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Un amour de petit cocker… ou pas

Il y a deux ans et demi, j’ai adopté un chiot cocker anglais, noir.

Une petite boule de poils adorable mais terrifiée.

Nous avons travaillé dur pour l’aider à traverser l’épreuve de son arrivée chez nous avec l’aide d’une comportementaliste canine.

Notre chienne a, vraisemblablement, subi des violences avant de nous connaître. Elle n’a pas appris les bases fondamentales du comportement canin naturel (par exemple, elle ne connaît pas la notion de meute ou de hiérarchie dans un groupe, ou encore, elle n’a pas appris qu’on ne fait pas ses besoins là où on mange).

Nous avons testé les cours d’éducation canine. La bonne blague ! Notre chienne préférait se rouler au sol plutôt que faire ce qu’on lui demandait. Elle préférait aussi manger l’herbe du parc plutôt que la récompense promise pour qu’elle obéisse.

Aujourd’hui, malgré tous nos efforts, nous avons une chienne mal élevée. Elle n’obéit que sous la peur (quand on se fâche, elle obéit, sinon, elle tient tête, parfois en grognant). Pourtant, nous avons respecté scrupuleusement (et sans exception) les « règles » pour lui inculquer la hiérarchie au sein de notre famille (elle n’a pas accès au fauteuil, elle mange après nous, on sort d’une pièce avant elle, etc.).

On peut la sortir dix fois sur la journée et la récompenser à chaque besoin fait dehors, cela ne l’empêchera pas de faire ses besoins, à coté de sa gamelle si l’envie lui prend (parfois quelques minutes après sa sortie, parce qu’elle a bu une grande gamelle d’eau en rentrant de promenade).

Nous avons consulté deux comportementalistes depuis, (trois en tout, donc), et le verdict est sans appel : elle n’a pas les bases du langage chien (ni du langage humain, cela va de soi), donc, il est extrêmement difficile de lui inculquer quoi que ce soit…

C’est pénible au quotidien, car elle essaie de chiper tout ce se mange et se trouve dans les mains de notre Petite poite de 19 mois. Elle essaie de chiper tout ce qui se mange sur la table, sur le plan de travail, etc. Chaque soir, nous devons vérifier que RIEN n’est à sa portée car sinon, on risque de retrouver le tout mâchouiller (avec amour). A chaque repas, nous devons faire le gendarme car elle pleure pour obtenir un petit quelque chose (alors que ni le Rond ni moi ne lui avons JAMAIS rien donné à table) (ce comportement commence à peine à s’améliorer… Elle rampe pour s’approcher de la table, mais ne passe plus tout le repas à pleurer). Si on commence à la caresser, en moins de trente seconde, elle se surexcite et cherche à prendre le contrôle (en nous grimpant littéralement dessus… Une fois, je l’ai laissée faire, elle ne s’est calmée qu’une fois les deux pattes avant sur ma tête en position de domination). Autant dire qu’on limite les échanges ce qui n’est pas une bonne solution.

Tout cela me rend triste.

Je ne me sens pas liée à mon chien. Elle m’insupporte. Je suis sans doute l’une des plus mauvaises maîtresses du monde. Mais, je n’arrive pas. Je n’arrive plus…

# 3 – La découverte d’un nouveau monde

#1 – La sans nom

#2 – Une rencontre désagréable

 

 

(Suite)

 

Quand je dis que je comprends le langage humain, je mens. J’entends les mots. Je n’en connais pas encore toutes les significations. Et j’accorde beaucoup d’importance au langage non verbal. Si les humains se rendaient compte des messages qu’il font passer avec leur corps, leur odeur, leurs mouvements, les battements de leur coeur…

Je me perds dans ces considérations, allongée dans mon sac de transport, sur les genoux de la jeune femme rencontrée quelques minutes plus tôt. Le sac est confortable, bien que petit : un petit journal, une serviette éponge et une robe avec une odeur très particulière tapissent le fond. La dame, Louise si j’ai bien retenu son prénom, me parle doucement et me caresse tout le long du voyage. Son compagnon et elle ont le regard rivé sur moi.

Je suis dans une espèce de machine qui fait beaucoup de bruit. J’ai cru comprendre qu’ils appelaient ça un train. J’aime pas le train. Je veux retourner chez ma maman ! A son évocation, je me mets à pleurer, doucement. Louise me chuchote des mots doux d’une petite voix, sa main sur mon corps qui sent bon ma mère. Je me calme, tout doucement. Mais mon corps tremble sans discontinuer. J’ai peur de ce qui m’attend. Ces deux humains ont l’air gentil, c’est vrai. Mais, je n’ai pas confiance en eux. Je ne les connais pas et je ne sais pas ce qu’ils me veulent. Pourquoi Papa m’a-t-il séparé de ma mère ? Pourquoi personne ne m’a expliqué ce qu’on me veut ?

 

Je me redresse, le coeur battant la chamade : Louise et Nicolas se sont levés, me tenant contre eux. Ils marchent. C’est bizarre un humain qui marche. Ca brinqueballe dans tous les sens. J’en ai la tête qui tourne. Ils pénètrent dans un tunnel, plein de bruit et d’odeurs bizarres. Il y a aussi énormément d’humains, partout. Devant, derrière, à gauche, à droite. Et le mouvement de Louise me donne mal au coeur.

Soudain, je vomis. Je ne comprends pas tout de suite ce qui m’arrive. Un spasme violent secoue mon corps et mon estomac se retourne, déversant son contenu dans ma gueule, puis sur la serviette éponge, si douce, pourtant.

Louise l’a senti. Elle s’arrête et dépose le sac.

Elle va me gronder, c’est sûr. Moi qui commençais à l’aimer, je me mets à lui salir ses affaires. Elle ne m’aimera jamais, j’en suis certaine. Je me blottis au fond du sac lorsqu’elle l’ouvre.

Je la regarde, désolée. Puis, surprise. Elle a l’air aussi désolée que moi. Elle essaie de me prendre mais je refuse. C’est peut-être une ruse pour m’amadouer. Elle ne s’en offusque pas. Elle essuie ce qu’elle peut, essaie de ramasser le maximum et de plier la serviette de telle manière qu’il n’y ait que du propre au-dessus. Elle me parle encore un peu, mais je suis trop stressée pour écouter quoi que ce soit.

Le voyage se poursuit. Je ferme les yeux, essayant, vainement, de me souvenir des jours heureux auprès de ma maman. Je les rouvre quand je sens que l’on dépose le sac. Je suis à nouveau sur les genoux de Louise, dans une autre machine aussi bizarre que le train. Ils appellent cela un métro.
Ce trajet me semble durer une éternité. Après le métro, ils ont encore marché, puis pris un « bus », une autre de leurs inventions étranges. Enfin, ils sont entrés dans une cage à peine assez grande pour eux et sont arrivés devant une porte. Ils ont sorti un trousseau de clé tout en me prévenant :

« Te voici devant ton nouveau chez-toi, Princesse !  »

« Bienvenue » a renchéri Nicolas.

Nous sommes alors entrés dans un appartement. Une sorte de box pour humain, mais beaucoup plus spacieux. Ils m’ont fait sortir du sac, non sans peine. Je ne pouvais pas bouger tant j’étais morte de trouille. Ils m’ont déposée sur un coussin moelleux qu’ils ont appelé « Panier ». Ils y ont mis la même robe avec l’odeur si particulière dessus.

Mon regard a accroché tout ce qui m’entourait mais mes yeux tombaient littéralement de fatigue.

Après un somme plus ou moins long, je me suis redressée dans mon panier. Louise m’a prise dans ses bras et j’ai compris que l’odeur si agréable de la robe dans mon panier, c’était la sienne. Depuis les trois heures que j’avais quitté ma famille, c’était la seule odeur rassurante qui m’entourait. J’ai niché mon museau dans son cou et me suis rendormie.

Je l’aime bien, Louise…

 

 

(A suivre)

# 2 – Une rencontre désagréable

# 1 – La sans nom

(Suite)

Qu’il est bon de se blottir contre le corps tout chaud de maman. J’aime entendre les battements de son coeur tout en me délassant dans la chaleur de notre petite famille endormie.

Un humain arrive au loin. Il va bientôt être l’heure de l’ouverture de la porte. Maman nous réveille en douceur, du bout du museau. Nous jouons un peu avec elle jusqu’à ce que l’humain arrive au niveau de notre box.

Nous nous ruons dehors avec bonheur. Il fait beau, le soleil inonde le petit jardin. Nous rencontrons les autres chiots, tout au plaisir de sentir l’air frais du matin. Il a plu durant la nuit et de fines gouttes parsèment l’herbe sauvage, nous faisant découvrir mille et une odeurs inconnues et savoureuses.

Soudain, j’entends des chiens aboyer. Un humain s’approche, avec une cage en main : celle des chiens qui ne reviennent pas. Les aboiements relaient la nouvelle d’un bout à l’autre du terrain. Nous avons peur. Je me cache derrière un buisson. Il ne me voit pas.

Il se dirige tout droit vers l’un de mes frères : un cocker tout noir, comme moi. J’ai le sentiment qu’il me cherche moi lorsque je le vois tripoter l’arrière train de mon frère avant de le laisser filer. Il ne veut pas d’un mâle. Je suis la seule femelle noire de tous les box.

Je me terre derrière mon buisson. J’espère qu’il changera d’avis ou que je me suis trompée.

Je le vois se diriger vers mon box. Les doutes ne sont plus permis. C’est moi qu’il veut. Je cours alors vers ma maman. Elle seule peut me sauver.

Mais, je vois à son regard qu’elle est impuissante à me sortir de cette situation. L’homme va me mettre dans une de ces cages dont on ne revient pas et nul ne sait ce qui m’attendra.

Bien que je coure, il a tôt fait de m’attraper et de me fourguer dans cette cage. C’est papa qui m’accueille dans la maison où on a fait des photos. Il me pose sur une table, examine mon intimité, prends le carnet bleu foncé, un sachet de ces infâmes croquettes ainsi qu’une boîte en plastique. Il m’emmène dans une boîte assez grande pour contenir plusieurs humains, blanche à l’extérieur, avec des sièges gris dedans. Il ressort et revient après quelques minutes, munis de feuilles supplémentaires.

Il introduit une clé dans un trou et la boîte se met à trembler. Je suis terrifiée.

Il a l’air de m’ignorer complètement. Il manipule une sorte de roue, et la boîte tremble encore et encore.

Soudain, les tremblement cessent. Il ouvre sa portière, s’empare de ma cage et se dirige vers deux humains, souriant. Papa recouvre son sourire, lui aussi. Il donne la boîte et le sachet de croquettes aux deux humains. Il leur tend les papiers qu’ils signent. Ils s’échangent encore d’autres documents, dont des petits rectangles colorés qu’ils appellent « euros ».

Les deux humains me regardent avec un beau sourire mais je suis terrifiée. les humains n’apportent jamais rien de bien. Ils essaient de me prendre dans leurs bras. Je pleure et je tremble de tout mon petit corps. Ils ont l’air soucieux. Visiblement, quelque chose cloche chez moi.

Papa les rassure : « ne vous en faites pas, c’est normal qu’elle ait peur, elle est encore petite, vous savez. Ne lui donnez rien à manger avant d’arriver chez vous et tout ira bien. ».

Ils n’ont pas l’air convaincu. Ils s’agenouillent près de moi et me font sentir leur main. Ils n’ont pas la même odeur que Papa et les autres humains. Je me laisse caresser, puis porter.

« Bonjour mademoiselle ! Moi, c’est Louise et lui, c’est Nicolas. Tu ne dois pas avoir peur. On va bien s’occuper de toi. Je sais que tu ne comprends pas ce qu’on dit, mais écoute bien ma voix. Tu entends que je suis gentille ? »

Les humains se pensent toujours supérieurs aux animaux. Ils croient qu’on ne comprend pas leur langage sous prétexte qu’ils ne comprennent pas le nôtre. Cela me fait doucement rire, malgré ma peur. Je me détends légèrement.

« C’est bien, ma chérie, tu trembles déjà un peu moins. Tu vois, on est gentil. Que penses-tu du nom de Princesse ? »

« Princesse », j’adore ! C’est tout moi, ça. Ma queue commence à frétiller.Même si mon coeur bat toujours à 100 à l’heure.

« Ah, on dirait que tu aimes ça. Va pour Princesse, alors ! « .

Dis donc, je suis super contente, j’ai un nom, à présent. Je m’appelle Princesse.

Mais, la peur ne me quitte pas pour autant. Les odeurs de ma maman me manquent. Mes frères et soeurs me manquent. Je n’ai pas envie d’aller avec ces humains, aussi gentils paraissent-ils.

Doucement, je pleure. Je lève les yeux vers eux, dans l’espoir de les convaincre de me laisser. Mais, je lis dans les leurs de la tristesse et de la compassion et déjà tellement d’amour que je me résigne, en tremblant, à grimper dans le sac de transport qu’ils ont prévu à mon intention…

(A suivre)

# 1 – La « sans-nom »

Je m’appelle…

Je ne sais pas comment je m’appelle.

Ma mère m’a donné un nom en langage chien, que je n’ai pas transcrire en langage humain.

Et les seuls humains que j’ai côtoyés jusqu’à présent ne m’ont jamais parlé. Ils se sont contentés de dire, en me désignant :

« Celle-là, c’est la troisième de la 7ème portée de la chienne du box 24 ? »

« Oui, en effet ».

Puis, en me tripotant dans tous les sens, il a précisé mon âge (« 4 semaines »), mon poids (je n’ai pas retenu), ma couleur (noire), ma race (« cocker spaniel »).

Il m’a ensuite injecté des trucs dans le corps avec une longue aiguille. J’ai un peu saigné. Mais, je n’ai pas moufté. Avec ses grandes mains, il me faisait trop peur. Et puis, j’avais tellement envie de retourner près de ma maman et de mes frères et soeurs que je n’avais pas envie de l’énerver et risquer que cela dure encore plus longtemps.

Il a quand même pris le temps d’écrire des trucs dans un carnet bleu foncé. Puis, il m’a déposé dans une cage en fer, pour qu’un autre humain me ramène chez ma mère.

J’ai rencontré aussi deux jeunes filles. Elles m’ont prise dans leur bras en disant : « Oh, elle est trop mignonne ». Elles ont posé avec moi devant un monsieur tout gros et chauve qu’elles appelaient « papa ».

Papa ne semblait pas content. Avec mon pelage noir, il paraît que l’on ne me voyait pas convenablement sur les photos. Il a pesté, puis, il m’a ramené chez ma mère et mes frères et soeurs, toujours dans cette cage en métal que je hais.

 

Avec ma maman, je me sens bien. J’aime me blottir contre son flanc tout chaud et téter son lait, si délicieux. Depuis peu, les humains nous ont donné des gamelles avec des trucs bruns et durs qu’ils appellent croquettes. Je ne sais pas pourquoi ni à quoi ça sert. Dans le doute, je préfère m’abstenir de goûter de ces machins. Ma mère me pousse déjà à boire de l’eau, au lieu de me contenter de son lait, et j’aime pas beaucoup ça.

Mais, il faut dire que maman a l’air épuisée. J’ai cru comprendre qu’elle avait déjà eu 6 grossesses avant nous. Elle n’a pourtant que trois ans et quelques mois. Elle ne sort pas beaucoup. Elle passe son temps à dormir et manger, dans l’espoir de récupérer un peu de l’énergie qui l’animait quand elle avait mon âge.

Et puis, elle essaie de nous apprendre un tas de trucs. Boire de l’eau dans une gamelle, faire pipi en dehors du panier, courir, renifler. Mais, l’espace est très petit. Elle possède une couverture, posée dans le coin d’un box. De l’autre côté, il y a sa gamelle avec de la nourriture qui ne convient pas aux bébés, et une gamelle avec de l’eau. Les gamelles sont remplies deux fois par jour et nettoyées de temps en temps. Il est vrai qu’il y a de nombreux box et que ça doit prendre un temps fou aux humains de s’occuper de tout ça. J’ai compté qu’il y avait 8 mamans cocker, 9 mamans labrador, 7 mamans golden retriever, 9 mamans beagle, 5 mamans sharpei,  6 mamans berger allemand et 8 mamans bulldog rien que dans notre partie de terrain. Et j’entends bien qu’il y a encore d’autres chiens derrière le mur.

Presque toutes les mamans ont des chiots. Et, ensemble, nous faisons un beau tapage.

A l’extrémité de notre box, une porte mène au jardin. Parfois, elle est ouverte, parfois pas. Quand elle s’ouvre, maman se dépêche de sortir pour faire ses besoins, comme toutes les autres mamans. Depuis peu, elle nous incite à faire pareil. Mais, c’est pas évident, parce que la porte n’est pas toujours ouverte quand j’ai envie de faire pipi.

 

Depuis hier, je suis triste. Une de mes soeurs est partie. Un humain l’a prise alors qu’on était en train de manger et l’a mise dans une boîte en plastic, avec une grille en métal. On sentait bien que ce n’était pas la même cage que pour aller chez celui qui fait des piqûres. Et puis, on a bien vu que quand les autres chiots vont dans cette cage-là, ils ne reviennent que rarement. Ma soeur a pleuré et maman a aboyé quelques mots rassurants. Elle a l’habitude de voir partir ses chiots tôt. Elle n’en a gardé aucun auprès d’elle.

Cette portée a été particulièrement difficile pour maman. On était neuf dans son ventre. Trois petits sont morts à la naissance ou peu après. Un quatrième est mort après deux semaines. Maintenant que ma soeur est partie, nous ne sommes plus que quatre.

 

Je vous raconte tout ça, parce que j’ai l’intuition que bientôt, je vais vivre une grande aventure. Je ne sais pas encore ce qui m’attend. Mais, j’aimerais tellement que ma pauvre maman soit fière de moi…

 

 

 

(A suivre…)