La ronde mange un peu trop

Chaque jour, une petite bouche en trop suit une autre petite bouchée en trop qui en suit une autre et ainsi de suite.

Mon corps, ne sachant que faire de toutes ces bouchées, les planque en réserve au cas où.

Au cas où quoi, on se le demande.

Non, parce que, vu ma masse corporelle, je brûle plus de Kcalories par jour qu’une personne « normale ». Et mon corps a besoin de pas mal d’énergie pour déstocker la graisse. En toute logique, je mourrai plus vite en cas de famine. C’est malin !

Mais, je suis comme ça. Je garde en réserve. Au cas où.

Mon corps ne fait qu’imiter mon comportement habituel, en somme. Chaque jour, passent devant moi des objets que je planque en réserve, au cas où. Mais, là n’est pas le sujet du jour.

Ces derniers temps, mon poids a sensiblement augmenté. Combien ? Je n’en sais rien. Je ne me pèse plus. Depuis que je zermate (même à moitié), mon poids reste assez stable et la pesée ne m’apporte plus grand chose. Mais, je sens, à mon ventre et à une foutue vergeture qui commence dans le creux de mon bras gauche, que j’ai pris quelques kilos. Pas des tonnes, hein. Pas de quoi s’alarmer. M’enfin, quand même.

Je traverse, en ce moment, une phase extrêmement pénible en même temps qu’extrêmement joyeuse de ma vie. C’est un peu difficile à comprendre, mais pourtant, c’est exactement cela.

Je n’arrive pas à m’arrêter à ces choses si positives, parce que je suis en train de changer. En quelques mois, j’évolue autant qu’un enfant qui devient adulte en passant par sa phase d’ado.

Il y a pas mal d’étapes que je n’ai pas vécues, petite, parce que je ne pouvais pas me le permettre. Comment faire une crise d’ado, quand ta mère a pondu 5 enfants après toi mais est en dépression telle que tu dois prendre le relais et devenir leur « maman de substitution » ? Comment être une ado qui tombe amoureuse quand, à la maison, un homme te court après et que tu dois, sans cesse, te protéger pour qu’il ne te saute pas dessus ? Comment faire des bêtises d’ado ou d’enfant, quand tu te prends déjà des coups pour un oui ou pour un non ?

Alors, j’ai été une ado sans problème. Le genre d’ado que les profs adorent. Celle qui fait certes ses devoirs en retard, sur un coin de table le matin. Mais qui écoute en classe. Qui ne crise pas pour un rien. Qui ne fume pas. Qui ne se drogue pas. Qui ne sèche pas les cours.

La seule prof qui ne m’aimait pas c’était la prof de gym. (Là, j’exagère un peu, j’ai eu d’autres profs qui ne m’aimaient pas, mais, pour d’autres raisons et il y a eu des profs de gym intelligents aussi parmi ceux que j’ai côtoyés). Parce que j’étais de celles qui, trop grosses, peinaient à faire les exercices imposés. Heureusement, on n’était pas nombreuses à être grosses. Et heureusement, la Ronde n’avait pas encore une grande bouche à l’époque. Elle n’osait pas affirmer trop fort que ses 3 kilos en trop (puis 5 puis 10) n’étaient pas la cause de ses difficultés mais un asthme du à une pneumonie mal soignée parce que ses parents n’avaient pas jugé utile de poursuivre les séances de kiné.

Alors, ces étapes, je les vis maintenant. Je me rebelle. Je dis stop. Je dis non.

Sauf que je dois apprendre en quelques mois à poser des limites ni trop lâches ni trop stricte. Je dois apprendre à me faire respecter sans m’imposer. Je dois apprendre toutes ces choses que l’on apprend ado, sans s’en apercevoir, sauf que moi, je suis adulte et qu’il y a beaucoup de choses que l’on ne pardonne pas à un adulte, qui est censé savoir que telle ou telle chose se fait ou non.

Je vis des métamorphoses en complète inadéquation avec mon âge mais parfaitement indispensables pour devenir, un jour, une jeune femme épanouie et une maman heureuse.

J’ai l’impression que mes amis ne comprennent pas ce besoin. Je m’éloigne, petit à petit de tout ceux qui comptent tellement pour moi, mais que je ne veux pas faire souffrir.

Alors, je mange. Au-delà de ma faim. Quand j’en prends conscience, j’arrive à m’arrêter. Mais, il me faut souvent plusieurs bouchées avant d’en prendre conscience. Plusieurs fois, ces derniers jours, j’ai re-mangé au point de me sentir mal. Cela ne m’était plus arrivé depuis longtemps…

 

Heureusement, dans cette même période, je me suis mariée, je suis devenue proprio et je suis partie en voyage de noces. Trois beaux projets menés de front. Avec plus ou moins de brio. Avec beaucoup de difficultés, surtout.

 

Je ne suis pas sûre que c’était la meilleure période pour entamer ces projets, parce que je ne suis pas certaine d’être à même d’en profiter. J’en garde, parfois, un souvenir amer, plus qu’heureux. Amer de tout ce qui a entouré le projet, malgré le bonheur du projet lui-même.

Alors, je mange, pour oublier cette tristesse. Pour m’oublier moi, aussi, un peu. Pour m’évader loin de cette réalité qui me fait souffrir. Sauf que manger me fait souffrir aussi. C’est con…

 

Mais, c’est un fait : je mange trop…

 

EDIT : Je suis consciente de dévoiler, ici, des choses très personnelles et très graves. Mais, je sais aussi que je suis loin d’être la seule dans ce cas. Et que, peut-être, un jour, quelqu’un passera par ici et se sentira concernée… Et que ce quelqu’un osera, à son tour, en parler. Pour ne pas rester dans le mutisme et dans la honte.

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10 réflexions sur “La ronde mange un peu trop

  1. Je n’avais jamais tilté sur le concept du corps qui comme nous « garde en réserve au cas où » Je suis une grande gardeuse-au-cas-où… Il faut vraiment que je me débarasse, suis sûre que les kilos partiront avec…
    Merci pour cet éclairage 🙂
    M’en vais y cogiter…

  2. je n’ai pas vécu les mêmes choses que toi étant enfant mais j’ai aussi grandi dans une famille en souffrance et moi aussi je suis seulement en train de faire ma crise d’adolescence, c’est pas facile à gérer en effet surtout quand autour de toi tout le monde est terriblement adulte. mais ce n’est que pour un mieux, enfin j’espère.

    • J’espère le mieux aussi. Et en même temps, je sais que ça en pourra pas être pire ! 😉

      Grandir dans une famille en souffrance ne doit pas être très facile non plus. Comme je l’ai dit plus bas, en réponse à un autre commentaire, pour moi, il n’y a pas d’échelle de valeur de gravité de la souffrance. Seulement sa présence, légitime, qu’elle provienne d’une blessure plus ou moins grave.

      allez, plein d’ondes positives pour que tu passes ce cap sans trop de difficultés (même si je me doute que ce n’est pas facile)

  3. Je suis un peu scotchée par la « violence » de cet article, que je ressens de plein fouet, parce qu’il parle tellement de moi, aussi. Même si ces derniers temps, je vais mieux. Mais je sais, tout au fond de moi, que le passé qui est le mien, je l’ai à vie. Je suis un peu sans voix, quand même. Parce que ton article me remue de bon matin.

    • Oui, c’est vrai cet article était violent. D’autant plus que je ne l’avais pas vraiment introduit comme tel. J’en suis désolée.
      Mais, en même temps, cela fait tellement partie de moi… Et puis, j’ai envie de crier à toutes ces femmes et ces hommes (et ces enfants aussi) qu’ils ne sont pas les seuls à souffrir ou à avoir souffert et qu’il est possible d’en sortir grandi, même si on aurait tous préféré vivre sans. Et qu’on peut en parler, parce que la parole, c’est ce qui aide à passer le cap, à dédramatiser. En tout cas, pour moi ! 😉

  4. Je ne comprends que trop bien, même si mes raisons à moi pour prendre « une bouchée de plus » sont beaucoup moins graves que les tiennens. N’empêche. Manger pour compenser, pour se réconforter, je le comprends très bien. Je pense que beaucoup de filles/femmes le font, en fait…

    • On a souvent l’impression que nos raisons à nous sont beaucoup moins grave. Mais si tes raisons t’ont blessée, il n’y a pas de « grave » ou de « moins grave ». Il y a des blessures à soigner qui ont causé de la souffrance. Et cette souffrance est légitime quelle que soit la gravité de la blessure…

  5. C’est un article très touchant, et je ne sais pas vraiment quoi dire… Je n’ai pas de mots magiques pour tout ça mais je comprends le fait de manger pour combler ce vide.
    Je n’ai pas eu la même enfance que toi, mais dans une moindre mesure, la mienne aussi m’a emmené à me tourner vers la nourriture. Et la mienne aussi m’a emmené à commencer à vivre mon adolescence sur le tard, et encore aujourd’hui à 27 ans, je ne me sens pas adulte. J’me sens comme une gamine vulnérable en vérité, sauf que j’en parle pas, à personne.
    En tout cas, j’espère que tu finiras par être totalement heureuse et que cette tristesse s’envolera très très loin pour ne plus te laisser que des moments de bonheur 🙂

    • Je crois que je suis heureuse, d’une certaine manière. Je crois aussi que mon expérience me permet de trouver du bonheur dans de petites choses. J’en reparlerai.

      Je n’ai pas eu la pire enfance du monde, loin de là. Il y a même des souvenirs heureux. Mais, je sais aussi que je n’ai pas eu la plus enfance non plus et que ce vécu m’a touchée plus que je n’ai voulu l’admettre dans un premier temps.

      En parler, ça a été la clé de ma réussite. J’ai pu surmonter beaucoup grâce à ça. J’espère ouvrir la voie à d’autres.

      Pour ce qui te concerne, peut-être n’as-tu pas vécu de choses « horribles » (je te le souhaite). N’empêche que ce sont parfois de petites choses qui blessent, de ces petites choses qui pourraient ne pas paraître importantes mais qui sont primordiales, en réalité. Je te souhaite de mettre le doigt sur ces petites choses pour aller de l’avant et te sentir une jeune femme forte et adulte… 😉

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