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La naissance d’une merveille – Part three

La naissance d’une merveille – Part one

La naissance d’une merveille – Part two

A 9 centimètres de dilatation, on me fait sortir de l’eau. J’appréhende cette sortie. Les douleurs sont tellement intenses que je ne supporterai pas qu’elles augmentent encore. Le spectre de la péridurale danse toujours dans mon cerveau, suivi de ses boulets : la terreur des aiguilles et du plastique.

On me couche sur la table d’examen pour que la gynécologue, la mienne, celle qui m’a suivie depuis neuf mois, puisse examiner d’elle-même ce col, si lent à la détente.

Surprise, la tête est déjà presque là. Le col est enfin avancé, raccourci comme il faut. Mais, il manque encore un bon centimètre de dilatation et la tête du bébé, assez grosse, ne passera pas si le col ne se dilate pas davantage.

Son examen à peine fini, je lève ma jambe droite et la pose sur l’étrier. Mais, aussitôt, je change d’avis, je repose ma jambe et lève la gauche. J’ai besoin d’être positionnée de manière asymétrique.

J’entends ma gynécologue dire à la sage-femme que le bébé n’est pas droit. Cette dernière propose de me poser « sur le côté », puis, jetant un oeil sur moi ajoute « ben, comme elle s’est mise, en fait. C’est fou, depuis le début du travail, elle se positionne toujours exactement comme il faudrait… ». Cela me fait un bien fou d’entendre ça. Je dois continuer à me faire confiance.

Il est 20h30, je suis à bout de force. Mais, je continue tant bien que mal à gérer cet accouchement. Jusqu’ici, je suis fière de moi. Si c’est ça, accoucher c’est bon, je peux en faire dix autres, des bébés. C’est douloureux, c’est fatiguant mais c’est gérable.

Je continue à penser à la péridurale, mais, vraiment, je n’arrive pas à me résoudre.

A 21 heure, commence une contraction plus intense que les autres. La gynécologue me fait bouger. Elle veut que je me couche sur le côté droit, la jambe gauche sur l’étrier droit, pour aider le bébé à mieux se positionner encore.

La contraction est tellement forte que je grommelle des « ohms » ininterrompus et que l’équipe me bouge elle-même. Je ne suis plus capable de grand chose.

Je me raccroche à l’idée que, bientôt, cette contraction va s’arrêter et que je pourrai à nouveau me détendre.

Mais, l’heure tourne. Et la contraction ne s’arrête pas. Je commence vaguement à avoir envie de pousser. Mon col est dilaté à 9,5 cm. Il manque toujours ce foutu demi-centimètre. Et la douleur ne s’arrête plus. Je vois les aiguilles tourner sur la grande horloge qui me fait face.

A 9h35, à bout de force, je bouge. Cette position ne me convient pas et cette connasse de contraction ne s’arrête pas. Je DOIS bouger pour qu’elle se calme. La gynécologue tente de me convaincre, mais je n’entends même pas. D’autorité, je me couche sur le dos et lève la jambe droite. La contraction s’apaise enfin. Elle aura duré plus de 35 minutes ininterrompues. Je suis au bout de mes limites. J’ai des sanglots dans la gorge.

Je n’y arriverai jamais. Et la péridurale n’est pourtant pas possible. Je ressens, alors, un relent de haine viscéral. Contre ma mère, contre mon passé, contre mon histoire qui m’empêche de subir cet acte pourtant si banal pour des milliers d’autres femmes, cette simple piqûre dans le dos qui soulagerait tous mes maux.

L’envie de pousser augmente.

La gynécologue trifouille dans mon vagin. Le Rond m’apprendra plus tard qu’elle « force » l’ouverture du col, pour qu’il se dilate enfin à 10 cm. Je ne sens rien. Je veux juste que cette douleur s’arrête. Pas longtemps, hein. Seulement un petit quart d’heure, que je puisse souffler. Et après, promis, je me remets dedans.

Mais, la nature en a décidé autrement.

La gynécologue me positionne sur les étriers. Elle voudrait que je me mette à quatre pattes. Mais, je sens bien que mes genoux ont trimé depuis ce matin et qu’ils ne supporteront pas mon poids. Alors, j’accoucherai sur le dos, cette position que je ne voulais pas parce qu’elle augmente le risque d’épisiotomie et de déchirure.

Elle me demande de pousser très fort. J’essaie. Mais, je sens que la tête de mon bébé ne passera pas. Je sens que quelque chose va « se casser » et ça me fait terriblement peur.

Elle me fait bouger. On va se remettre sur le côté, comme pendant cette contraction interminable. Et là, je vais pousser. On essaie. Durant un temps qui me paraît interminable.

La kiné, à mes côtés, distille ses conseils d’une voix douce.

« Inspirez, soufflez un peu, bloquez et poussez très fort. Non ? Vous préférez souffler en même temps que vous poussez ? D’accord. Inspirez, bloquez, et soufflez en même temps que vous poussez. Voilà, c’est bien, encore une fois. Stop, maintenant. Vous avez encore envie de pousser ? Non ? Alors, arrêtez. Ne poussez que quand vous avez envie de pousser, d’accord ? Allez, on y retourne. Courage Vous faites ça bien. Vous êtes super.  »

Des gouttes de sueur perlent sur tout mon corps. Le Rond essaie de me vaporiser quelques gouttes d’eau mais je déteste ça.

Au fond de moi, je sens que je ne pousse pas au maximum de ce que je suis capable de faire. Mais, lorsque je sens la tête du bébé contre ma vulve, je sens bien que ça va « casser » et ça me terrifie.

Au bout de trois quart d’heure de poussées, la gynécologue me remet sur le dos. Je meurs de chaud. Je demande à enlever mes vêtements. De toute façon, ils m’ont déjà tous vue nue lorsque j’étais dans le bain… Elle tente encore deux ou trois poussées dans cette position. Je lui dis, entre deux sanglots : « ça va casser, docteur, ça va casser. Je n’y arrive pas ! ». Alors, sans rien dire, elle badigeonne mon vagin d’un produit à base de lidocaïne. Pour endormir un peu (si peu) la zone.

On ré-essaie quelques poussées, au cas où. Mais, je suis à bout de souffle.

Soudain, je sens une brûlure. Au fond de moi, je sais qu’elle a coupé dans ma chair.

Une envie de pousser arrive et je pousse. Cette fois, je sens que la tête de mon bébé peut passer, alors, je pousse encore plus fort. Et là, je suis terrifiée. Sa tête est passée et pas le reste. Ça fait mal. Je pleure. Je demande qu’on le retire. Vite.

La gynécologue, doucement, me demande de pousser encore, même si je n’ai plus envie de pousser, cette fois. Alors, je pousse. De toutes mes forces. Et soudain, je me sens délivrée. Un truc chaud et doux vient de passer entre mes cuisses. J’entends un petit cri.

Puis, on dépose une chose gluante et chaude sur mon corps.

Un bébé.

Mon bébé.

La douleur ne s’arrête pas. Mais, le sentiment de délivrance est bien réel. Il est 22h32.

Mon petit gigote contre ma peau. On nous recouvre d’un drap. J’avais peur de ne pas l’aimer, mais, je l’aime. J’avais peur de lui en vouloir de la douleur, mais, à aucun moment, de tout le travail et de l’accouchement, cette idée de ne m’est venue à l’esprit. J’avais peur d’être dégoutée du côté gluant, et en fait, pas du tout.

On propose au Rond de couper le cordon. Il accepte.

Moi, je suis là, avec mon bébé, couchée sur cette table, les jambes écartées, en l’air. En train d’être examinée dans un endroit de mon anatomie, d’ordinaire réservée à mon amoureux. Mais, je me sens bien. Avec mon bébé. Je suis maman. C’est incroyable. C’est irréel.

Alors, je demande, après quelques minutes : c’est une fille ou un garçon ? Une sage-femme soulève mon bébé pour que je puisse voir par moi-même : « vous voyez ? »

Je n’ose pas contredire cette question si affirmative. Mais, je n’ai pas mes lunettes, perdues à un moment quelconque de l’accouchement. Je ne vois rien du tout qu’une forme qui pourrait tant être un pénis qu’une vulve.

Le Rond répond, juste à propos  « c’est une fille. C’est ta fille ».

Je suis heureuse. Aussi heureuse que si on m’avait annoncé un fils.

La gynécologue me dit alors qu’elle va doucement tirer sur le cordon pour voir si le placenta se détache. Quand le placenta sera parti, elle recoudra la petite épisio.

Je sens un truc désagréable dans mon ventre, puis un truc flasque et chaud passe à travers mes cuisses. C’est presque comme le bébé, sans la douleur. Elle me demande si je veux regarder, mais, franchement, je ne suis pas capable de voir ce truc maintenant. Et puis, il  a mon bébé, là, dans les bras. Qu’y a-t-il de plus important ?

Elle me dit que mon placenta est nickel, en un morceau. Tout est presque fini.

Elle palpe mon ventre pour voir où est l’utérus. Et là, je sens un flots humide jaillir entre mes cuisses. Suivi d’un autre et encore un autre. Ca ne s’arrête plus. Je commence une hémorragie.

La gynécologue murmure des choses à la sage-femme. Je me sens m’affaiblir et la panique augmente.

Le Rond le sent et prend la petite à bras, tout en restant près de moi. Il me murmure des phrases douces pour me calmer. Je me tourne vers la kiné et la la stagiaire. Elles ont des mines inquiètes et regardent la gynécologue et la sage-femme s’affairer, les sourcils froncés et le regard tendu. J’ai peur. Je panique.

On appuie sur mon ventre très fort. On m’injecte un produit dans la cuisse. On m’introduit quatre suppositoires dans les fesses (je n’avais pus eu de suppo depuis ma plus tendre enfance…). Il se passe un tas de choses qui me dépassent. J’ai seulement peur. Peur comme jamais. Je me mets à trembler et à pleurer.

On met alors ma fille au sein. Mais, je la repousse, tellement la pincée des tétons m’étonne et me fait mal.

Les flots s’espacent avant de s’estomper enfin.

Le stress est passé. L’hémorragie est arrêtée. Il est temps de procéder aux soins de mon intimité.

La kiné m’explique qu’elle va partir, que sa garde est finie. Mais, elle voit que mes tremblements ne se calment pas. J’ai une phobie des actes médicaux et avec l’angoisse qui me submerge, je n’arrive plus à rien contrôler. Elle me prend la main. Elle reste encore un peu.

La gynécologue me fait des injections de produit anesthésiants. Je tremble toujours. Dans ma tête, je me demande comment elle fait pour ne pas me rater et ça m’angoisse encore plus…

Elle m’explique qu’elle va utiliser des fils qui se résorbent d’eux-même, pour qu’elle ne doive plus intervenir après, et que je ne subisse pas un nouveau stress lorsqu’on devra les enlever.

Elle recoud mon intimité, durant un temps qui me parait une éternité.

Je tremble et m’excuse de trembler ainsi. Elle me rassure, tout va bien.

Le Rond me tient la main, porte sa fille dans l’autre et est là, toujours vaillant, malgré la journée qui touche à sa fin. Lorsque la gynécologue s’en va, il est 23h30. On nous laisse un peu seul, pour profiter enfin de notre petite fille, notre petite merveille.

Après deux heures de peau à peau, on s’assure que tout a bien pour moi et on nous propose de retourner dans ma chambre.

Je me lève. Je me sens faible. Mais, je sais que je suis crevée. Je n’ai rien mangé depuis 7 heures ce matin. Lorsque j’aurai mangé, j’irai mieux. La sage-femme me prend la main, pour aller jusque vers la chaise. Je la regarde, je souris et soudain, je suis au Bal de ma Faculté, cinq ans auparavant, et je suis à la recherche du Rond. Je le cherche, je le cherche. Je l’appelle, et il ne répond pas. Puis, je sens des mains qui me touchent, je sursaute.

Je suis par terre à l’hôpital. J’ai fait un malaise. On me remet sur la table d’accouchement et on va chercher mon lit. Je suis pâle. Mes lèvres sont bleues.

On me conduit dans ma chambre, allongée sur mon lit, le Rond à mes côtés, qui tient notre fille. Je me rends compte qu’elle porte un pyjama. On l’a habillée sans que je n’en sois consciente. Mais, ça me rassure : elle n’aura pas froid.

Enfin, nous sommes tous les trois dans la chambre.

Ma fille, mon mari et moi.

Ma famille. Celle que j’ai choisie. Celle que j’ai construite.

Je me sens heureuse : je suis au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes. Même si mon corps souffre, je ne changerais de position pour rien au monde !

Je suis devenue maman. Je suis devenue femme.

La naissance d’une merveille – Part one

Jeudi soir dernier, c’était le grand jour. Celui où j’allais rentrer à la maternité pour mettre mon Petit pois au monde.

La journée fut longue. Préparation de la valise (déjà faite mille fois). Un peu de ménage pour ne pas accueillir le bout de chou dans la crasse. Une dernière douche en amoureux. Beaucoup de stress.

A 22heures, nous voilà devant la maternité.

Une sage-femme nous accueille. Elle nous conduit à la chambre. Nous nous installons et elle me demande de m’allonger pour procéder à un premier monitoring ainsi qu’à un examen « classique » pour voir la maturité du col.

Les nouvelles ne sont pas encourageantes. Mon col s’est rallongé depuis mardi. Il est moins favorable. Mais, le bébé va bien.

On me pose un premier ovule d’hormones, censé activer le travail. Puis, Monsieur le Rond est invité à rentrer dormir. Rien ne devrait se passer avant le matin. Mais, la séparation est rude. Je n’ai pas envie de rester seule. Monsieur le Rond attend que je sois sur le point de dormir pour rentrer.

Mais, moins de deux heures après, la douleur me réveille.

Pas de contractions douloureuses, non. Mais, un dos en bouillie. Impossible de trouver une position confortable. Je fais des aller-retour dans le couloir en espérant que cela passe ou que le travail se mette vraiment en route. Avec un mal de dos pareil, je ne pourrai jamais accoucher.

La  nuit s’étire lentement. Je me sens déjà épuisée et les choses sérieuses n’ont même pas encore commencé !

Six heures du matin, l’infirmière me propose de procéder à un nouveau monitoring. Bébé va bien. Je téléphone à Monsieur le Rond. Je n’ai pas envie de rester seule plus longtemps. Il se lève, boit un café et prend la route immédiatement.

Je ressens des contractions de plus en plus fortes mais très gérables.

On examine mon col. Pas de changement. Je fonds en larmes. La sage-femme tente de me rassurer. Il ne s’est pas dilaté, mais, elle a l’impression de sentir mieux la tête du bébé, ce qui implique qu’il s’est un peu affiné. Mais, il est encore « antérieur », donc, l’accouchement n’est pas pour l’heure.

Monsieur le Rond arrive au moment où on me pose un second ovule. Je somnole dans ses bras, au rythme des contractions de plus en plus douloureuses mais anarchiques.

Le petit déjeuner arrive. Je mange quatre tartines à la confiture. Je me force un peu. J’ai peur que mon prochain repas soit lointain.

A 10 heures, on nous propose d’aller en salle de travail. Je découvre le lieu où je vais passer les prochaines heures les plus douloureuses de ma vie. La salle est accueillante, la baignoire a l’air assez large pour que je puisse m’y prélasser, et le personnel est adorable.

On examine à nouveau mon col. Il s’est enfin dilaté. D’un demi-centimètre. En 4 heures. C’est pas gagné. M’enfin, c’est déjà ça de pris.

On me pose un monitoring mobile. Je pourrai bouger autant que je veux sans que l’on perde le contrôle du bébé.

Je me berce au son de son rythme cardiaque. Petit pois est un exemple de zénitude. Il n’a pas l’air de souffrir.

De mon côté, les contractions augmentent d’intensité. Je commence à ressentir le besoin de souffler lorsqu’elles se manifestent. Serrer les dents ne me suffit plus à les gérer.

On refait un examen à 11 heures. Mon col s’est encore dilaté. D’un centimètre cette fois. A raison d’un centimètre par heure, je calcule que j’en ai encore pour plus de sept heures.

J’ai peur. Sept heures, c’est long. Aurais-je le courage de tenir si longtemps ?

A midi, on reprend ma tension. Elevée. On regarde le col. Peu d’évolution.

L’équipe s’interroge. Au vu des résultats de la dernière échographie, de ma tension, de mon obésité et d’autres paramètres, ils estiment qu’on ne peut pas faire durer ma grossesse plus longtemps. Il faut accélérer le travail. D’autant que je maintiens ma décision : pas de péridurale. Or, ils ont peur que s’ils attendent plus longtemps, je ne tienne pas la route.

Deux choix s’offrent à moi : une perfusion d’ocytocine ou percée de la poche des eaux. Mais, la perfusion n’est absolument pas envisageable. Si je refuse la péridurale, c’est parce que je ne peux pas supporter une perfusion dans mon bras.

Une sage-femme propose alors de me faire avaler des pilules d’ocytocine. C’est moins efficace que la perfusion, mais, ça ouvre les possibilités.

Ma gynécologue arrive à ce moment-là.

Elle me propose de choisir plutôt la percée de la poche des eaux. Ça accélèrera le travail de manière plus naturelle que les hormones de synthèse.

Je suis terrifiée. Si l’on perce, il n’y aura plus de retour en arrière possible. Petit pois verra le jour aujourd’hui, et je ne sais pas si je suis prête.

Je pleure dans les bras du Rond qui me réconforte comme il peut. Puis, la sage-femme rentre dans la salle et m’installe sur la table d’examen. Elle sort le matériel pour percer la poche et mon angoisse monte en flèche. J’ai une phobie des actes médicaux intrusifs (comme la perfusion). Et l’idée qu’on m’insère un machin pour percer la poche est difficile à gérer pour moi.

On m’assure que le bébé ne risque rien. Que je ne sentirai rien non plus. Elle se lance. Un flot d’eau jaillit de mon entre-cuisse.

La sage-femme sort de la salle. Pour elle, une simple routine. Pour moi, c’est plus que ça. Je suis morte de terreur. Je vais mettre mon bébé au monde et je ne me sens pas prête. Mes larmes ne se tarissent pas. Monsieur le Rond cherche les mots pour me rassurer.

Une sage-femme rentre dans la salle en entendant mes sanglots. Elle s’inquiète. Monsieur le Rond lui explique que j’ai seulement un moment d’angoisse. Elle reste un peu et me pose quelques questions. « Etiez-vous d’accord pour qu’on vous perce la poche ? ». Je me rends compte que non. Je n’ai pas manifesté mon accord. Je n’ai pas refusé non plus. Je me suis laissée faire. Et maintenant, c’est trop tard.

Mais, Monsieur le Rond rationalise. Petit pois a besoin de sortir et moi, j’ai besoin d’être soulagée aussi. On a fait ce qui est le mieux pour nous deux. Quant à ma crainte de ne pas être prête, il me rappelle que je ne serai jamais seule. Qu’il sera là dans mes moments de faiblesse et que tout ira bien. Je ne suis pas ma mère. Il n’est pas son père. On va être des parents, tous les deux, et on fera du mieux qu’on peut.

Il calme enfin mes angoisses. Les contractions s’intensifient encore.

Après deux heures, on regarde mon col. Ca y est. Les choses sérieuses commencent. Mon col est dilaté à 5 centimètres. L’équipe m’assure que le plus long est passé. Je m’accroche à cet espoir.

La naissance d’une merveille – Part two

La naissance d’une merveille – Part three

Brèves de bavarde

*** Bébé s’est tourné. J’ai à présent des coups dans le pubis et l’estomac. Plus qu’à espérer que c’est bien la tête en bas et les pieds en haut.

 

*** Mon estomac s’en prend plein la tronche et me le fait durement payer : des aigreurs d’estomac à tout va. J’aime…

 

*** Un monsieur m’a gentiment demandé si j’étais enceinte et a fait se lever quelqu’un dans le métro pour que je puisse m’asseoir… Et, ça m’a fait super plaisir ! 🙂

 

*** Aujourd’hui, j’ai osé demander une place assise toute seule comme une grande.

 

*** Ma vie de famille est quelque peu mouvementée… Pas de mon côté (pour une fois) mais du côté de mon chéri ! Un truc tellement énorme que ça me met en rage folle mais, j’ose pas vous embêter avec ça ici.

 

*** J’ai acheté un coussin d’allaitement. Pour mieux dormir. Il est beau. Il est blanc. Mais, il m’empêche de dormir contre mon amoureux…

 

*** Ce week-end, je fais ma valise de maternité. Je n’aurai plus aucune raison de stresser, si le jour J se pointe trop tôt. (N’est-ce pas ? ^^)

 

*** La semaine prochaine, si tout se passe bien, on met un grand coup d’accélérateur, avec ma belle-maman adorée, pour préparer comme il se doit la venue de Petit pois. Au programme : nettoyage de notre cave (qui a été inondée), (re)descente du bazar dans la cave pour vider la chambre de Petit pois, ponçage d’un mur (en piteux état), peinture de la chambre et aménagement du premier meuble que nous avons : la table à langer (s’il naît, on pourra le changer mais pas le faire dormir ! On est des gens organisés, nous ! :D).

 

*** Je flippe quand même pas mal à l’idée de devenir mère. Un bébé va sortir de mon ventre (et ça aussi, ça fait flipper) et après, notre vie va changer. Pour toujours. Et j’aime pas le changement. Cela dit, 2013 aura été l’année du changement ! Entre le bébé et mon nouveau job, je jongle avec tous les changements qui s’imposent, et j’apprends à gérer. Même si je déteste toujours autant ! C’était bien, quand même, quand j’avais 5 ans et que je croyais à Saint-Nicolas, et que ma plus grande inquiétude était de savoir si Nicolas était toujours amoureux d’Hélène, et si mon chat (Flocon, un gros chat blanc) allait de me faire des papouilles dans le lit ! 😀

Journal de grossesse – écho de fin de deuxième trimestre

Cher petit pois,

Ce mercredi, papa et moi avons eu le plaisir de te contempler une nouvelle fois sur l’écran (de mauvaise qualité) de l’échographe.

Tu nous as fait quelques petits signes de la main. C’était tout choupinou !

Le médecin nous a dit que tu grandissais parfaitement bien. Que tout était en ordre.

Tu te tiens actuellement en siège, mais, cela ne signifie pas grand-chose, nous a-t-il affirmé. D’ailleurs, il ne comptait même pas le noter sur le rapport, car avant 7 mois et demi, cela n’a aucun intérêt, a-t-il ajouté.

En sortant de là, j’ai quand même jeté un coup d’oeil sur le compte-rendu qu’il a rédigé à l’attention de notre gynécologue.

Et là, c’est le drame. En gras, en bleu, dans la case « remarque particulière », il est inscrit : foetus eutrophique.

Qu’est-ce que c’est que ça ? Il nous a caché un truc ?

Il est resté fort longtemps à observer ton petit coeur. J’imagine déjà le problème : tu as une malformation du coeur, il  n’a rien voulu nous dire, mais il faudra t’opérer… Ou pire : c’est inopérable !

Arrivée à la maison, je me suis jetée sur mon PC portable. Les Dieux étaient avec nous parce que, pour une fois, il avait plein de batterie. J’ai ouvert une page internet, j’ai tapé « foetus eut » dans la barre de recherche Google, qui m’a aussitôt proposé le bon mot : « eutrophique ». Fébrilement, j’ai cliqué.

Et j’ai lu qu’un foetus eutrophique est un foetus qui se développe de manière normale, harmonieuse.

Ouf !

Tu es donc un bébé en pleine croissance, qui fait tout comme il faut ! Que demander de plus ?

J’ai renoncé à te demander de taper moins fort sur mon ventre la nuit. J’ai bien compris que tu étais, du haut de ton kilo, un petit être très contestataire : tu aimes faire l’inverse de ce qu’on te demande. Par exemple, quand Tatie veut te sentir, tu arrêtes de bouger. Idem, parfois, le soir, quand c’est papa qui veut te toucher.

Mais dès qu’il s’agit de se calmer, pour que je puisse dormir, tu t’en donnes à coeur joie ! Petit chenapan !

Au fond, tu sais, sans doute, que je ne suis pas vraiment fâchée, et que ça me rassure de te sentir…

Allez, petit pois, continue sur ta lancée.

Papa et moi sommes fiers de toi.

Plein de bisous

Une nouvelle année bien entamée

Salut les lecteurs de maman,

C’est Petit pois qui vous parle.

Maman est un peu débordée en ce moment et j’ai vu que certains d’entre vous s’inquiétaient un peu, alors, je suis venu dire que tout va bien.

Je suis toujours bien au chaud, dans ma cachette et je roue le ventre de ma mère de coups de pied pour qu’elle arrête de stresser à l’idée de me perdre.

Elle, de son côté, a changé de travail. Elle ne parle plus des mêmes sujets et elle travaille un jour de plus qu’avant. Alors, c’est un peu fatiguant. D’autant qu’elle ne dort pas bien la nuit. Pourtant, je fais bien attention à ne pas taper sur son ventre mais sur le petit ballon en dessous de moi, la nuit, mais ça la réveille. Elle se lève et vide le petit ballon. Je ne peux alors plus jouer et je dois attendre que le petit ballon se regonfle pour pouvoir jouer au foot. Pfff ! Heureusement, le petit ballon se remplit vite et je peux y jouer plusieurs fois par nuit.

La semaine prochaine, mercredi, maman et papa vont me faire un petit coucou sur l’écran. Comme la dernière fois. Je me tâte : vais-je leur montrer si je suis une fille ou un garçon ou pas ?

A bientôt, les lecteurs de maman !

Et : BONNE ANNÉE !

 

Journal de grossesse : la grossesse, c’est quand même aussi magique

Cher petit pois,

Depuis que tu as élu domicile dans mon ventre, j’ai vu beaucoup de changements s’opérer autour de moi.

Aucun de ne s’est déroulé comme je l’avais imaginé.

Cela a causé un certain nombre de désillusions et de déception. Un certain nombre d’interrogation aussi (c’est normal qu’il se passe ça ?). J’ai rédigé un billet sur tous les petits trucs qu’on n’imagine pas et qui ne sont pas très gais.

Mais, je ne voudrais pas que tu croies que ces 9 mois ont été pénibles.

Depuis que tu es rentré dans ma vie, j’ai eu la merveilleuse sensation d’être capable de créer la vie et d’avoir été choisie par toi comme maman.

Et, depuis quelques semaines, tu m’offres des sensations que je n’avais encore jamais senties auparavant : tu bouges.

Ah, j’ai eu un peu peur, parce que depuis mon retour au boulot, tu t’es fait super discret, petit pois. J’ai cru que tu n’allais pas bien.

Mais, lundi et hier, tu t’es rappelé à moi, comme pour me dire : « maman, arrête de stresser ! Je vais bien, je prends juste le temps de grandir sereinement. »

Enfin, disons plutôt que lundi, tu as voulu dire un truc du style  : « oh, maman, je sais que tu ne me sens pas beaucoup ces derniers temps, mais je suis quand même là. Alors arrête de te coucher sur le ventre, tu m’écrases. Allo ! Ohé ! Tu m’entends ? Tourne-toi, s’il-te-plait ! Attends, je vais taper plus fort pour que tu me sentes bien. Tu ne te mets jamais sur le ventre. Tu vas bien finir par te coucher sur le côté, non ? »

En fait, petit pois, je consultais un livre de cuisine, à la recherche de recettes pour varier un peu plus notre alimentation. Parce que j’ai envie que, dès maintenant, tu goûtes un peu de tout.

Je t’avoue que j’ai adoré ce moment où je te sentais. Et je l’ai peut-être fait durer un peu plus que nécessaire, juste pour être sûre que c’était bien toi et non mon imagination.

Puis, je me suis tournée et j’ai senti mon ventre s’apaiser en quelques minutes.

Je ne sais pas si tu m’as entendu, mais je t’ai parlé un peu, puis j’ai sombré dans un sommeil profond.

Ton père n’a pas encore la chance de jouir de ces moments magiques. Il en t’as senti qu’une ou deux fois, et à peine. Mais, ces quelques mouvements l’ont ému comme tu ne peux l’imaginer. Il a hâte de te voir et de te sentir, lui aussi.

D’ailleurs, en attendant ta naissance, on a déjà préparé le nid d’ange dans lequel tu passeras ta première nuit, si tout se passe bien. Tu devrais le trouver merveilleusement doux et moelleux.

Je t’embrasse, petit pois.

Prends bien le temps de grandir, nous serons patients.

 

Journal de grossesse # 11 – Décollement placentaire

Cher petit pois,

Lundi, ton père et moi devions fêter notre première année de mariage.

Tu as du croire que nous t’oublierions.

Alors, tu as décidé de te rappeler bien intensément à nos esprits.

Lundi matin, juste avant ma réunion matinale (sur les procédés de légistique, tout un programme), j’ai préparé mes affaires dans la salle puis je suis allée faire mon pipi préventif. Je ne tiens plus 3 heures sans pause pipi. Surtout si je n’ai pas vidé ma vessie au début… Je salue mes collègues avec un sourire. J’ai passé un excellent week-end et je me sens bien.

Je baisse ma culotte, je m’assois  (Je sais petit pois, l’imge de ta mère faisant pipi n’est peut-être pas celle que tu voudrais garder, n’empêche qu’il paraît que tu ne me laisseras pas faire mon pissou tranquille d’ici peu, alors, zut quoi). Je commence à faire mon pipi et… Je panique. Du sang. Plein de sang. Ma culotte est rouge. Avec des morceaux plus compacts. Je m’essuie précipitamment. Pareil, sur mon carré de papier : plein de sang et plein de grumeaux.

A ce moment précis, je sais que c’est fini. Tu as décidé de ne pas naître dans notre famille. Tu nous a quittés.

Je fonds en larmes.

Je me rhabille.

Je me lave les mains.

Mon cerveau passe en mode automatique. Je ne dois pas montrer mon désarroi à mes collègues. (Oui, ta mère a une fierté mal placée, te voilà prévenu).

Je passe mon visage à l’eau, je me donne bonne contenance.

Je rentre dans la salle de réunion, je reprends mes affaire devant le formateur, étonné de mon départ soudain, je me dirige vers mon bureau. En mode automatique, toujours.

Juste avant de pénétrer dans mon bureau, je croise mon chef. Qui me demande « ah, bonjour la Ronde ! Tu vas bien ? »

Je réponds avec une ébauche de sourire « oui… enfin, non ». Je refonds en larmes et lui explique que c’est le bébé, que j’ai du sang, que… que… que je vais appeler le médecin.

Mon chef me dit « oui, appelle le médecin et va aux urgences. Fais ce que tu dois pour le bébé ».

« Non, pas les urgences, ça ne sert à rien. Je vais appeler mon médecin. »

Je m’enferme dans mon bureau.

J’appelle ton père. Évidemment, je pleure tellement qu’il ne comprend pas un traitre mot de ce que je lui dit. Alors, je me calme un peu et lui explique.

Il me rassure. « Tu te rappelles, la gynéco avait dit que ça pouvait arriver. Que ce n’était grave que si tu ressentais en même temps de très fortes douleurs. Et que, même si c’était le cas, il y avait encore de l’espoir mais qu’il fallait aller aux urgences. »

Je raccroche un peu calmée. J’appelle ma gynéco (tu sais, le doc qui vient avec une sonde chaque mois pour voir si tu vas bien). Elle est en consultation. Je dois attendre. Elle me rappellera.

J’appelle alors une super collègue. Une collègue qui a déjà eu un enfant (la seule, en fait, de mon entourage). Elle débarque dans mon bureau. Je suis un zombie. Mes larmes coulent. J’attends l’appel de la gynéco. Elle me dit que je dois aller aux urgences.

Ils me broutent, là, à tous me dire d’aller aux urgences ! J’ai pas de voiture. J’ai pas d’argent sur moi… Je ne peux quand même pas y aller en métro, en perdant autant de sang ?

Je réponds un vague ‘ouais, on verra, j’attends l’appel du médecin ».

Elle sort de mon bureau. Je crois qu’elle m’a dit quelque chose, mais, je n’ai pas entendu. Ou pas écouté. Je ne sais plus.

Soudain, mon chef et elle entrent dans mon bureau. Elle me prend par le bras.

« La Ronde, tu vas aller aux urgences. Quelqu’un t’attend en bas, on va te conduire. Je fais ton sac. »

Mon chef me dit « Oui, elle a raison, la Ronde. Et tu ne dois pas t’inquiéter de ton travail. Ca, c’est mon problème. Toi, tu dois seulement t’occuper de ton bébé, d’accord ? »

(Oui, petit pois, j’ai un chef en or. Sauf que je vais changer bientôt…).

On me conduit au rez-de-chaussée où le chauffeur de la Ministre m’attend. Elle est en réunion, et elle n’a pas besoin de son chauffeur durant l’heure qui suit.

Je suis conduite aux urgences. Je me laisse conduire. J’obéis. Mon cerveau n’est plus capable de réfléchir.

La dame de l’accueil des urgences me regarde de travers. « Ah mais je ne sais pas si on a un gynéco de garde, madame… Eh, Ginette, y a un gynéco de garde ? »

Visiblement, la réponse est oui, parce qu’on me prend ma carte d’identité et ma carte sis.

Je patiente. J’ai peur. Je pleure.

En moins de 5 minutes, une infirmière vient me chercher.

« Vous perdez encore beaucoup de sang ? »

« Je ne sais pas. Je ne suis plus retournée aux toilettes. »

« Vous avez des douleurs »

« Non, je ne crois pas. »

« Vous êtes enceinte de combien de temps? »

« Je suis dans mon 4ème mois »

« C’est très bien. Un gynécologue va venir bientôt pour faire un examen. Calmez-vous, madame, ce n’est pas bon pour le bébé »

« Il n’y a plus de bébé, madame », dis-je dans un souffle.

« Bien sûr que si. Ne vous inquiétez pas. »

Après une dizaine de minutes, une jeune femme entre dans la pièce et se présente.

Elle est la gynécologue de garde et me propose de passer directement à l’échographie.

La première chose qu’elle me montre, c’est ton coeur qui bat et ton petit corps qui bouge.

Tu es encore là et tu vas bien. Elle me sourit et me conseille de sécher mes larmes. Elle va maintenant commencer l’examen et voir s’il y a quelque chose.

En quelques secondes, le verdict tombe : une partie du placenta se décolle sur 20 mm. C’est quand même beaucoup. Mais, rien de trop grave.

Je dois arrêter de travailler quelques temps et prendre des médicaments.

Je lui explique que je suis employée de bureau. Mon job n’est pas vraiment fatiguant. Chiant, oui. Mais pas fatiguant.

Elle m’explique alors qu’il s’agit de rester au repos total. Genre pas plus de 5 ou 10 minutes debout d’affilées. Elle m’explique aussi que maintenant, je dois me recentrer sur toi. Mon job pour les semaines à venir consistera à te faire grandir, à temps plein.

Je suis soulagée. Tu vas bien.

Je sors avec une prescription et un arrêt maladie de deux semaines et demi (et une interdiction de câlin… C’est ton père qui est content…).

J’ai directement appelé ton père qui a été soulagé et ému de cette bonne nouvelle (enfin, je ne lui avais encore rien dit pour les câlins).

Et nous avons passé la soirée à parler de toi et à t’envoyer plein d’ondes positives pour aller bien.

Tu imagines donc que notre soirée en amoureux n’a pas tout-à-fait été à l’image de ce qu’on attendait. En même temps, tu as rendu service à ton père qui s’était un peu planté niveau organisation de soirée, tout ça (tu es bien son enfant, n’est-ce pas !).

Allez, petit pois, grandis vite !

On a très envie de toi dans notre vie !

Je t’embrasse… 🙂