La violence de trop

L’actualité a été marquée, récemment, par un fait divers sordide (comme tous les faits divers). Une petite fille battue à mort par le compagnon de sa mère, enterrée ensuite par les soins de sa mère désireuse de couvrir son amoureux. Je crois. Je ne sais pas vraiment. J’ai pas lu.

Un fait divers comme ça, ça harangue les foules. C’est bien. Ca fait un ennemi commun à détester tous en coeur. Bien comme il faut. Attends, déconne pas, cette femme qui laisse son enfant se faire tuer, c’est un monstre ! Et de lancer des pétitions pour qu’elle encoure la peine de mort (tu sais, celle qui a été abolie il y a bien longtemps ?).

Même ma mère s’y met. Remarque, on a notre phénomène aussi en Belgique, en la personne de Michèle Martin (bon, et Marc Dutroux, mais, il est pas encore prêt d’être libéré, donc, il ne suscite pas (encore) de débat houleux).

Et cela me fait doucement rire.

Cela me fait doucement rire parce que les gens ne balaient pas devant leur propre porte.

Prenons ma mère, par exemple. Elle s’offusque. Elle pleure devant son écran pour cette petite fille. Comme elle a pleuré pour Julie et Melissa, ou Anne et Eefje ou Sabine et Laetitia, ou les autres. Elle critique ces gens inhumains qui laissent de pauvres et innocents enfants souffrir. Et les gens la soutiennent dans sa critique. Comment faire autrement, d’ailleurs. C’est tellement immonde, ce qui s’est passé.

Cette même femme a pourtant vu son mari taper sa fille durant 13 longues années. Treize longues années durant lesquelles sa fille a failli mourir plusieurs fois sous les coups d’un homme deux fois plus fort qu’elle. Treize longues années durant lesquelles son mari a humilié sa fille, en privé, en public, l’appelant « l’autre », l’insultant, l’enfermant dans sa chambre, des semaines durant, avec pour seule nourriture des quignons de pain sec et une bouteille d’eau. Treize années durant lesquelles elle a vu sa fille subir les attaques sexuelles incessantes d’un mari avide de sexe et qui ne faisait pas la différence entre un enfant et un adulte qui consent.

Tout ça, ça s’est passé devant ses yeux. Elle le sait. Elle en parle encore parfois.

Pourtant, pas une seconde, elle ne comprend qu’elle a été/est le même monstre que cette maman-là qu’elle dénonce si durement. Sa seule chance a été que sa fille ait pu se sauver à temps, à chaque fois. Que son mari n’ait pas donné le coup de trop, celui qui ôte la vie à jamais, celui qui aurait fait d’elle cette maman médiatisée et diabolisée.

Combien d’hommes et de femmes comme elle s’insurgent devant leur écran ? Signent des pétitions ? Crient avec le peuple ? Marchent dans la rue pour obtenir Justice pour ces victimes médiatisées ?

Moi, je ne suis pas une victime médiatisée et heureusement. Mais, je n’obtiendrai jamais Justice de mon agresseur. Il est passé entre les mailles du filet. Le 2 septembre dernier, le délai de prescription s’est écoulé. Je n’obtiendrai jamais cette Justice que ma mère réclame pour ces filles qu’elle ne connaît pas, cette Justice qu’elle n’a même jamais envisagée pour cette autre fille à qui elle a donné naissance…

Aujourd’hui, je suis triste pour cette enfant, qui ne méritait certainement pas de vivre et de mourir ainsi. Mais, je ne peux m’empêcher de me demander combien sont en train de vivre le même calvaire au vu et au su d’adultes qui n’interviennent pas et laissent faire, par lâcheté, par principe, par crainte (qu’importe la raison, finalement).

Je n’ai pas envie de me battre contre cette mère (ni la mienne ni la sienne). Je veux profiter de cette journée de non-violence pour me battre contre la violence à tous les degrés. Contre l’éducation violente. Contre les fessées. Contre cette violence si ordinairement banalisée.

Je caresse le doux rêve que si la conscience humaine se réveille et rejette toute forme de violence, plus aucune petite fille ne subira ce qu’elle a subi, plus aucun petit garçon ne mourra sous les coups d’un adulte sans qu’un autre adulte n’intervienne à temps.

 

Pour prolonger le sujet, deux billets qui m’ont touchée :

Celui de Working mama et celui de la Mite orange (qui écrit souvent de très belles choses d’ailleurs).

 

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14 commentaires sur “La violence de trop

  1. bonsoir ,ma jolie ..un petit mot tout doux pour te dire en tant que maman ,oma mais aussi fille d’une mère un peu « difficile » pour ne pas dire violente que c’est vrai qu’on sera toujours des petites filles maltraitées mais que cela ne nous empêche pas d’être des femmes,des mères et grand mères gentilles et aimantes..on se cachee derrière nos rondeurs..Mais aussi le passé on ne peut pas le changer.Il nous reste juste à nous protéger et à protéger nos petits de ces « mauvaises personnes ».Bisous

  2. Je suis heureuse d’être passée en coup de vent sur HC et ainsi d’avoir pu lire ton article. La réaction de ta mère m’offusque profondément (limite la bouche béante sur la poitrine en mode « elle a un sacré toupet à l’ouvrir ») quand on voit ce que toi tu as subis sans qu’elle bronche. Et tu as dû faire preuve d’encore beaucoup de courage pour laisser couler ses propos…
    Dans tous les cas je sais que tu t’en sors magnifiquement bien de ton histoire qui aurait pu si mal tourner, que tu as été très forte, et que tu l’es toujours aujourd’hui, plus encore maintenant entourée que tu es avec Petite Poite et ton Chéri.

  3. Comme pour la Mite Orange, je dis Bravo et merci. Vos billets sont nécessaires. Parce qu’ils disent LA vérité, celle que trop de monde se cache.
    Il n’y a pas de « petite » violence. Toutes les violences sont trop grandes, surtout pour des enfants.

  4. Ton billet est également touchant… Pointant du doigt une triste réalité, celle que les agresseurs, les gens directement concernés, ne voient rien, ne veulent rien voir de ce qui se passe sous leurs yeux. Une réalité qui plonge les victimes dans un désarroi si profond qu’elles se terrent souvent dans le déni (conscient ou non) et refusent elles-même d’admettre que ce qu’elles ont vécu est grave, vu qu’elles se sont construites en « sachant » que tout cela est banal et normal.

    Bon courage à toi pour surmonter tout ça. Tu as pu fuir, cela dénote déjà d’une force de vie que tout le monde n’a pas.

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