je savais pourquoi cette phobie s’était développée. Je lui ai expliqué en quelques mots que j’avais été agressée durant mon enfance. Que ces agressions avaient été en partie d’ordre sexuel. Je n’ai rien dit de plus. Et je ne t’en raconterai rien de plus, d’ailleurs, tant que tu ne seras pas en âge de comprendre et que tu en exprimeras l’envie (et seulement si ce jour arrive).

Elle m’a rassurée de sa voix douce : ne vous en faites pas ! Cela va se passer comme sur des roulettes !

Je me suis allongée sur la table. Je lui ai demandé de relever le dossier. Parce que quand j’ai peur, je replie mes jambes sur mon ventre. Elle a eu l’air surprise. Mais, elle a obtempéré.

Elle a regardé ma main. « Ah, c’est bien, on voit bien la veine! ». J’ai souri. Tant que la procédure ne se met pas en route et que je ne pense pas à l’aiguille, on voit bien ma veine, en effet… Elle m’a donc dit : « Avec une veine comme la vôtre, ça va prendre deux minutes! ». J’ai souri à nouveau.

Elle a placé son garrot et a approché son chariot. Celui avec la fameuse aiguille. Je n’ai pas regardé et j’ai pensé fort à autre chose. Mais, elle a déballé l’aiguille de son étui en plastique. Et là, mon angoisse, refoulée depuis la prescription de la prise de sang, est remontée dans ma gorge au triple galop. Cette angoisse semblait même multipliée par deux. Là, donc, ma veine a commencé à se planquer : « C’est bizarre, moi qui voyais si bien votre veine, je ne la sens même plus ».

Là, je lui ai avoué mon secret : « lorsque je commence à avoir peur, mes veines se cachent ».

Elle a eu l’air perplexe. Je n’avais l’air d’avoir si peur que ça, en plus. Puis, elle a regardé mon visage, inondé de larmes. Elle n’a rien dit mais m’a serré la main. « Allez, courage ! Je ne piquerai pas tant que je ne suis pas sûre de moi ».

Puis : « Que ressentez-vous lorsqu’on vous pique ? »

Je lui ai expliqué que je ressens la mort. J’ai l’impression que ma vie est en jeu et que je dois me sauver sinon je vais mourir. Je sais que ce n’est pas vrai. Rationnellement. Mais, ce que je ressens est bien loin du rationnel. Alors, dans ma tête et dans mon cœur, ces deux certitudes se battent : « je vais mourir » « mais, non, ce n’est rien de grave ».

A force de jouer avec le garrot, petit pois, ma veine s’est montrée imprudente. La doctoresse a piqué. Et elle a vu simultanément ma détresse, mon angoisse, mes larmes, ma veine exploser, ma maîtrise de moi qui m’a permis de ne pas bouger ma main d’un iota alors que tout le reste de mon corps était pris de tremblement et elle a entendu mes excuses.

« Je suis tellement désolée, je sais que ce n’est rien. Je m’excuse. Pardon ».

« Madame, ne vous excusez pas. J’imagine ce que vous avez du vivre pour être dans un état pareil. C’est le monstre qui vous a fait ça qui devrait s’excuser, pas vous ».

Je dois t’avouer, petit pois, que là, je me suis sentie toute paf. Je n’avais jamais envisagé les choses ainsi.  Et une partie des larmes qui ont alors coulé résultait de ce soulagement que, tout ça, ce n’est peut-être pas de ma faute…

Elle a retiré l’aiguille devenue inutile dans ma veine qui avait dit zut.

Il fallait tout recommencer. Dans l’autre main.

Elle m’a dit que si dans cette main, cela ne marchait pas, on reporterait la prise de sang à la semaine prochaine. Parce qu’elle ne voulait pas m’infliger cette douleur trop longtemps. Et moi, j’ai pensé à toi : une semaine de plus sans savoir s’il y avait des carences à combler, je me suis dit que ce serait trop.

Je te sentais, là, au creux de moi, et je m’en voulais de te faire sentir autant de stress, autant de souffrance. Je voulais tellement que tu te sentes bien.

J’ai prié pour toi, je crois.

Puis, j’ai recentré ma concentration sur ma respiration.

De son côté, elle a cherché longtemps une « bonne veine » et un angle qui limiterait les dégâts au maximum. Elle a piqué. Et mon angoisse est remontée. Elle a alors posé une main sur mon ventre et m’a exhortée à l’écouter.

« Respirez comme au yoga. Inspirez en un temps et expirez en 5 temps. Allez, avec moi. On inspire et un, deux, trois, quatre et cinq. Et on inspire… »

Tout le temps du prélèvement, je me suis accrochée à sa voix comme à une bouée. Et elle a su prélever ce qu’il fallait. En réajustant l’aiguille au fur et à mesure que ma veine cherchait à se barrer.

Après cette expérience, elle m’a avouée qu’en effet, c’était pire que ta marraine. Qu’en réalité, c’était même pire qu’aucun des patients qu’elle avait eu en vingt ans de carrière. Et que si je lui avais raconté l’histoire de mes veines qui se barrent, elle ne l’aurait pas cru non plus car elle n’avait jamais vu ça auparavant.

Elle m’a dit qu’elle imaginait bien que les médecins ne me croyaient sans doute jamais. Mais, qu’il faudrait que j’insiste si j’allais chez quelqu’un d’autre.

Elle m’a dit aussi qu’elle chercherait, pour moi, un hypnothérapeute pour m’aider à gérer tout ça. Pour que j’en souffre moins. Et j’ai pensé : pour que tu en souffres moins.

Si je te raconte ça, petit pois, c’est pour que tu te rassures : vendredi, il n’y avait rien de grave, si ce n’est cette petite prise de sang de rien du tout.

Continue à faire ta place au creux de moi, petit pois. Je te promets de faire en sorte que tu t’y sentes bien…

La ronde change de médecin

Depuis bientôt trois ans, j’ai le même médecin. Une jeune femme plutôt sympa. Qui est très gentille. Avec qui le contact passe bien. Mais qui exerce dans une maison médicale tout proche de mon ancien chez-moi mais très éloignée du nouveau. 50 minutes de transport en commun quand on est malade, pour voir son médecin, ce n’est glop. Ni top.

Depuis 6 mois, donc, je galère à trouver un médecin lorsque j’en ai besoin. Pas que je passe ma vie à être malade. Mais, mon corps a choisi cette période particulièrement inopportune pour faire des caprices… Heureusement, mon chéri connaît un médecin qui nous a dépanné entre temps, mais ce n’était pas une situation très agréable et ce n’était pas destiné à durer.

Il était donc temps de prendre contact avec un médecin qui deviendrait, à terme, notre médecin traitant.

Au détour d’une promenade avec Princesse, j’ai découvert qu’un médecin homéopathe exerçait à deux pas de chez moi. Une médecin, pour être précise. J’ai noté son numéro et ai pris RDV.

 

Honnêtement, en appelant, je me suis dit qu’elle allait me prendre pour une folle : je ne suis pas malade. Mais, je voulais avoir un premier contact avant de décider si je mettais mon sort (médical) entre ses mains. Parce que, faut pas déconner, si le contact passe aussi bien qu’avec le médecin que ma mère avait choisi, quand j’étais ado, je préfère me soigner toute seule avec des plantes plutôt que d’être confrontée à tant de froideur et de dédain.

Je me rappelle que cette femme (décidément, je ne me fais soigner que par des femmes…) me regardait toujours d’un air méprisant. Elle estimait que j’inventais. Des douleurs. Des maladies. Lorsque je la consultais pour des douleurs inexpliquées (au genoux, par exemple), elle m’assénait d’un ton sans appel que c’était dans ma tête et que ce n’était rien de grave. Elle me considérait comme hypocondriaque, je suppose. Je ne l’étais pas.

A force, je le suis devenue. J’ai développé une peur d’avoir une maladie qu’un médecin ne décèlerait pas. Je savais, à l’avance, que quoi que je lui dise, elle ne me prendrait pas au sérieux.

Lorsque j’ai été en âge de choisir mon médecin, j’ai consulté son confrère, du même cabinet, qui était beau comme un Dieu (c’est pas un critère ?), et qui me prenait au sérieux, lui.

Les années qui ont suivi, j’ai découvert que mes douleurs (« inventées ») aux genoux étaient due à un déplacement de ma rotule. Après cinq minutes et trois manipulations chez un kiné, ces douleurs ont disparu (malheureusement provisoirement et je dois régulièrement procéder aux manipulations que le kiné m’a montrées)…

J’ai découvert que mes douleurs (légères) au bas-ventre étaient dues à des ovulations répétées durant mon cycle. Rien de grave, si ce n’est que je risque plus facilement de tomber enceinte.

J’ai découvert que mes autres douleurs au ventre (moins régulières mais plus violentes) étaient dues à des intolérances alimentaires. Depuis que je m »interdis certains aliments, elles ont purement et simplement disparu.

Si cette femme m’avait prise au sérieux dès le début, j’aurais sans doute un peu plus confiance dans le corps médical. Et j’aurais évité des douleurs aussi inutiles que désagréables. Mais le fait est que ça n’a pas été le cas.

Pour en revenir à mon RDV, j’ai cru que cette femme médecin homéopathe me prendrait pour une folle de prendre rendez-vous sans être malade.

Mais, non. Au contraire. Elle a trouvé ça normal.

« Je salue votre démarche. Les patients devraient faire ça plus régulièrement. Trop souvent, je vois des patients pour la première fois alors qu’ils sont malades et je dois découvrir leur dossier tout en prescrivant le bon traitement et en analysant leurs antécédents, le tout en 20 minutes chrono…  »

Un bon point pour elle.

Maintenant, je croise les doigts pour que cette entrevue se passe bien.

 

Et toi ? Tu as déjà eu des mauvaises expériences avec un médecin ? Tu as un médecin traitant ? Ou tu préfères aller en clinique ? Tu as déjà appelé un médecin juste pour « prendre contact » ? Tu penses que je suis folle ?