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# 1 – La « sans-nom »

Je m’appelle…

Je ne sais pas comment je m’appelle.

Ma mère m’a donné un nom en langage chien, que je n’ai pas transcrire en langage humain.

Et les seuls humains que j’ai côtoyés jusqu’à présent ne m’ont jamais parlé. Ils se sont contentés de dire, en me désignant :

« Celle-là, c’est la troisième de la 7ème portée de la chienne du box 24 ? »

« Oui, en effet ».

Puis, en me tripotant dans tous les sens, il a précisé mon âge (« 4 semaines »), mon poids (je n’ai pas retenu), ma couleur (noire), ma race (« cocker spaniel »).

Il m’a ensuite injecté des trucs dans le corps avec une longue aiguille. J’ai un peu saigné. Mais, je n’ai pas moufté. Avec ses grandes mains, il me faisait trop peur. Et puis, j’avais tellement envie de retourner près de ma maman et de mes frères et soeurs que je n’avais pas envie de l’énerver et risquer que cela dure encore plus longtemps.

Il a quand même pris le temps d’écrire des trucs dans un carnet bleu foncé. Puis, il m’a déposé dans une cage en fer, pour qu’un autre humain me ramène chez ma mère.

J’ai rencontré aussi deux jeunes filles. Elles m’ont prise dans leur bras en disant : « Oh, elle est trop mignonne ». Elles ont posé avec moi devant un monsieur tout gros et chauve qu’elles appelaient « papa ».

Papa ne semblait pas content. Avec mon pelage noir, il paraît que l’on ne me voyait pas convenablement sur les photos. Il a pesté, puis, il m’a ramené chez ma mère et mes frères et soeurs, toujours dans cette cage en métal que je hais.

 

Avec ma maman, je me sens bien. J’aime me blottir contre son flanc tout chaud et téter son lait, si délicieux. Depuis peu, les humains nous ont donné des gamelles avec des trucs bruns et durs qu’ils appellent croquettes. Je ne sais pas pourquoi ni à quoi ça sert. Dans le doute, je préfère m’abstenir de goûter de ces machins. Ma mère me pousse déjà à boire de l’eau, au lieu de me contenter de son lait, et j’aime pas beaucoup ça.

Mais, il faut dire que maman a l’air épuisée. J’ai cru comprendre qu’elle avait déjà eu 6 grossesses avant nous. Elle n’a pourtant que trois ans et quelques mois. Elle ne sort pas beaucoup. Elle passe son temps à dormir et manger, dans l’espoir de récupérer un peu de l’énergie qui l’animait quand elle avait mon âge.

Et puis, elle essaie de nous apprendre un tas de trucs. Boire de l’eau dans une gamelle, faire pipi en dehors du panier, courir, renifler. Mais, l’espace est très petit. Elle possède une couverture, posée dans le coin d’un box. De l’autre côté, il y a sa gamelle avec de la nourriture qui ne convient pas aux bébés, et une gamelle avec de l’eau. Les gamelles sont remplies deux fois par jour et nettoyées de temps en temps. Il est vrai qu’il y a de nombreux box et que ça doit prendre un temps fou aux humains de s’occuper de tout ça. J’ai compté qu’il y avait 8 mamans cocker, 9 mamans labrador, 7 mamans golden retriever, 9 mamans beagle, 5 mamans sharpei,  6 mamans berger allemand et 8 mamans bulldog rien que dans notre partie de terrain. Et j’entends bien qu’il y a encore d’autres chiens derrière le mur.

Presque toutes les mamans ont des chiots. Et, ensemble, nous faisons un beau tapage.

A l’extrémité de notre box, une porte mène au jardin. Parfois, elle est ouverte, parfois pas. Quand elle s’ouvre, maman se dépêche de sortir pour faire ses besoins, comme toutes les autres mamans. Depuis peu, elle nous incite à faire pareil. Mais, c’est pas évident, parce que la porte n’est pas toujours ouverte quand j’ai envie de faire pipi.

 

Depuis hier, je suis triste. Une de mes soeurs est partie. Un humain l’a prise alors qu’on était en train de manger et l’a mise dans une boîte en plastic, avec une grille en métal. On sentait bien que ce n’était pas la même cage que pour aller chez celui qui fait des piqûres. Et puis, on a bien vu que quand les autres chiots vont dans cette cage-là, ils ne reviennent que rarement. Ma soeur a pleuré et maman a aboyé quelques mots rassurants. Elle a l’habitude de voir partir ses chiots tôt. Elle n’en a gardé aucun auprès d’elle.

Cette portée a été particulièrement difficile pour maman. On était neuf dans son ventre. Trois petits sont morts à la naissance ou peu après. Un quatrième est mort après deux semaines. Maintenant que ma soeur est partie, nous ne sommes plus que quatre.

 

Je vous raconte tout ça, parce que j’ai l’intuition que bientôt, je vais vivre une grande aventure. Je ne sais pas encore ce qui m’attend. Mais, j’aimerais tellement que ma pauvre maman soit fière de moi…

 

 

 

(A suivre…)

La ronde a adopté un chien

Je te le disais, lundi, en coup de vent : j’ai adopté un chien. Un chiot, plus exactement. Une jeune demoiselle toute noire, toute mignonne, avec des yeux à tomber d’amour.

Après deux semaines de cohabitation, je te le dis comme je le pense : un chiot, c’est un bon test avant d’avoir un bébé, pour un couple.

Tu crois qu’il y a plein de choses qui sont acquises. Tu crois être sur la même longueur d’onde et au moindre incident : patatras ! Ton chéri et toi agissez exactement à l’opposé l’un de l’autre. Parfois même en sachant que l’autre a raison mais en étant incapable d’agir autrement, parce qu’on est à bout, fatigué, énervé, de mauvaise foi.

C’est l’occasion de tester la cohérence du couple et des décisions de couple. C’est l’occasion de tester ce que l’on peut attendre de l’autre, mais aussi ses limites. Sans oublier que cela te permet de tester tes propres limites.

Un chiot, c’est une montagne d’amour inconditionnel avec la montagne d’emmerdements qui vont avec.

Maintenant qu’elle est là, pour rien au monde je voudrais m’en séparer. Pourtant, certains jours, je suis (déjà) à bout et je me demande si j’arriverai à lui donner tout l’amour et l’éducation dont elle a besoin. Et cela me renvoie, inévitablement, à mon désir d’enfant.

Bien sûr, l’Ogre (mon mari-chéri) me rappelle qu’un bébé n’est pas un chiot et inversement. Je sais cela. Loin de moi l’idée, d’ailleurs, de traiter le chien comme un humain.

Mais, si j’arrive à être à bout après deux semaines de chiot, qu’en sera-t-il après 9 mois de grossesse ? Si j’arrive à me faire déborder par mon chiot, qu’en sera-t-il de mon enfant ? Si je n’arrive pas à apprendre les bases de l’éducation à un chiot, qu’en sera-t-il de l’éducation de mon enfant ?

 

Je veux dire, un bébé n’est pas un chiot. C’est encore plus de responsabilités et de difficultés. Serais-je capable de gérer ça ?