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# 2 – Une rencontre désagréable

# 1 – La sans nom

(Suite)

Qu’il est bon de se blottir contre le corps tout chaud de maman. J’aime entendre les battements de son coeur tout en me délassant dans la chaleur de notre petite famille endormie.

Un humain arrive au loin. Il va bientôt être l’heure de l’ouverture de la porte. Maman nous réveille en douceur, du bout du museau. Nous jouons un peu avec elle jusqu’à ce que l’humain arrive au niveau de notre box.

Nous nous ruons dehors avec bonheur. Il fait beau, le soleil inonde le petit jardin. Nous rencontrons les autres chiots, tout au plaisir de sentir l’air frais du matin. Il a plu durant la nuit et de fines gouttes parsèment l’herbe sauvage, nous faisant découvrir mille et une odeurs inconnues et savoureuses.

Soudain, j’entends des chiens aboyer. Un humain s’approche, avec une cage en main : celle des chiens qui ne reviennent pas. Les aboiements relaient la nouvelle d’un bout à l’autre du terrain. Nous avons peur. Je me cache derrière un buisson. Il ne me voit pas.

Il se dirige tout droit vers l’un de mes frères : un cocker tout noir, comme moi. J’ai le sentiment qu’il me cherche moi lorsque je le vois tripoter l’arrière train de mon frère avant de le laisser filer. Il ne veut pas d’un mâle. Je suis la seule femelle noire de tous les box.

Je me terre derrière mon buisson. J’espère qu’il changera d’avis ou que je me suis trompée.

Je le vois se diriger vers mon box. Les doutes ne sont plus permis. C’est moi qu’il veut. Je cours alors vers ma maman. Elle seule peut me sauver.

Mais, je vois à son regard qu’elle est impuissante à me sortir de cette situation. L’homme va me mettre dans une de ces cages dont on ne revient pas et nul ne sait ce qui m’attendra.

Bien que je coure, il a tôt fait de m’attraper et de me fourguer dans cette cage. C’est papa qui m’accueille dans la maison où on a fait des photos. Il me pose sur une table, examine mon intimité, prends le carnet bleu foncé, un sachet de ces infâmes croquettes ainsi qu’une boîte en plastique. Il m’emmène dans une boîte assez grande pour contenir plusieurs humains, blanche à l’extérieur, avec des sièges gris dedans. Il ressort et revient après quelques minutes, munis de feuilles supplémentaires.

Il introduit une clé dans un trou et la boîte se met à trembler. Je suis terrifiée.

Il a l’air de m’ignorer complètement. Il manipule une sorte de roue, et la boîte tremble encore et encore.

Soudain, les tremblement cessent. Il ouvre sa portière, s’empare de ma cage et se dirige vers deux humains, souriant. Papa recouvre son sourire, lui aussi. Il donne la boîte et le sachet de croquettes aux deux humains. Il leur tend les papiers qu’ils signent. Ils s’échangent encore d’autres documents, dont des petits rectangles colorés qu’ils appellent « euros ».

Les deux humains me regardent avec un beau sourire mais je suis terrifiée. les humains n’apportent jamais rien de bien. Ils essaient de me prendre dans leurs bras. Je pleure et je tremble de tout mon petit corps. Ils ont l’air soucieux. Visiblement, quelque chose cloche chez moi.

Papa les rassure : « ne vous en faites pas, c’est normal qu’elle ait peur, elle est encore petite, vous savez. Ne lui donnez rien à manger avant d’arriver chez vous et tout ira bien. ».

Ils n’ont pas l’air convaincu. Ils s’agenouillent près de moi et me font sentir leur main. Ils n’ont pas la même odeur que Papa et les autres humains. Je me laisse caresser, puis porter.

« Bonjour mademoiselle ! Moi, c’est Louise et lui, c’est Nicolas. Tu ne dois pas avoir peur. On va bien s’occuper de toi. Je sais que tu ne comprends pas ce qu’on dit, mais écoute bien ma voix. Tu entends que je suis gentille ? »

Les humains se pensent toujours supérieurs aux animaux. Ils croient qu’on ne comprend pas leur langage sous prétexte qu’ils ne comprennent pas le nôtre. Cela me fait doucement rire, malgré ma peur. Je me détends légèrement.

« C’est bien, ma chérie, tu trembles déjà un peu moins. Tu vois, on est gentil. Que penses-tu du nom de Princesse ? »

« Princesse », j’adore ! C’est tout moi, ça. Ma queue commence à frétiller.Même si mon coeur bat toujours à 100 à l’heure.

« Ah, on dirait que tu aimes ça. Va pour Princesse, alors ! « .

Dis donc, je suis super contente, j’ai un nom, à présent. Je m’appelle Princesse.

Mais, la peur ne me quitte pas pour autant. Les odeurs de ma maman me manquent. Mes frères et soeurs me manquent. Je n’ai pas envie d’aller avec ces humains, aussi gentils paraissent-ils.

Doucement, je pleure. Je lève les yeux vers eux, dans l’espoir de les convaincre de me laisser. Mais, je lis dans les leurs de la tristesse et de la compassion et déjà tellement d’amour que je me résigne, en tremblant, à grimper dans le sac de transport qu’ils ont prévu à mon intention…

(A suivre)

# 1 – La « sans-nom »

Je m’appelle…

Je ne sais pas comment je m’appelle.

Ma mère m’a donné un nom en langage chien, que je n’ai pas transcrire en langage humain.

Et les seuls humains que j’ai côtoyés jusqu’à présent ne m’ont jamais parlé. Ils se sont contentés de dire, en me désignant :

« Celle-là, c’est la troisième de la 7ème portée de la chienne du box 24 ? »

« Oui, en effet ».

Puis, en me tripotant dans tous les sens, il a précisé mon âge (« 4 semaines »), mon poids (je n’ai pas retenu), ma couleur (noire), ma race (« cocker spaniel »).

Il m’a ensuite injecté des trucs dans le corps avec une longue aiguille. J’ai un peu saigné. Mais, je n’ai pas moufté. Avec ses grandes mains, il me faisait trop peur. Et puis, j’avais tellement envie de retourner près de ma maman et de mes frères et soeurs que je n’avais pas envie de l’énerver et risquer que cela dure encore plus longtemps.

Il a quand même pris le temps d’écrire des trucs dans un carnet bleu foncé. Puis, il m’a déposé dans une cage en fer, pour qu’un autre humain me ramène chez ma mère.

J’ai rencontré aussi deux jeunes filles. Elles m’ont prise dans leur bras en disant : « Oh, elle est trop mignonne ». Elles ont posé avec moi devant un monsieur tout gros et chauve qu’elles appelaient « papa ».

Papa ne semblait pas content. Avec mon pelage noir, il paraît que l’on ne me voyait pas convenablement sur les photos. Il a pesté, puis, il m’a ramené chez ma mère et mes frères et soeurs, toujours dans cette cage en métal que je hais.

 

Avec ma maman, je me sens bien. J’aime me blottir contre son flanc tout chaud et téter son lait, si délicieux. Depuis peu, les humains nous ont donné des gamelles avec des trucs bruns et durs qu’ils appellent croquettes. Je ne sais pas pourquoi ni à quoi ça sert. Dans le doute, je préfère m’abstenir de goûter de ces machins. Ma mère me pousse déjà à boire de l’eau, au lieu de me contenter de son lait, et j’aime pas beaucoup ça.

Mais, il faut dire que maman a l’air épuisée. J’ai cru comprendre qu’elle avait déjà eu 6 grossesses avant nous. Elle n’a pourtant que trois ans et quelques mois. Elle ne sort pas beaucoup. Elle passe son temps à dormir et manger, dans l’espoir de récupérer un peu de l’énergie qui l’animait quand elle avait mon âge.

Et puis, elle essaie de nous apprendre un tas de trucs. Boire de l’eau dans une gamelle, faire pipi en dehors du panier, courir, renifler. Mais, l’espace est très petit. Elle possède une couverture, posée dans le coin d’un box. De l’autre côté, il y a sa gamelle avec de la nourriture qui ne convient pas aux bébés, et une gamelle avec de l’eau. Les gamelles sont remplies deux fois par jour et nettoyées de temps en temps. Il est vrai qu’il y a de nombreux box et que ça doit prendre un temps fou aux humains de s’occuper de tout ça. J’ai compté qu’il y avait 8 mamans cocker, 9 mamans labrador, 7 mamans golden retriever, 9 mamans beagle, 5 mamans sharpei,  6 mamans berger allemand et 8 mamans bulldog rien que dans notre partie de terrain. Et j’entends bien qu’il y a encore d’autres chiens derrière le mur.

Presque toutes les mamans ont des chiots. Et, ensemble, nous faisons un beau tapage.

A l’extrémité de notre box, une porte mène au jardin. Parfois, elle est ouverte, parfois pas. Quand elle s’ouvre, maman se dépêche de sortir pour faire ses besoins, comme toutes les autres mamans. Depuis peu, elle nous incite à faire pareil. Mais, c’est pas évident, parce que la porte n’est pas toujours ouverte quand j’ai envie de faire pipi.

 

Depuis hier, je suis triste. Une de mes soeurs est partie. Un humain l’a prise alors qu’on était en train de manger et l’a mise dans une boîte en plastic, avec une grille en métal. On sentait bien que ce n’était pas la même cage que pour aller chez celui qui fait des piqûres. Et puis, on a bien vu que quand les autres chiots vont dans cette cage-là, ils ne reviennent que rarement. Ma soeur a pleuré et maman a aboyé quelques mots rassurants. Elle a l’habitude de voir partir ses chiots tôt. Elle n’en a gardé aucun auprès d’elle.

Cette portée a été particulièrement difficile pour maman. On était neuf dans son ventre. Trois petits sont morts à la naissance ou peu après. Un quatrième est mort après deux semaines. Maintenant que ma soeur est partie, nous ne sommes plus que quatre.

 

Je vous raconte tout ça, parce que j’ai l’intuition que bientôt, je vais vivre une grande aventure. Je ne sais pas encore ce qui m’attend. Mais, j’aimerais tellement que ma pauvre maman soit fière de moi…

 

 

 

(A suivre…)

La ronde a adopté un chien

Je te le disais, lundi, en coup de vent : j’ai adopté un chien. Un chiot, plus exactement. Une jeune demoiselle toute noire, toute mignonne, avec des yeux à tomber d’amour.

Après deux semaines de cohabitation, je te le dis comme je le pense : un chiot, c’est un bon test avant d’avoir un bébé, pour un couple.

Tu crois qu’il y a plein de choses qui sont acquises. Tu crois être sur la même longueur d’onde et au moindre incident : patatras ! Ton chéri et toi agissez exactement à l’opposé l’un de l’autre. Parfois même en sachant que l’autre a raison mais en étant incapable d’agir autrement, parce qu’on est à bout, fatigué, énervé, de mauvaise foi.

C’est l’occasion de tester la cohérence du couple et des décisions de couple. C’est l’occasion de tester ce que l’on peut attendre de l’autre, mais aussi ses limites. Sans oublier que cela te permet de tester tes propres limites.

Un chiot, c’est une montagne d’amour inconditionnel avec la montagne d’emmerdements qui vont avec.

Maintenant qu’elle est là, pour rien au monde je voudrais m’en séparer. Pourtant, certains jours, je suis (déjà) à bout et je me demande si j’arriverai à lui donner tout l’amour et l’éducation dont elle a besoin. Et cela me renvoie, inévitablement, à mon désir d’enfant.

Bien sûr, l’Ogre (mon mari-chéri) me rappelle qu’un bébé n’est pas un chiot et inversement. Je sais cela. Loin de moi l’idée, d’ailleurs, de traiter le chien comme un humain.

Mais, si j’arrive à être à bout après deux semaines de chiot, qu’en sera-t-il après 9 mois de grossesse ? Si j’arrive à me faire déborder par mon chiot, qu’en sera-t-il de mon enfant ? Si je n’arrive pas à apprendre les bases de l’éducation à un chiot, qu’en sera-t-il de l’éducation de mon enfant ?

 

Je veux dire, un bébé n’est pas un chiot. C’est encore plus de responsabilités et de difficultés. Serais-je capable de gérer ça ?