# 3 – La découverte d’un nouveau monde

#1 – La sans nom

#2 – Une rencontre désagréable

 

 

(Suite)

 

Quand je dis que je comprends le langage humain, je mens. J’entends les mots. Je n’en connais pas encore toutes les significations. Et j’accorde beaucoup d’importance au langage non verbal. Si les humains se rendaient compte des messages qu’il font passer avec leur corps, leur odeur, leurs mouvements, les battements de leur coeur…

Je me perds dans ces considérations, allongée dans mon sac de transport, sur les genoux de la jeune femme rencontrée quelques minutes plus tôt. Le sac est confortable, bien que petit : un petit journal, une serviette éponge et une robe avec une odeur très particulière tapissent le fond. La dame, Louise si j’ai bien retenu son prénom, me parle doucement et me caresse tout le long du voyage. Son compagnon et elle ont le regard rivé sur moi.

Je suis dans une espèce de machine qui fait beaucoup de bruit. J’ai cru comprendre qu’ils appelaient ça un train. J’aime pas le train. Je veux retourner chez ma maman ! A son évocation, je me mets à pleurer, doucement. Louise me chuchote des mots doux d’une petite voix, sa main sur mon corps qui sent bon ma mère. Je me calme, tout doucement. Mais mon corps tremble sans discontinuer. J’ai peur de ce qui m’attend. Ces deux humains ont l’air gentil, c’est vrai. Mais, je n’ai pas confiance en eux. Je ne les connais pas et je ne sais pas ce qu’ils me veulent. Pourquoi Papa m’a-t-il séparé de ma mère ? Pourquoi personne ne m’a expliqué ce qu’on me veut ?

 

Je me redresse, le coeur battant la chamade : Louise et Nicolas se sont levés, me tenant contre eux. Ils marchent. C’est bizarre un humain qui marche. Ca brinqueballe dans tous les sens. J’en ai la tête qui tourne. Ils pénètrent dans un tunnel, plein de bruit et d’odeurs bizarres. Il y a aussi énormément d’humains, partout. Devant, derrière, à gauche, à droite. Et le mouvement de Louise me donne mal au coeur.

Soudain, je vomis. Je ne comprends pas tout de suite ce qui m’arrive. Un spasme violent secoue mon corps et mon estomac se retourne, déversant son contenu dans ma gueule, puis sur la serviette éponge, si douce, pourtant.

Louise l’a senti. Elle s’arrête et dépose le sac.

Elle va me gronder, c’est sûr. Moi qui commençais à l’aimer, je me mets à lui salir ses affaires. Elle ne m’aimera jamais, j’en suis certaine. Je me blottis au fond du sac lorsqu’elle l’ouvre.

Je la regarde, désolée. Puis, surprise. Elle a l’air aussi désolée que moi. Elle essaie de me prendre mais je refuse. C’est peut-être une ruse pour m’amadouer. Elle ne s’en offusque pas. Elle essuie ce qu’elle peut, essaie de ramasser le maximum et de plier la serviette de telle manière qu’il n’y ait que du propre au-dessus. Elle me parle encore un peu, mais je suis trop stressée pour écouter quoi que ce soit.

Le voyage se poursuit. Je ferme les yeux, essayant, vainement, de me souvenir des jours heureux auprès de ma maman. Je les rouvre quand je sens que l’on dépose le sac. Je suis à nouveau sur les genoux de Louise, dans une autre machine aussi bizarre que le train. Ils appellent cela un métro.
Ce trajet me semble durer une éternité. Après le métro, ils ont encore marché, puis pris un « bus », une autre de leurs inventions étranges. Enfin, ils sont entrés dans une cage à peine assez grande pour eux et sont arrivés devant une porte. Ils ont sorti un trousseau de clé tout en me prévenant :

« Te voici devant ton nouveau chez-toi, Princesse !  »

« Bienvenue » a renchéri Nicolas.

Nous sommes alors entrés dans un appartement. Une sorte de box pour humain, mais beaucoup plus spacieux. Ils m’ont fait sortir du sac, non sans peine. Je ne pouvais pas bouger tant j’étais morte de trouille. Ils m’ont déposée sur un coussin moelleux qu’ils ont appelé « Panier ». Ils y ont mis la même robe avec l’odeur si particulière dessus.

Mon regard a accroché tout ce qui m’entourait mais mes yeux tombaient littéralement de fatigue.

Après un somme plus ou moins long, je me suis redressée dans mon panier. Louise m’a prise dans ses bras et j’ai compris que l’odeur si agréable de la robe dans mon panier, c’était la sienne. Depuis les trois heures que j’avais quitté ma famille, c’était la seule odeur rassurante qui m’entourait. J’ai niché mon museau dans son cou et me suis rendormie.

Je l’aime bien, Louise…

 

 

(A suivre)

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