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J’ai testé pour toi le test O’Sullivan en mode phobique

Salut les gens !

Contente de vous retrouver, même si je n’ai pas encore eu le temps de passer par chez vous depuis l’an neuf…

Aujourd’hui, la journée a été riche en émotions.

J’ai passé le fameux test O’Sullivan. Pour les néophytes, il s’agit du test qui vise à diagnostiquer le diabète de grossesse.

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L’opération consiste à arriver à jeun au centre d’analyse médicale, et rien que ça, c’est déjà une épreuve, surtout quand les nausées du premier trimestre n’ont pas compris qu’il était temps de fiche le camp, vu qu’on entre dans le 3ème trimestre !

On te fait une première prise de sang. Toujours à jeun. Histoire de voir où t’en es niveau sucre.

Ensuite, tu dois boire un machin qu’on m’avait décrit comme immonde et vomitif. Bon, je t’avoue, ce n’est pas de la haute gastronomie. Je veux dire, soyons honnête, ce n’est franchement pas délicieux. M’enfin, c’est buvable. L’estomac à jeun n’apprécie pas des masses, mais ça passe.

Une heure après, on te pique à nouveau. On contrôle le sucre et l’insuline. Tu passes ainsi à la casserole toutes les demies-heures pour un total de 5 prises de sang.

En temps normal, on te pose un cathéter et l’analyste se contente de puiser le sang au moment convenu. Facile. Désagréable, mais facile.

Trop facile.

Moi, j’ai décidé de compliquer les choses : d’abord, je suis phobique des piqûres. Plus particulièrement de l’aiguille dans mon bras. Alors, l’idée du cathéter, t’imagines bien que ça m’angoisse à un niveau difficilement imaginable. D’autant que la terreur ne me quitte qu’une fois l’aiguille retirée. Je ne me voyais pas avec ce machin dans le bras durant 2 longues heures et demies.

Et puis, pour ajouter du défi à l’analyste, mes veines sont hyper fragiles. Donc, même si je n’avais pas craint le cathéter, il n’aurait pas pu le poser. Sauf à me poser une voie centrale, mais on n’en était pas là.

Je te l’ai dit il y a quelques mois, je gère de mieux en mieux ma terreur, au point que celle-ci se transforme plutôt en angoisse voire en stress, perdant son statut si envahissant. Du moins, tant que je reste dans le contrôle.

Ma tension suit mon état de stress : la terreur monte, ma tension aussi. Je contrôle. Ma terreur devient angoisse sourde et ma tension baisse. Il semble que ça ne facilite pas le travail du piqueur. Surtout qu’ajouté à cela, je te l’ai dit, mes veines sont fragiles et difficilement trouvables.

Une première piqûre. On prélève les tubes nécessaires et ma veine se barre. Là, l’analyste voit l’ampleur du défi se présenter. Il a galéré à trouver cette veine, la seule qu’il a su repérer et elle ne sera plus utilisable pour la suite…

Deuxième piqûre. Il cherche. Il finit par trouver une veine dans un endroit improbable de mon bras. Il pique, il prélève les tubes et enlève l’aiguille avant que la veine n’explose…

Troisième piqûre. La veine est toujours là et disponible. Il retente, ça marche. Mais, il sait qu’il ne pourra plus utiliser ce filon une troisième fois…

Légalement, il doit prélever quatre fois du sang. Le protocole complet en exige cinq. Pour moi, ce sera trois, avec une attestation disant qu’il n’est pas possible de piquer plus… Voilà voilà.

J’ai donc survécu, avec trois piqûres et un énorme bleu. Et le bonheur de savoir que malgré mes appréhensions, j’ai surmonté ma terreur et j’ai passé ce test que je m’étais juré de boycotter !

Pour la petite histoire, le diabète de grossesse peut avoir des conséquences graves sur la mère comme sur l’enfant, conséquences qui vont bien au-delà d’un bébé un peu trop gros à la naissance…. Alors, ce test en vaut la peine.

Ma peur des piqûres

Lundi dernier, je publiais ce billet.

J’y relatais, entre autres, mes peurs.

En l’écrivant, j’ai pris conscience de toutes ces peurs qui m’envahissaient mais qui n’avaient, heureusement, plus de fondement. Et tout d’un coup, j’ai compris.

J’ai compris que toutes ces peurs, qui étaient si justifiées, n’avaient plus de raison d’être. Leur source avait disparu de ma vie. Et qu’elles s’étaient toutes focalisées sur un objet insignifiant qui faisait figure de symbole : l’aiguille.

Rationnellement, je sais depuis longtemps qu’une aiguille, ce n’est rien. Que cette peur est irraisonnée autant qu’irrationnelle. Et surtout, disproportionnée. Certes, une piqûre, ce n’est jamais agréable. Mais, de là à avoir l’impression d’être tuée, il y a de la marge.

Alors, j’ai parlé à celle qui, au creux de moi, a encore peur de cet homme qui lui/m’a fait tant de mal.

Et je lui ai dit qu’elle ne risquait plus rien.

J’ai visualisé une aiguille et j’ai visualisé son visage. Son visage à lui. Je me suis rendue compte que ces deux image éveillaient la même terreur. Et j’ai fait l’exercice de dissocier ces deux images durant près d’une heure.

Jeudi matin, je faisais ma première prise de sang depuis cette prise de conscience.

Est-ce que ça allait marcher ? Est-ce que j’allais avoir moins peur ? Est-ce que la piqûre allait mieux se passer ?

Jeudi matin, je me suis allongée, j’ai donné ma main, et j’ai fait, consciencieusement mes exercices de yoga pour tenter tant bien que mal de tenir la peur la plus éloignée possible.

Comme toujours, quand l’aiguille a traversé ma peau, ces exercices ont été impuissants à l’empêcher de m’envahir. Mais, une colère sourde est montée en moi, en même temps. Et j’ai revu son visage. Et, dans ma tête, je lui ai parlé.

« Cette fois-ci, tu ne gagneras pas. Je suis plus forte que tout ce que tu as pu m’infliger. Tu ne gagneras pas. Je ferai ma prise de sang et je n’aurai pas peur. Je n’aurai plus peur. Plus jamais peur de toi.  »

Des vestiges de peur ont certes secoué mon corps de tremblement (mon ventre et mes cuisses), mais je n’ai pas pleuré. Je n’ai pas été secouée de sanglots de terreur.

Jeudi, c’est moi qui ai gagné. Jeudi, j’ai eu peur de la bonne personne et pas du mauvais objet. Jeudi, on a su prendre du sang dans le creux de mon bras, ce qu’on était plus arrivé à faire depuis mes 18 ans (j’en ai 28, quand même).

Ma phobie n’est pas encore guérie. Elle avait pris trop de place pour partir en un coup. Mais, je sens que je suis sur la voie de la guérison.

Pour la première fois depuis bien longtemps, je peux me permettre de rêver donner un jour mon sang.

Journal de grossesse # 4 – Ou comment survivre à une prise de sang quand on est phobique

Cher petit pois,

Vendredi, tu l’as senti, j’étais toute chose.

C’est qu’une aiguille a transpercé ma main (par deux fois, en plus) pour prélever un peu de mon sang afin de procéder à quelques analyses pour s’assurer que tout roule.

Bien sûr, cette prise de sang n’était pas obligatoire. Mais, vois-tu, petit pois, je voulais vraiment être certaine que tu puisses grandir dans mon corps en toute quiétude, sans carence ni excès. Déjà que ton cocon est quelque peu adipeux, rapport à mes kilos en trop, je ne voulais pas que tu risques quoi que ce soit dans ton nouveau chez-toi.

Mais, petit pois, je souffre d’une maladie étrange. J’ai une phobie des prises de sang. En réalité, j’ai une phobie des actes médicaux en général. Mais, plus particulièrement des actes médicaux invasifs (piqûres, prises de sang, stérilet, tout ça).

Jusqu’à présent, le pire acte médical reste la prise de sang : une aiguille enfoncée en moi (rien qu’à l’écrire, j’en frissonne déjà, petit pois) et qui reste longtemps. C’est-à-dire le temps de prendre le sang nécessaire.

Évidemment, les médecins ou infirmières qui me rencontrent pour la première fois me disent : « mais, ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude des patients qui ont un peu peur ». J’insiste alors sur le fait que, moi, ce n’est pas « un peu peur » que j’ai… Mais, souvent, ils me rient (presque) au nez. Jusqu’au moment fatidique.

Celui où l’aiguille s’approche de mon corps, qu’il se met à trembler de toute part, que des larmes coulent sans fin le long de mes joues et que mes veines commencent à s’amuser à jouer à cache-cache avec l’aiguille (leur autre jeu favori consiste à éclater lorsque l’aiguille trouve leur planque).

Pourtant, ils voient bien que je me concentre pour maintenir ma main en place. Sans bouger. Le reste de mon corps tremble. J’ai renoncé depuis longtemps à essayer de le maîtriser. Ce qui compte, c’est que ma main ne tremble pas pour que le praticien puisse pratiquer.

Là, généralement, ils comprennent pourquoi j’ai refusé catégoriquement que l’on me pique dans le bras (mes veines ont beaucoup plus de latitude pour jouer à leurs deux jeux favoris). Et ils comprennent aussi que non, non, ce n’est pas une petite peur.

Les gros sanglots qui sortent de ma gorge, en même temps que mes plates excuses parce que je SAIS que ce n’est tellement rien de grave, achèvent de les convaincre que je ne suis peut-être pas une patiente comme les autres.

Mais, il faut d’abord passer par cette étape avant que ma phobie soit prise au sérieux, petit pois.

Alors, tu imagines que cette prise de sang me faisait un tantinet peur à l’avance.

J’ai téléphoné à deux centres de prises de sang en expliquant que j’avais une phobie. Chacun a minimisé ma peur, on m’a dit que je n’aurais qu’à « déstresser dans la salle d’attente », et puis, hop, on piquerait. Moi, je sais que cela ne se passe pas comme ça.

Alors, j’ai pris rendez-vous chez celle qui va devenir mon médecin traitant, petit pois.

Elle m’a accueillie avec un sourire et une voix apaisante.

Elle m’a assurée que ma peur ne pouvait pas être pire que celle de mon amie (ta marraine, en fait, petit pois, celle qui m’avait transmise ses coordonnées). J’ai souri. Je n’ai rien dit.

J’ai prévenu que ma phobie était intense et qu’il faudrait piquer dans ma main. Elle m’a répondu « si ça vous rassure ».

J’ai pensé très fort que ce n’était pas pour me rassurer mais parce que sinon, mes veines sont inaccessibles. Mais, je n’ai rien dit. Les médecins ne me croient pas. Je n’avais pas envie de la convaincre. Elle verrait par elle-même.

Elle m’a demandé si je savais pourquoi cette phobie s’était développée. Je lui ai expliqué en quelques mots que j’avais été agressée durant mon enfance. Que ces agressions avaient été en partie d’ordre sexuel. Je n’ai rien dit de plus. Et je ne t’en raconterai rien de plus, d’ailleurs, tant que tu ne seras pas en âge de comprendre et que tu en exprimeras l’envie (et seulement si ce jour arrive).

Elle m’a rassurée de sa voix douce : ne vous en faites pas ! Cela va se passer comme sur des roulettes !

Je me suis allongée sur la table. Je lui ai demandé de relever le dossier. Parce que quand j’ai peur, je replie mes jambes sur mon ventre. Elle a eu l’air surprise. Mais, elle a obtempéré.

Elle a regardé ma main. « Ah, c’est bien, on voit bien la veine! ». J’ai souri. Tant que la procédure ne se met pas en route et que je ne pense pas à l’aiguille, on voit bien ma veine, en effet… Elle m’a donc dit : « Avec une veine comme la vôtre, ça va prendre deux minutes! ». J’ai souri à nouveau.

Elle a placé son garrot et a approché son chariot. Celui avec la fameuse aiguille. Je n’ai pas regardé et j’ai pensé fort à autre chose. Mais, elle a déballé l’aiguille de son étui en plastique. Et là, mon angoisse, refoulée depuis la prescription de la prise de sang, est remontée dans ma gorge au triple galop. Cette angoisse semblait même multipliée par deux. Là, donc, ma veine a commencé à se planquer : « C’est bizarre, moi qui voyais si bien votre veine, je ne la sens même plus ».

Là, je lui ai avoué mon secret : « lorsque je commence à avoir peur, mes veines se cachent ».

Elle a eu l’air perplexe. Je n’avais l’air d’avoir si peur que ça, en plus. Puis, elle a regardé mon visage, inondé de larmes. Elle n’a rien dit mais m’a serré la main. « Allez, courage ! Je ne piquerai pas tant que je ne suis pas sûre de moi ».

Puis : « Que ressentez-vous lorsqu’on vous pique ? »

Je lui ai expliqué que je ressens la mort. J’ai l’impression que ma vie est en jeu et que je dois me sauver sinon je vais mourir. Je sais que ce n’est pas vrai. Rationnellement. Mais, ce que je ressens est bien loin du rationnel. Alors, dans ma tête et dans mon cœur, ces deux certitudes se battent : « je vais mourir » « mais, non, ce n’est rien de grave ».

A force de jouer avec le garrot, petit pois, ma veine s’est montrée imprudente. La doctoresse a piqué. Et elle a vu simultanément ma détresse, mon angoisse, mes larmes, ma veine exploser, ma maîtrise de moi qui m’a permis de ne pas bouger ma main d’un iota alors que tout le reste de mon corps était pris de tremblement et elle a entendu mes excuses.

« Je suis tellement désolée, je sais que ce n’est rien. Je m’excuse. Pardon ».

« Madame, ne vous excusez pas. J’imagine ce que vous avez du vivre pour être dans un état pareil. C’est le monstre qui vous a fait ça qui devrait s’excuser, pas vous ».

Je dois t’avouer, petit pois, que là, je me suis sentie toute paf. Je n’avais jamais envisagé les choses ainsi.  Et une partie des larmes qui ont alors coulé résultait de ce soulagement que, tout ça, ce n’est peut-être pas de ma faute…

Elle a retiré l’aiguille devenue inutile dans ma veine qui avait dit zut.

Il fallait tout recommencer. Dans l’autre main.

Elle m’a dit que si dans cette main, cela ne marchait pas, on reporterait la prise de sang à la semaine prochaine. Parce qu’elle ne voulait pas m’infliger cette douleur trop longtemps. Et moi, j’ai pensé à toi : une semaine de plus sans savoir s’il y avait des carences à combler, je me suis dit que ce serait trop.

Je te sentais, là, au creux de moi, et je m’en voulais de te faire sentir autant de stress, autant de souffrance. Je voulais tellement que tu te sentes bien.

J’ai prié pour toi, je crois.

Puis, j’ai recentré ma concentration sur ma respiration.

De son côté, elle a cherché longtemps une « bonne veine » et un angle qui limiterait les dégâts au maximum. Elle a piqué. Et mon angoisse est remontée. Elle a alors posé une main sur mon ventre et m’a exhortée à l’écouter.

« Respirez comme au yoga. Inspirez en un temps et expirez en 5 temps. Allez, avec moi. On inspire et un, deux, trois, quatre et cinq. Et on inspire… »

Tout le temps du prélèvement, je me suis accrochée à sa voix comme à une bouée. Et elle a su prélever ce qu’il fallait. En réajustant l’aiguille au fur et à mesure que ma veine cherchait à se barrer.

Après cette expérience, elle m’a avouée qu’en effet, c’était pire que ta marraine. Qu’en réalité, c’était même pire qu’aucun des patients qu’elle avait eu en vingt ans de carrière. Et que si je lui avais raconté l’histoire de mes veines qui se barrent, elle ne l’aurait pas cru non plus car elle n’avait jamais vu ça auparavant.

Elle m’a dit qu’elle imaginait bien que les médecins ne me croyaient sans doute jamais. Mais, qu’il faudrait que j’insiste si j’allais chez quelqu’un d’autre.

Elle m’a dit aussi qu’elle chercherait, pour moi, un hypnothérapeute pour m’aider à gérer tout ça. Pour que j’en souffre moins. Et j’ai pensé : pour que tu en souffres moins.

Si je te raconte ça, petit pois, c’est pour que tu te rassures : vendredi, il n’y avait rien de grave, si ce n’est cette petite prise de sang de rien du tout.

Continue à faire ta place au creux de moi, petit pois. Je te promets de faire en sorte que tu t’y sentes bien…