Journal de grossesse # 11 – Décollement placentaire

Cher petit pois,

Lundi, ton père et moi devions fêter notre première année de mariage.

Tu as du croire que nous t’oublierions.

Alors, tu as décidé de te rappeler bien intensément à nos esprits.

Lundi matin, juste avant ma réunion matinale (sur les procédés de légistique, tout un programme), j’ai préparé mes affaires dans la salle puis je suis allée faire mon pipi préventif. Je ne tiens plus 3 heures sans pause pipi. Surtout si je n’ai pas vidé ma vessie au début… Je salue mes collègues avec un sourire. J’ai passé un excellent week-end et je me sens bien.

Je baisse ma culotte, je m’assois  (Je sais petit pois, l’imge de ta mère faisant pipi n’est peut-être pas celle que tu voudrais garder, n’empêche qu’il paraît que tu ne me laisseras pas faire mon pissou tranquille d’ici peu, alors, zut quoi). Je commence à faire mon pipi et… Je panique. Du sang. Plein de sang. Ma culotte est rouge. Avec des morceaux plus compacts. Je m’essuie précipitamment. Pareil, sur mon carré de papier : plein de sang et plein de grumeaux.

A ce moment précis, je sais que c’est fini. Tu as décidé de ne pas naître dans notre famille. Tu nous a quittés.

Je fonds en larmes.

Je me rhabille.

Je me lave les mains.

Mon cerveau passe en mode automatique. Je ne dois pas montrer mon désarroi à mes collègues. (Oui, ta mère a une fierté mal placée, te voilà prévenu).

Je passe mon visage à l’eau, je me donne bonne contenance.

Je rentre dans la salle de réunion, je reprends mes affaire devant le formateur, étonné de mon départ soudain, je me dirige vers mon bureau. En mode automatique, toujours.

Juste avant de pénétrer dans mon bureau, je croise mon chef. Qui me demande « ah, bonjour la Ronde ! Tu vas bien ? »

Je réponds avec une ébauche de sourire « oui… enfin, non ». Je refonds en larmes et lui explique que c’est le bébé, que j’ai du sang, que… que… que je vais appeler le médecin.

Mon chef me dit « oui, appelle le médecin et va aux urgences. Fais ce que tu dois pour le bébé ».

« Non, pas les urgences, ça ne sert à rien. Je vais appeler mon médecin. »

Je m’enferme dans mon bureau.

J’appelle ton père. Évidemment, je pleure tellement qu’il ne comprend pas un traitre mot de ce que je lui dit. Alors, je me calme un peu et lui explique.

Il me rassure. « Tu te rappelles, la gynéco avait dit que ça pouvait arriver. Que ce n’était grave que si tu ressentais en même temps de très fortes douleurs. Et que, même si c’était le cas, il y avait encore de l’espoir mais qu’il fallait aller aux urgences. »

Je raccroche un peu calmée. J’appelle ma gynéco (tu sais, le doc qui vient avec une sonde chaque mois pour voir si tu vas bien). Elle est en consultation. Je dois attendre. Elle me rappellera.

J’appelle alors une super collègue. Une collègue qui a déjà eu un enfant (la seule, en fait, de mon entourage). Elle débarque dans mon bureau. Je suis un zombie. Mes larmes coulent. J’attends l’appel de la gynéco. Elle me dit que je dois aller aux urgences.

Ils me broutent, là, à tous me dire d’aller aux urgences ! J’ai pas de voiture. J’ai pas d’argent sur moi… Je ne peux quand même pas y aller en métro, en perdant autant de sang ?

Je réponds un vague ‘ouais, on verra, j’attends l’appel du médecin ».

Elle sort de mon bureau. Je crois qu’elle m’a dit quelque chose, mais, je n’ai pas entendu. Ou pas écouté. Je ne sais plus.

Soudain, mon chef et elle entrent dans mon bureau. Elle me prend par le bras.

« La Ronde, tu vas aller aux urgences. Quelqu’un t’attend en bas, on va te conduire. Je fais ton sac. »

Mon chef me dit « Oui, elle a raison, la Ronde. Et tu ne dois pas t’inquiéter de ton travail. Ca, c’est mon problème. Toi, tu dois seulement t’occuper de ton bébé, d’accord ? »

(Oui, petit pois, j’ai un chef en or. Sauf que je vais changer bientôt…).

On me conduit au rez-de-chaussée où le chauffeur de la Ministre m’attend. Elle est en réunion, et elle n’a pas besoin de son chauffeur durant l’heure qui suit.

Je suis conduite aux urgences. Je me laisse conduire. J’obéis. Mon cerveau n’est plus capable de réfléchir.

La dame de l’accueil des urgences me regarde de travers. « Ah mais je ne sais pas si on a un gynéco de garde, madame… Eh, Ginette, y a un gynéco de garde ? »

Visiblement, la réponse est oui, parce qu’on me prend ma carte d’identité et ma carte sis.

Je patiente. J’ai peur. Je pleure.

En moins de 5 minutes, une infirmière vient me chercher.

« Vous perdez encore beaucoup de sang ? »

« Je ne sais pas. Je ne suis plus retournée aux toilettes. »

« Vous avez des douleurs »

« Non, je ne crois pas. »

« Vous êtes enceinte de combien de temps? »

« Je suis dans mon 4ème mois »

« C’est très bien. Un gynécologue va venir bientôt pour faire un examen. Calmez-vous, madame, ce n’est pas bon pour le bébé »

« Il n’y a plus de bébé, madame », dis-je dans un souffle.

« Bien sûr que si. Ne vous inquiétez pas. »

Après une dizaine de minutes, une jeune femme entre dans la pièce et se présente.

Elle est la gynécologue de garde et me propose de passer directement à l’échographie.

La première chose qu’elle me montre, c’est ton coeur qui bat et ton petit corps qui bouge.

Tu es encore là et tu vas bien. Elle me sourit et me conseille de sécher mes larmes. Elle va maintenant commencer l’examen et voir s’il y a quelque chose.

En quelques secondes, le verdict tombe : une partie du placenta se décolle sur 20 mm. C’est quand même beaucoup. Mais, rien de trop grave.

Je dois arrêter de travailler quelques temps et prendre des médicaments.

Je lui explique que je suis employée de bureau. Mon job n’est pas vraiment fatiguant. Chiant, oui. Mais pas fatiguant.

Elle m’explique alors qu’il s’agit de rester au repos total. Genre pas plus de 5 ou 10 minutes debout d’affilées. Elle m’explique aussi que maintenant, je dois me recentrer sur toi. Mon job pour les semaines à venir consistera à te faire grandir, à temps plein.

Je suis soulagée. Tu vas bien.

Je sors avec une prescription et un arrêt maladie de deux semaines et demi (et une interdiction de câlin… C’est ton père qui est content…).

J’ai directement appelé ton père qui a été soulagé et ému de cette bonne nouvelle (enfin, je ne lui avais encore rien dit pour les câlins).

Et nous avons passé la soirée à parler de toi et à t’envoyer plein d’ondes positives pour aller bien.

Tu imagines donc que notre soirée en amoureux n’a pas tout-à-fait été à l’image de ce qu’on attendait. En même temps, tu as rendu service à ton père qui s’était un peu planté niveau organisation de soirée, tout ça (tu es bien son enfant, n’est-ce pas !).

Allez, petit pois, grandis vite !

On a très envie de toi dans notre vie !

Je t’embrasse… 🙂

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17 commentaires sur “Journal de grossesse # 11 – Décollement placentaire

  1. J’ai eu un petit décollement en début de grossesse, bon courage, ce n’est pas facile de se reposer à 100%, mais c’est vrai aussi que ça recentre sur la grossesse

  2. Aie aie aie j’ai eue le ventre noué jusqu’à la fin et tu as réussi à m’en mettre les larmes aux yeux snif snif

  3. Quand on est enceinte, on ne cesse de se scruter le fond de culotte, et ce que tu as vécu est notre hantise à toutes. Heureusement, le dénouement reste heureux! J’ai une copine à qui il est arrivé la même chose, le placenta s’est recollé de lui-même 😉

  4. Je suis soulagée du dénouement alors repos total et des câlins du papa mais sans sexe, voilà ! S’pas grave, vous auriez bien le temps de vous rattraper plus tard. Take Care.

  5. Boh la panique… Ma pauvre, t’as eu de supers collègues, ils ont assuré en soutien.
    Et un tour en voiture de ministre, ça le fait ! Petit Pois pourra se vanter plus tard ! Et je suis super contente que ton bébé aille bien, tu as dû tellement paniquer…

    1. Ouais, c’est la classe, quand me^me, hein ! La voiture ministérielle ! 😀

      Bon, disons que j’en aurais mieux profité dans d’autres circonstances ! 😀

      Mais, c’est clair que j’ai paniqué… 😦

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