Une matinée en métro

Tu es enceinte. Tu dois te rendre sur ton lieu de travail. Tu prends le métro.

Ton petit (sic) ventre pointe le bout de son nez et se remarque, même à travers ton épais manteau d’hiver que tu arrives tout juste à fermer parce que tu as perdu quelques kilos en début de grossesse.

La station est pleine de gens. Normal. Il est 8 heures du matin. Les travailleurs, comme toi, vont travailler, le visage encore fatigué des efforts de la veille ou déjà fatigué à l’idée de la journée qui les attend.

Le métro arrive. Tu entres dans le volumineux serpent. Tu as de la « chance » : sur ta ligne, c’est le nouveau métro qui passe. Le bénéfice d’habiter dans un quartier de bourges.

Dans le nouveau métro, il y a plein de places. Debout. le nombre de places assises a été drastiquement réduit. Les sièges sont collés le long des fenêtres laissant un espace appréciable au milieu de la rame. Pour se tenir, point de barres, ou si peu. Non, non. Des poignées en cuir accrochés à des barres horizontales tellement hautes que tu ne les atteints pas (les barres, s’entend). Les poignées sont très jolies. Très design. Mais, elles bougent. Quand tu t’y accroches, ton corps balance. Et tes muscles doivent contrebalancer, bien plus fort qu’avec une barre ferme, les mouvements de balanciers qu’implique le métro. Tu ne l’as remarqué que récemment. Depuis que tes musles abdominaux sotn aussi ceux que tu sens lors de contractions.

A chaque mouvement du métro, ton corps se tend pour te retenir et tu sens les contractions monter dans ton ventre. A cela s’ajoute les douleurs lombaires, parce que le dos, qui doit gérer une masse de poids non négligeable et nouvelle, n’apprécie que très moyennement les contractions musculaires intenses.

Et puis, il faut bien admettre que ces poignées, tu ne les utilises que lorsque les barres verticales sont inaccessibles. C’est-à-dire lorsque le métro est bondé de gens. Tu te contorsionnes donc, accrochée à cette poignée, et te prends, dans le même temps, les coups des autres utilisateurs logés à la même enseigne que toi. Tu kiffes.

Une annonce t’explique pourquoi le métro est aussi rempli, ce matin : un problème technique. (En même temps, c’est presque tous les jours qu’il y a un problème technique). Tu supposes que le contenu de deux métros a été déversé dans un seul ! Youpie.

Tu râles.

Tu poses la main sur ton ventre, parce que la dame devant toi, elle te file régulièrement des petits coups de coude dans le ventre (elle a accès à la barre verticale, elle, et son coude arrive tout pile au milieu de ton ventre).

Après un enième coup qu’elle aurait pu éviter, et qui te fait monter les larmes aux yeux, tu lâches un « pu…rée » (le « tain » est rattrapé in extremis).

Elle se retourne vers toi l’air très hautain. Tu la fixes droit dans les yeux, la main sur le ventre, les larmes qui montent et qui deviennent visibles. Son regard passe alternativement de ton ventre à tes yeux. Et son air hautain fait place à une mine contrite. Elle vient de comprendre que depuis 6 stations, elle tape sur le ventre d’une femme enceinte. Ses regrets s’arrêtent là. Elle ne va pas s’excuser non plus. Faut pas abuser.

Durant toute la scène, quatre hommes, assis devant vous, vous observent. Ils ont bien compris, eux, que tu étais enceinte et que cette vilaine n’avait pas fait attention. Il ne leur viendrait pas à l’esprit qu’eux aussi, auraient pu faire attention. Te céder leur place assise, par exemple. Au lieu de quoi, il regarde la dame avec un air de mépris bien affiché montrant clairement qu’ils n’aiment pas son comportement.

Ta station arrive enfin. Tu as mal. Au ventre, au dos. Les gens se pressent pour sortir. Tu suis la cadence, et te replies vite fait dans un coin.

Tu te jures qu’un jour, tu oseras demander une place. En attendant, tu pries en silence que les contractions s’arrêtent et ne soient pas un signe de début de travail, pendant que la masse de gens file à toute allure vers sa destination…

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12 réflexions sur “Une matinée en métro

  1. eh bien moi quand je vois une femme enceinte debout et des jeunes ou des mecs assis, je leur demande de laisser leur place… ils sont très génés mais se lèvent. Alors demandons des places assises pour nos consoeurs, c’est bien moins gênant que de demander pour soi.

    • Ah, ben, pour le coup, je suis d’accord : je n’ai aucun problème à le demander pour quelqu’un d’autre… Ou à engager la discussion bien haut genre : ça va, madame, pas trop dur de rester debout dans votre état ? 😀

    • Oui, je sais, mais j’ai quand même l’impression d’abuser… C’est bête, mais ce sont des années d’éducation à coup de « faut être fort et courageux, prends sur toi »…

  2. J’ai jamais réussi à comprendre l’intérêt de ces poignées mobiles dans les métros ou tram bruxellois, faudra m’expliquer aussi !
    Du coup, je ne les utilise absolument jamais (de toute façon, je ne les atteins pas non plus)…
    J’espère que petit à petit tu réussis à demander une place assise…

  3. en effet, vaut mieux demander une place que d’attendre que quelqu’un te la propose. certes, la plupart des gens sont tout simplement discourtois mais il y aussi ceux qui ont déjà proposé une place et qui se sont fait rabroués vertement et qui du coup ne proposent plus.

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