Comme du changement dans l’air

Depuis plus de trois ans, je travaille.

Rien de bien étonnant ni de bien courageux.

Un courrier m’informant qu’un poste de juriste s’ouvrait dans la fonction publique, un mail d’inscription, un CV et une lettre de motivation plus tard, je présentais l’examen et je le réussissais.

Puis, je rentrais, pleine de motivation et d’excitation dans cette nouvelle étape de ma vie : la vie active.

Au début, c’était chouette. J’ai rencontré plein de belles personnes et je découvrais une matière que je n’avais jamais étudié à l’Université. C’était là l’occasion d’apprendre plein de choses et j’adore apprendre.

Au début, mes nouvelles collègues et moi (engagées en même temps), on était super motivées. On cherchait la petit bête juridique, on décortiquait les textes, on allait au bout de raisonnements complexes.

Mais, très vite, on a déchanté. Fallait pas aller trop loin. Ni trop vite. Notre service avait sa routine. Il ne fallait pas trop la bousculer.

Nous, nous n’avons rien vu. Nous avons rué dans les brancards avec nos raisonnements et nos envies de faire avancer les choses. Avec nos envies d’être utiles et de se sentir fières de travailler dans la fonction publique.

On nous a fait comprendre que, quoi qu’il en soit, ça ne marchait pas comme ça.

Ce qui est merveilleux, dans un système hiérarchisé, c’est que tu ne prends aucune responsabilité, c’est ta hiérarchie qui signe.

Ce qui est infernal, dans un système hiérarchisé, c’est que tu ne prends aucune responsabilité et donc, aucune décision puisque c’est ta hiérarchie qui décide.

Petit à petit, notre motivation est tombée en berne.

Oh, il y a bien des dossiers vraiment juridiques et vraiment intéressants, mais, tu comprends, on n’a pas l’expérience. Alors, on ne travaille pas dessus. Il faudrait pas qu’on acquière trop vite de l’expérience et qu’on soit trop vite rentables, sans doute.

Petit à petit, je suis devenue cette fonctionnaire que je méprise tant : de celles et ceux qui ne travaillent pas vraiment et qui ne servent pas à grand chose.  De celles qui prennent des pauses midi à rallonge. De celles qui consultent leur blog pendant leurs heures de travail.

Cet été, le summum du summum est arrivé : notre chef attendait une décision de notre hiérarchie pour les dossiers « courants » (ceux dont je m’occupe, donc). Durant 6 semaines, je n’ai reçu aucun dossier. Rien. Nada. J’ai bien été voir mon chef plusieurs fois, mais rien à faire : il fallait attendre la décision d’en haut.

A côté de ça, je voyais bien que certains collègues étaient débordés de travail (ceux qui ont de l’expérience, tu vois).

J’ai bien demandé à mon chef si je ne pouvais pas aider certains collègues sur certains dossiers, mais la réponse a été la même qu’à l’ordinaire : tu n’as pas l’expérience.  Oui, enfin, ça fait trois ans que je suis ici, maintenant. Il est peut-être temps que je commence à me lancer dans des dossiers plus complexes.

Ces 6 semaines n’auraient pas du me paraître si longues, car c’étaient les vacances et tout le monde prend congé. Sauf que je n’ai pas d’enfant et que je prends mes congés en dehors des périodes scolaires. j’ai donc été là à temps plein durant ces 6 longues semaines.

Au début, c’était sympa, je dois avouer : du temps pour rattraper mes lectures Hellocoton, du temps pour lire les infos, du temps pour rien faire sur internet.

Mais, 6 semaines c’est long. Surtout que plein de sites sont bloqués et que, franchement, quitte à rien faire, autant rester chez soi. La motivation pour se lever le matin, quand t’as rien à fiche, elle a du mal à se pointer.

Et de toutes ces belles choses d’il y a trois ans, il ne me restait plus que mes collègues, ces personnes si géniales qui enrichissent ma vie depuis trois ans. Mais, cela ne remplit pas une journée de 8 heures. Et cela ne comble pas l’idée qu’on est inutile.

Alors, j’ai décidé de prendre les choses en main.

Je sais que la fonction publique, ce n’est pas que des gens qui ne foutent rien.

Pour être honnête, dans mon service, certains collègues ont des horaires qui n’ont rien à envier à des travailleurs du privé, obligés de faire des heures supplémentaires non rémunérées pour terminer des dossiers urgent.

Mais, au yeux de mon chef, je ne fais décidément pas partie de ceux-là.

Alors, j’ai décidé de postuler. D’aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus verte.

Et bien m’en a pris, puisque j’ai été sélectionnée pour une fonction de juriste, toujours dans la fonction publique.

Avant d’accepter, cela dit, j’ai consulté les personnes avec qui je serais amenée à travailler. J’ai consulté la hiérarchie. J’ai demandé quel type de dossiers, je serais amenée à gérer. J’ai demandé si mon manque d’expérience me laisserait sur le carreau. Avec un air étonné, la Directrice ne voyait pas pourquoi elle me laisserait sur le carreau. Comment j’apprendrais si je n’étais pas mise dans le bain dès le début ? J’ai adoré sa façon d’envisager la fonction publique : au service du citoyen, de manière pro-active et dynamique.

Je commence dès que les paperasseries seront terminées.

J’ai hâte.

J’ai hâte de me prouver que j’en vaux la peine, que je suis capable de plus et de mieux, que j’ai un rôle à jouer dans cette société.

J’ai hâte de me sentir à nouveau bien dans ma peau et bien dans mon job.

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12 commentaires sur “Comme du changement dans l’air

  1. Mon dieu mais je vois exactement de quoi tu parles ! Pendant mes études à la fac de droit, j’ai travaillé au palais de justice. Ben au bout de peu de temps j’étais comme tu dis ce fonctionnaire que j’exècre ! On m’a quand même dit que j’allais trop vite et que demain je n’aurais plus rien à faire… Quand je vois leur pile de dossiers à eux je sais pourquoi la justice est lente !!

    1. C’est fou, hein ?!
      Après, franchement, j’ai vraiment des collègues qui bossent à fond et qui sont réellement débordés (et ne font pas semblant, je veux dire).

      Allez, dans quelques semaines, je serai une nouvelle fonctionnaire qui bosse à fond ! 😀

  2. Ca a été pareil pour moi, et après une belle déprime, j’ai fini par démissionner quand Chéri a trouvé du boulot en Belgique (ouf) donc je comprends tout à fait ce que tu as vécu, et franchement, c’est une bonne décision que tu as prise !

    1. En tout cas, je vous raconterai mes débuts dès que j’ai commencé et je dirai si je trouve que c’était une bonne idée ou pas ! 😉
      Peut-être que ça t’aidera à prendre ta décision ! 😉

  3. Bravo! Tu as bien fait de regarder ailleurs, l’herbe ne semble pas toujours plus verte, parfois elle l’est pour de bon.
    Bonne chance pour ce renouveau, et bon courage!
    Des bises

  4. Six semaines cela a dû être bien long à la fin :/ Bon début dans ton nouveau boulot en te souhaitant de retrouver ta motivation !!

  5. Oui, je partage entièrement le contenu de ce billet. Je trouve cela tellement dommage en sus, de ne pas « impliquer » les personnes. C’est facile de dire que certains ne foutent rien, si personne ne leur laisse le droit et l’occasion de s’investir. Tu as eu raison de partir, de changer, c’est enrichissant et je te souhaite la réussite et l’épanouissement 🙂

    1. Oui, c’est facile et dommage… 😦
      Enfin, surtout pour eux, finalement, parce qu’avec la crise, chaque fonctionnaire qui part n’est pas nécessairement remplacé. Or, on est au moins 3 à partir bientôt ! Sur 16, ça fait beaucoup !

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