Faire partie d’une élite ?

Il paraît que je fais partie de l’élite intellectuelle.

Ah bon. Vous êtes sûrs ? Non, parce que je viens du bas peuple, moi, hein. De la classe des pauvres qui n’a pas les moyens de manger à sa faim tous les jours, vous savez. Je suis issue d’une famille où, parfois, il faut choisir entre payer le chauffage ou le pain, vous voyez ?

Ah ? J’en fais partie quand même ?

Si vous le dites.

C’est parce que j’ai un diplôme d’université ? Que je me suis hissée d’une classe sociale ? En même temps, vous savez, je n’ai pas vraiment de mérite à ça, moi. Je n’étais pas très manuelle. Fallait bien que je gagne ma croûte. Alors, l’Université, ça m’a paru un bon plan.

Non ? C’est pas ça non plus ?

Ah ? Parce que je défends l’idée d’un Etat de droit ? Ah bon ? C’est une caractéristique de l’élite intellectuelle, ça ? Alors, c’est que ce n’est pas si mal que ça de faire partie de cette élite, non ?

Ah, si, c’est le mal ?

Ecoutez, j’ai beau réfléchir, je ne comprends pas ce que vous voulez dire ! (C’est bête pour une élite intellectuelle, quand même, non ?)

Ça vous paraît pourtant évident ? Ben, je vous écoute, alors…

D’accord, donc, selon vous, le petit peuple ce sont ceux qui sont proches de la « vraie vie » et l’élite, ils sont à mille kilomètres de la réalité, c’est bien ça ? Je peux vous faire remarquer que la « vraie vie », je la connais, moi aussi. Je ne le porte pas en marque rouge sur mon front, mais cela ne m’empêche pas de la vivre… Soit.

Et, selon vous toujours, il faudrait que la loi ne s’applique que quand le petit peuple estime qu’elle peut. Sinon, on peut passer outre ? En gros, on joue à la loterie, quoi ? Ta tête me revient pas, je n’exécute pas la loi et je fais ce que je veux ? Faudra être beau gosse pour commettre un crime alors…

Ah ? Je vous fais dire ce que vous n’avez pas dit ?

Mais, quand il y a un vrai méchant pas beau, il faut être plus sévère que la loi, si on trouve que la loi est trop gentille ! C’est ça ?

Si faire partie de l’élite intellectuelle signifie penser que chaque être humaine est égal devant la loi et que cette dernière doit s’appliquer de la même manière à un homme, une femme, un blanc, un noir, un arabe, un jeune, un vieux, un médiatisé, un anonyme, alors, je l’affirme haut et fort, je fais partie de cette élite.

Et j’en suis fière.

Je suis fière de ma Belgique, aujourd’hui. Fière de ce pays où la Justice a été appliquée de manière équitable. Fière de la libération de Michèle Martin. Pas que j’aime cette femme ni ne loue les atrocités qu’elle a commises. Mais, j’aurais eu honte d’un pays où la loi n’aurait pas été applicable de la même manière pour tous, sous prétexte que la « méchante » est connue et haïe de tous les Belges.

Je ne comprends pas celles et ceux qui défendent l’idée inverse, même si je ne les dénigre pas pour autant. Chacun est libre de penser ce qu’il veut, et c’est aussi l’une des fiertés de ma Belgique. Mais, je suis plus encline à comprendre celles et ceux qui défendent l’idée d’une révision de la loi, parce qu’elle ne leur plaît pas. C’est le jeu démocratique dans toute sa splendeur.

D’aucuns me rétorquent que je ne peux pas comprendre, que si j’avais une fille qui avait vécu de telles atrocités, ou pire, si j’en avais été victime moi-même, je ne tiendrais certainement pas le même discours, que je n’ai pas d’empathie envers les victimes.

Je ne le crois pourtant pas.

Que les victimes soient opposées à la libération de leur bourreau, c’est légitime. C’est leur droit (vous remarquerez qu’en l’occurrence, elles ne s’y opposent pas toutes, n’est-ce pas). Mais, c’est le rôle de la Justice de trancher. Sinon, c’est de la vengeance.

Je compatis sincèrement à ce qu’elles ont subi. Peut-être d’autant plus que j’ai vécu d’autres violences, moi aussi. Rien de comparable (aucune histoire n’est d’ailleurs vraiment comparable à aucune autre), m’enfin, j’ai mon lot de douleurs moi aussi.

Mais, cela n’enlève rien au rôle de la Justice.

Je ne voudrais pas vivre dans un monde où je peux choisir la peine que subira mon bourreau. Je ne veux pas vivre dans un monde où je ne peux assurer à mon enfant que la Justice le protège et qu’elle est impartiale et indépendante.

Non, je ne veux pas.

Et si le prix à payer est d’être catégorisée comme l’élite intellectuelle du pays, alors, je paierai fièrement mon tribu !

 

 

EDIT : si vous avez eu le courage de lire jusqu’au bout et avez de commenter, libre à vous. Cet espace est un espace d’échange. Mais, je me permettrai d’effacer tout commentaire injurieux ou menaçant. Il y a toujours moyen d’exprimer une opinion contraire sans violence ! 😉

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2 commentaires sur “Faire partie d’une élite ?

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