De l’importance d’être entouré

Lorsque nous avons appris que j’étais atteinte du CMV, le choc fut rude. La gynécologue urgentiste se rappelait vaguement de ça dans ses cours. Il lui semblait que 30 % des enfants présentaient des malformations, la plupart graves et indécelables par examen pré-natal. Elle préconisait un IMG préventif mais nous encourageait à en discuter d’abord avec notre gynécologue à nous.

Il était 2 h du matin.

Nous avons regardé Petite Bulle à l’échographie et il/elle nous a fait un signe de la main. Aussi involontaire que soit ce mouvement, nous avons choisi de le prendre comme un signe et de laisser une chance à notre enfant de grandir. Nous avons décidé de ne pas nous précipiter dans notre décision et de consulter d’abord notre gynécologue et lui demander de nous rediriger vers un spécialiste de la question.

Après avoir passé encore d’autres examens pour écarter d’autres pistes que le CMV, nous sommes rentrés chez nous à 5 h du matin, exténués tant physiquement que mentalement.

Ma belle-maman, que j’aime profondément, nous a téléphoné à 9h. Elle ignorait que nous avions passé la nuit aux urgences.

Je lui ai raconté notre périple et la mauvaise nouvelle qui nous était tombé dessus.

Je m’attendais à ce qu’elle me réconforte et me soutienne. Au lieu de ça, elle m’a encouragée à avorter le plus vite possible « pour ne faire prendre aucun risque à ma fille, mon mari et moi ». Sans même consulter un autre avis médical, sans prendre plus d’informations. Car selon elle, c’était inutile. Le CMV entraîne des malformations graves et je suis jeune, et je peux avoir des enfants facilement, et je retomberai enceinte dans deux mois, et j’oublierai alors ce bébé malformé, et je dois penser à notre avenir, et à quand l’enfant sera adulte et moi morte et que personne ne veillera plus sur lui, et bla et bla et bla…

J’étais en larme. Le Rond était blanc, sur le lit à mes côtés.

Abasourdis par les propos si véhéments de cette femme – mère que nous aimons tant.

J’ai essayé, platement, de lui expliquer que ce n’était pas si simple, que nous voulions un autre avis médical, que cet enfant était désiré et que, là tout de suite, il était en parfaite santé. Rien n’y faisait.

Elle martelait chacune de ses phrases par un « mais vous faites comme vous voulez, hein, mais bon… ».

J’ai été blessée par ses propos.

Pas qu’il ne soit pas (en partie) fondés. Mais, ce n’était pas de ça dont nous avions besoin à ce moment-là. Nous avions deux semaines pour prendre cette décision d’IMG et cette décision n’appartenait qu’à nous.

Après avoir pris contact avec ma gynécologue (et avoir consulté le vilain internet), nous avons eu des chiffres bien plus rassurants ! J’ai alors appelé ma belle-mère pour lui faire part de ces bonnes nouvelles, lui dire aussi que nous avions pris RDV avec la gynéco le mardi suivant afin de faire le point mais qu’au téléphone, la gynécologue était très rassurante sur les risques mais aussi sur le suivi prénatal qui permet de déceler la plupart des malformations importantes.

J’ai bien senti que la conversation était sèche. Mais, bon. Voilà. Je voulais vivre cette journée comme une journée de bonne nouvelle après la nuit de merde que nous venions de vivre !

Trois jours après, pourtant, elle téléphone à son fils, cette fois, pour le convaincre lui que je dois avorter. Elle raconte une histoire abracadabrante. Notre gynécologue nous affirme que cette histoire n’est pas possible telle quelle et qu’il doit manquer des bouts à l’histoire car elle ne tient pas la route.

Le Rond est dépité et déçu lui aussi.

Il fait comprendre à sa mère que notre décision est prise et que sauf avis médical contraire, nous ne changerons pas d’avis.

Qu’à cela ne tienne, elle décide d’user des grands moyens et rend visiste à la grand-mère du Rond.

Celle-ci, affolée, m’appelle :

« La Ronde ? Bonjour c’est Mamy. Dis, Belle-Maman sort à l’instant de chez moi. Elle m’a dit que tu avais attrapé un virus et que ton bébé était handicapé. Tu vas avorter, hein, dis ? »

Euh, bonjour la violence !

J’explique donc à Mamy la situation réelle. Elle conclut par un « alors, on va prier pour ce bébé ». Oui, Mamy, prions. Chaque onde positive est bonne à prendre.

Ensuite, nous n’avons plus de nouvelles de ma belle-mère durant deux semaines. Deux semaines durant lesquelles mon état se dégrade. Deux jours avant mon hospitalisation en urgence, nous nous rencontrons à ma demande.

Je l’aime fort et cette situation de froideur entre nous m’insupporte.

Sauf que la rencontre tourne au pugilat et se conclut par elle, hurlant qu’il n’y a aucune bonne raison de garder mon gosse handicapé… Je mets fin à la conversation, en colère et profondément blessée…

Durant la dispute, elle me fait part de ses craintes (mais sous forme d’accusation et d’engueulade, ce que j’ai eu du mal à percevoir sur le moment). Elle crie qu’elle a 50 ans, qu’elle vient de divorcer et qu’elle veut reconstruire sa vie et qu’il est hors de question que je lui gâche sa vie en gardant un bébé handicapé que je ne saurai pas gérer. Je lui rétorque, que, handicapé ou non, promis, je ne lui demanderai rien concernant cet enfant.

Je ne comprends pas que cette femme que j’aime autant ait pu me faire autant de mal.

Je me sens seule dans cette épreuve.

Depuis cette discussion – dispute, nous ne nous sommes plus adressées la parole. Elle attend des excuses de ma part et j’en attends de la sienne. C’est pas gagné.

J’ai besoin qu’elle comprenne que j’entends son point de vue et son avis. Elle, à notre place, aurait décidé d’avorter pour toutes les raisons qu’elle a citées. Très bien. Mais, ce n’est pas notre choix. Et nous souhaitons qu’elle le respecte. Si elle a des craintes, qu’elle les formule mais pas dans la violence (encore moins devant une jeune maman et future maman fiévreuse (j’avais 40° de fièvre ce jour-là)).

Elle a appelé le Rond pour la première fois la semaine dernière. Soit 4 semaines après notre rencontre ! Qu’elle soit en colère contre moi, soit. Mais qu’elle ne soit pas là pour soutenir son fils dans cette épreuve, ça me dépasse…

Je suis profondément déçue, blessée et en colère… J’espère qu’un jour, notre relation pourra être réparée. D’ici là, je pleure.

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6 réflexions sur “De l’importance d’être entouré

  1. Merci pour ton petit commentaire, sur mon petit blog tout nouveau …
    J’espère que tout se passera bien pour toi, vraiment.
    Ici, si tout se passe bien actuellement pour ma poupette, je suis moi un peu au bord du goufre … Je ne supporte ces échéances qui s’enchainent, je voudrais juste tout arrêter ( le suivi bien sûre ) et attendre ma poupette le plus sereinement possible … Mais en ai-je seulement le droit ? Ai-je le droit de mettre peut etre sa santé en péril, juste pcq moi j’en peux plus …
    Mais je te rejoins complètement, je me sens aussi seule que toi, aussi peu soutenue … Le monde continue de tourner, les gens vivent leurs petites vies sans trop soucier de « nous », et moi je continue d’afficher ce sourire de façade mais ça devient de plus en plus compliqué …

    Désolée de te raconter tout cela … N’hésite pas si tu as besoin de parler, de tout coeur …

  2. Ohlala que c’est dur….Je m’entends très bien avec belle maman et j’espère que jamais je n’aurais à gérer ce type de conflit…C’est fou de vous en vouloir pour un choix qui ne regarde que vous. Plein de courage…

  3. Ton article m’a émue aux larmes…Je comprends ton chagrin, toi qui aimais tant ta belle-mère, te voilà déçue par sa réaction si violente…
    Je te souhaite énormément de courage, il s’agit de ton bébé, votre bébé avec ton Rond; à vous de prendre les décisions et personne d’autre!
    Je t’envoie plein d’ondes positives!!!!

    • Oui, le Rond me l’a répété plusieurs fois : nous sommes les seuls à prendre cette décision et à devoir en assumer les conséquences, d’ailleurs.

      Heureusement qu’il est là ! 😉

      Merci de tes ondes positives ! ❤

  4. Je reviens te faire un coucou après tout ce temps, je découvres que tu es enceinte, je vais pour te féliciter, je vois le mot « pathologique », j’ai peur… et puis ce billet… Je n’ose pas imaginer dans quel état tu dois être. Je connais bien ça, quand on a besoin de soutien et qu’au lieu de ça on t’enfonce.
    Je trouve ça dommage que ta belle-mère réagisse ainsi et rapporte tout à elle (on dirait la mienne, toutes mes décisions sont mauvaises) alors que c’est à son fils qu’elle devrait penser avant. Le pauvre, qui n’est pas soutenu par sa propre mère.
    Je vous souhaite plein de courage.

    PS : en France on ne diagnostique pas le CMV, alors qu’on cherche la toxoplasmose. C’est dommage car selon de nombreuses études il y a plus de risques de contracter le CMV, surtout si tu as déjà un enfant ou que tu travailles avec des bébés ou des petits que de contracter la toxo.

    Je te souhaite du bonheur, encore du bonheur et toujours du bonheur. ❤ ❤ ❤

    • J’essaie de me concentrer sur le beau, sur bébé qui bouge et sur ce qui va. Mais, oui, c’est dur de ne pas avoir de soutien…

      Pour le CMV, ma gynéco nous a rappelé, justement, que dans plein de pays, on ne vérifie même pas/plus ce paramètre ! 😉
      Je crois, d’ailleurs, que j’aurais préféré ne pas savoir… 😉

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